Publié le 20 novembre 2025 à 15h24. L’élection présidentielle chilienne, marquée par la débâcle de la droite traditionnelle, ouvre la voie à un second tour entre José Antonio Kast et Gabriel Jara, tandis que des affaires de corruption et de favoritisme dans le secteur immobilier ternissent le paysage politique.
- Le premier tour a vu l’ascension de la droite dure, représentée par José Antonio Kast, qui affrontera Gabriel Jara au second tour le 14 décembre 2025.
- Des irrégularités flagrantes ont été mises au jour concernant des permis de construire et des exonérations fiscales, notamment au Club de Golf de Los Leones et à Concón.
- La fondation Defendamos la Ciudad appelle à la transparence et au respect des réglementations urbanistiques pour éviter de nouvelles dérives.
Le scrutin du 16 novembre 2025 a confirmé un profond remaniement du paysage politique chilien. L’effondrement de la droite traditionnelle, incarnée par Evelyn Matthei, a laissé le champ libre à une nouvelle vague conservatrice menée par José Antonio Kast, soutenu par d’autres figures de la droite dure comme Franco Parisi et Felipe Kast. Si les voix de Parisi devraient se répartir entre les deux finalistes, l’adhésion massive à Kast semble sceller le sort de Gabriel Jara, qui ne bénéficiera que d’un soutien limité.
Au-delà des résultats électoraux, le débat public chilien est secoué par des révélations concernant des pratiques douteuses dans le secteur de la construction et de l’aménagement du territoire. Les huit candidats à la présidence ont tous mis l’accent sur la lutte contre la corruption, mais les affaires récentes mettent en lumière l’ampleur du problème et la nécessité d’une action ferme.
L’une des affaires les plus emblématiques concerne le Club de Golf de Los Leones, situé dans le quartier huppé de Las Condes à Santiago. Ce vaste terrain de 60 hectares, classé comme espace vert dans les plans d’urbanisme métropolitain et communal, bénéficie d’une exonération totale de taxes foncières. Cependant, la législation interdit toute construction immobilière sur ces terrains.
Il y a plusieurs années, le conseil d’administration du club a tenté de contourner cette interdiction en proposant à une chaîne hôtelière internationale de construire des tours d’hôtel sur une partie du terrain, via un bail de 99 ans. Pour ce faire, il a fallu obtenir l’accord de la municipalité de Las Condes et du Ministère du Logement et de l’Urbanisme (Minvu). Selon les informations disponibles, les autorités compétentes ont facilité l’opération, agissant avec une rapidité suspecte.
Face à l’opposition de la communauté architecturale et de la fondation Defendamos la Ciudad, qui ont dénoncé un « costume sur mesure » destiné à favoriser les intérêts privés, le gouvernement de Sebastián Piñera a tenté de modifier la réglementation urbanistique par décret. L’objectif était de remplacer le terme « face » par « relatif » dans l’Ordonnance générale d’urbanisme et de construction (OGUC), afin de permettre la construction d’hôtels sans qu’ils soient obligatoirement situés en bord de route express ou nationale. Cette tentative a finalement échoué grâce à l’intervention de la Commission du Logement de la Chambre des députés, qui a ouvert une enquête sur les motivations du Minvu. En conséquence, le projet hôtelier du Club de Golf de Los Leones n’a jamais vu le jour.
Une autre affaire concerne le permis de construire n° 7, délivré le 1er octobre 2011 par le Directeur des Travaux Municipaux (DOM) de Concón pour la construction de l’hôtel Punta Piqueros. Ce permis, accordé en vertu de la loi Lorca, autorisait une hauteur de 4 étages plus 6 niveaux souterrains, alors que le bâtiment en compte actuellement 10. À l’époque, la commune de Concón ne disposait pas de plan d’urbanisme propre, et le DOM s’est basé sur le plan de la commune voisine de Viña del Mar, qui ne tenait pas compte des spécificités du terrain.
La Cour suprême a annulé ce permis de construire, mais un processus de conciliation judiciaire est en cours pour éviter la démolition du bâtiment. Le DOM a même approuvé un avant-projet pour un nouveau développement, appelé Punta Mar, avec les mêmes caractéristiques que l’hôtel initial, malgré le fait que la municipalité de Concón envisage désormais une hauteur maximale de 7 mètres (soit 2 étages et demi) pour ce terrain côtier.
La fondation Defendamos la Ciudad se montre favorable à une conciliation, mais insiste sur le respect du plan d’urbanisme de Concón. Elle a appelé le maire actuel à initier une modification de ce plan afin de légaliser le projet Punta Mar, à condition que les autorités compétentes de la Vème région y donnent leur accord. Toutefois, elle met en garde contre toute tentative de contourner le plan d’urbanisme par des subterfuges.