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pourquoi les réseaux sociaux vous font partager ?

by Amélie Bernard

Publié le 24 septembre 2025. Une enquête de la Federal Trade Commission (FTC) américaine révèle l’ampleur de la collecte de données personnelles par les géants des réseaux sociaux, y compris chez les mineurs, tandis que des experts alertent sur une manipulation algorithmique insidieuse des utilisateurs.

  • La FTC a identifié neuf entreprises, dont Meta, YouTube et TikTok, qui collectent et utilisent massivement les données de leurs utilisateurs.
  • Les algorithmes des réseaux sociaux ne se contentent plus d’observer les préférences des utilisateurs, mais cherchent activement à influencer leurs comportements et à les inciter à produire du contenu.
  • Des experts en cybersécurité recommandent de renforcer la protection de la vie privée en ligne et de développer une conscience critique face aux manipulations algorithmiques.

La Federal Trade Commission (FTC) américaine a publié les conclusions d’une enquête menée sur près de cinq ans, mettant en lumière des pratiques de collecte de données personnelles préoccupantes au sein de plusieurs grandes plateformes internet. Neuf entreprises, parmi lesquelles Meta (maison mère de Facebook et Instagram), YouTube et TikTok, sont pointées du doigt pour avoir collecté et utilisé des données sur leurs utilisateurs, y compris des mineurs, à des fins publicitaires ciblées. L’enquête révèle que ces réseaux sociaux, proposant pour la plupart des services gratuits, tirent profit de ces données pour diffuser des publicités personnalisées en fonction des profils démographiques des utilisateurs.

Selon la FTC, ces entreprises n’ont pas suffisamment protégé les consommateurs, en particulier les enfants et les adolescents, face aux risques liés à la collecte et à l’utilisation de leurs données personnelles. Cette analyse approfondie des pratiques commerciales opaques de ces plateformes, qui ont bâti des activités publicitaires multimilliardaires grâce aux données des utilisateurs, intervient alors que les préoccupations concernant la protection de la vie privée en ligne ne cessent de croître.

Darius Povilaitis, responsable de la cybersécurité chez Telia, estime que les réseaux sociaux ont créé une forme de travail non rémunéré pour leurs utilisateurs. Il explique que les algorithmes ne se contentent plus d’observer passivement nos préférences, mais utilisent activement nos données pour atteindre leurs propres objectifs, une transformation qui passe souvent inaperçue.

« Auparavant, il suffisait à un algorithme d’observer ce que les gens aiment, son objectif est désormais d’encourager les utilisateurs à produire du contenu. Aujourd’hui, l’algorithme est devenu un psychologue qui ne joue pas toujours, et généralement jamais, en votre faveur. »

Darius Povilaitis, responsable de la cybersécurité chez Telia

Selon M. Povilaitis, l’intelligence artificielle apprend des données de la même manière qu’un être humain apprend par l’expérience. Pour reconnaître les émotions, les humeurs et les nuances du discours, l’IA a besoin d’un grand nombre d’exemples de comportements humains réels. Les réseaux sociaux, en générant chaque jour des milliards d’unités de données – textes, images, réactions, temps passé sur les publications, signaux émotionnels dans les commentaires – fournissent ce matériau d’apprentissage essentiel.

Cette accumulation de données devient ainsi un terrain d’expérimentation invisible où l’IA affine ses capacités pour devenir « plus humaine », selon l’expert. Une étude menée par Le Cheng et Yijin Guo (2025) confirme cette analyse, soulignant que chaque action sur les réseaux sociaux – un « j’aime », un partage – appose une « étiquette numérique » invisible sur l’utilisateur. Au fil du temps, ces étiquettes fusionnent pour former un profil psychologique détaillé, permettant aux algorithmes de prédire, voire de façonner, les désirs des utilisateurs en exploitant leurs faiblesses personnelles.

Les chercheurs insistent sur le fait que les consentements actuels, souvent réduits à une simple case à cocher, sont une formalité insuffisante pour protéger contre ce profilage algorithmique.

Face à ces enjeux, les experts recommandent de prendre des mesures pour protéger sa vie privée en ligne. M. Povilaitis conseille notamment de revoir attentivement les paramètres de confidentialité de ses comptes de réseaux sociaux, de désactiver le partage de sa position géographique et de limiter l’accès accordé aux applications tierces. Il invite également les utilisateurs à se poser la question de l’impact de leurs actions en ligne avant de cliquer sur « j’aime » ou de partager une publication.

« Avant de cliquer sur « j’aime » ou sur partager, demandez-vous quelle « étiquette » cette action vous donne et si vous souhaitez vraiment alimenter l’algorithme avec ces informations. »

Darius Povilaitis, responsable de la cybersécurité chez Telia

Une protection efficace contre les manipulations algorithmiques passe par une combinaison de mesures technologiques et d’une prise de conscience individuelle. Pour ceux qui souhaitent renforcer leur sécurité, M. Povilaitis recommande d’utiliser des solutions spécialisées, telles que l’application Telia Safe, développée en partenariat avec le leader finlandais de la cybersécurité F-Secure, qui permet de gérer l’accès des applications à ses données personnelles. Il souligne toutefois que la protection technologique ne suffit pas et qu’une conscience accrue des enjeux est essentielle.

Chaque « j’aime » ou commentaire donné est un vote indiquant à la plateforme le type de contenu que l’on souhaite voir davantage. En ignorant la manipulation et les contenus de mauvaise qualité, on envoie un signal clair indiquant que l’on valorise la qualité plutôt que la quantité. Même si le choix d’un individu peut sembler limité, une action collective responsable peut forcer les plateformes à évoluer et à créer des environnements qui servent les intérêts des utilisateurs, et non pas seulement leurs profits.

Résister à l’attrait de l’algorithme, c’est aussi préserver son authenticité. L’algorithme fonctionne selon une logique de standardisation, encourageant la création de contenu qui plaît au plus grand nombre, au risque de gommer les singularités. En résistant à la tentation de courir après les « j’aime » et en créant ce qui a du sens pour soi, on protège son caractère unique. Il s’agit, selon M. Povilaitis, d’un choix fondamental : être une personne, et non pas une simple donnée prévisible et manipulable par un système.

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