Publié le 2024-02-29 10:00:00. Des analyses génétiques et médico-légales récentes ont permis d’identifier avec une forte probabilité les restes d’un prince hongrois assassiné au XIIIe siècle, révélant des détails macabres sur les circonstances de sa mort et son ascendance.
- Les restes squelettiques, retrouvés sur l’île Marguerite près de Budapest, présentent des traces de violences extrêmes, suggérant une attaque coordonnée par plusieurs assaillants.
- L’analyse ADN a confirmé que la victime était un descendant du roi Béla III de Hongrie et apparenté à un prince russe du XIIIe siècle.
- La reconstruction faciale et l’étude des isotopes dentaires ont permis d’établir un profil physique et diététique de la victime, corroborant son statut princier.
L’identification de ces restes, initialement découverts en 1915 lors de fouilles au sein d’un ancien monastère dominicain sur l’île Marguerite, a longtemps été un mystère. Les historiens suspectaient qu’il s’agisse de Béla de Macsó, petit-fils du roi Béla IV, assassiné en 1272 en raison de rivalités pour le trône de Hongrie. Cependant, le manque de technologies adéquates à l’époque empêchait de confirmer cette hypothèse.
Les ossements avaient disparu pendant la Seconde Guerre mondiale, avant de réapparaître en 2018 dans une boîte en bois au Musée hongrois d’histoire naturelle. Cette redécouverte a déclenché une nouvelle série de recherches utilisant des techniques modernes, notamment la reconstruction faciale réalisée l’année dernière.
L’examen minutieux du squelette a révélé neuf blessures à la tête et au visage, ainsi que dix-sept autres lésions sur le reste du corps, toutes datant du moment du décès. Pour reconstituer le déroulement de l’attaque, Martin Trautmann, de l’Université d’Helsinki, et ses collègues ont reproduit les incisions sur un modèle squelettique et testé différents scénarios. « Nous avons procédé étape par étape, blessure après blessure, comme un film en stop-motion », explique-t-il.
Les blessures indiquent que deux ou trois personnes ont attaqué la victime de face et sur les côtés, tandis qu’elle tentait de se protéger avec ses mains. « Ils ont encerclé la victime, qui n’avait aucune chance de s’échapper », précise M. Trautmann. Finalement, l’homme est tombé et a subi une fracture du crâne, mais a continué à se débattre avec sa jambe gauche, allongé sur le côté, avant qu’un assaillant ne lui perce le rachis. Les agresseurs ont ensuite infligé de multiples blessures à la tête et au visage.
Ces blessures auraient pu être fatales, mais il est également possible que la victime soit décédée d’une hémorragie. « Il y avait beaucoup de sang », souligne M. Trautmann.
La datation au radiocarbone a confirmé que le décès remonte au milieu du XIIIe siècle. L’analyse du tartre dentaire a révélé un régime alimentaire relativement luxueux, comprenant de la bouillie de blé cuite et du pain de blé grillé.
L’analyse ADN a permis d’établir que l’homme était un descendant de quatrième génération du roi Béla III de Hongrie et un parent de huitième génération du prince Dmitri Alexandrovitch, un dirigeant d’une région de Russie au XIIIe siècle, ce qui correspond aux informations historiques sur l’ascendance du prince. Des analyses génétiques supplémentaires ont montré que la lignée maternelle de l’individu provenait du Moyen-Orient et la lignée paternelle de Scandinavie, en accord avec les connaissances historiques sur les ancêtres du prince, et qu’il avait probablement la peau foncée, les cheveux bouclés foncés et les yeux noisette.
Tamás Kádár, un historien médiéval indépendant de Budapest, estime que cette étude éclaire de manière « convaincante » un événement historique peu connu, dont les détails sont rares. En l’absence de témoins directs, le texte autrichien mentionne uniquement que le prince « a été sauvagement assassiné sur une île près de Buda » et que ses membres « ont été coupés en morceaux », puis récupérés par sa sœur et sa tante.
L’étude est publiée dans la revue Forensic Science International : Genetics.
D’après New Scientist.
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