Publié le 18 décembre 2025 16:06:00. Le roman énigmatique d’Umberto Eco, Le Nom de la Rose, continue de fasciner et de défier les lecteurs, bien au-delà de son adaptation cinématographique populaire. Une relecture attentive révèle une œuvre complexe, riche en références intellectuelles et en questionnements philosophiques.
- Le Nom de la Rose est une œuvre littéraire dense, qui demande une relecture pour être pleinement appréciée.
- Eco s’inspire de la technique narrative de Joseph Conrad pour explorer la mémoire et l’interprétation du passé.
- Le roman est un labyrinthe intellectuel, peuplé de références à la philosophie, à la psychanalyse et à la littérature.
Relire Le Nom de la Rose, c’est s’engager dans une aventure intellectuelle qui dépasse largement le simple plaisir de la lecture. L’œuvre d’Umberto Eco, souvent célébrée à sa sortie, risque aujourd’hui d’être négligée par un public habitué à des récits plus simples et plus directs. Pourtant, les six cents pages de ce roman policier médiéval offrent un jeu complexe et multiple, comparable à un labyrinthe de significations.
Comme Joyce avant lui, Eco ambitionnait de créer une œuvre aux multiples niveaux de lecture. Il y parvient, mais parfois au prix d’une certaine froideur : l’histoire peut alors ressembler davantage à un exercice intellectuel qu’à une véritable œuvre d’art, un peu comme un jeu de mots croisés particulièrement ardu.
L’auteur s’inspire de Jeunesse de Joseph Conrad, reprenant la technique de raconter une expérience passée à travers le regard d’un narrateur adulte, qui se souvient avec le recul des années. Cet artifice permet de mettre en lumière les différentes manières dont une même expérience peut être interprétée et comprise. Une grande partie du contexte politique de 1327 est aussi obscure pour Adso, le jeune novice, que pour le lecteur contemporain, et c’est le narrateur, désormais âgé, qui apporte les éclaircissements nécessaires, parfois à travers des dialogues qui peuvent sembler peu crédibles.
Eco postule que le monde moderne est né au XIVe siècle, et s’amuse à doter ses moines de réflexions qui anticipent les idées de penseurs tels que Heidegger, Barthes, Bakhtine, Freud, Peirce et Wittgenstein. Il établit également un dialogue intertextuel avec le récit « La mort et la boussole » de Jorge Luis Borges. Dans cet ensemble chaotique, on reconnaît un intellectuel italien des années 70, qui répond aux enjeux politiques de son époque en critiquant à la fois le maoïsme et le fascisme.
L’œuvre est infiniment plus riche et plus subtile que le film de Jean-Jacques Annaud, même s’il est difficile d’imaginer Guillaume de Baskerville avec un autre visage que celui de Sean Connery. Il est ardu pour le lecteur de saisir toutes les nuances de l’histoire, à commencer par le titre, qui renvoie à la philosophie nominaliste de Guillaume d’Occam. Mais même le lecteur le moins averti peut être captivé par la bibliothèque, véritable labyrinthe gardé par un aveugle, ainsi que par l’intrigue policière, qui, selon Eco, pose la question fondamentale de la philosophie et de la psychanalyse : « Qui est coupable ? »
« Au fond, la question fondamentale de la philosophie (comme celle de la psychanalyse) coïncide avec celle du roman policier : à qui la faute ? »
Umberto Eco
Abonnez-vous gratuitement au Guide Gastronomique le plus prestigieux du pays. SUMMUM, le bulletin d’information semanal.
VIDÉO RECOMMANDÉE
Pour aller plus loin
