L’échec du projet d’interdiction du PLR
L’ambiance était électrique ce jeudi soir devant l’Hôtel de ville de Genève. Environ 150 sympathisants de la coalition No-G7 s’étaient rassemblés pour faire pression sur les élus alors qu’une séance extraordinaire du Grand Conseil se tenait pour débattre d’un projet de loi particulièrement restrictif. Porté par le groupe PLR, ce texte visait à interdire systématiquement toute manifestation en ville entre le 10 et le 19 juin.
Le Parlement a finalement rejeté cette mesure radicale, marquant une victoire symbolique pour les organisateurs. Cependant, l’accueil réservé aux députés de droite et aux membres du gouvernement à leur arrivée a témoigné d’une fracture profonde, les élus étant accueillis par des huées franches.
La bataille du parcours : Rive droite contre Pont du Mont-Blanc

Si l’interdiction totale a été écartée, la liberté de manifester reste étroitement encadrée. Le Conseil d’État a autorisé la manifestation du 14 juin, mais impose un itinéraire limité à la Rive droite de la ville, avec un départ prévu à 16 heures. Pour la coalition No-G7, qui regroupe une soixantaine d’organisations, ce compromis est insuffisant.
Le point de friction majeur concerne l’accès au pont du Mont-Blanc. Les manifestants exigent un parcours lacustre, tandis que les autorités s’y opposent. La coalition No-G7 a d’ailleurs exprimé son mécontentement face à la manière dont elle a été informée de ces décisions, déplorant de découvrir les modalités de l’autorisation par la presse plutôt que par les canaux officiels.
« Formellement, on n’a toujours pas reçu » l’autorisation.
Alice Lefrançois, porte-parole de NoG7
L’ironie est palpable chez les organisateurs qui ne comprennent pas les craintes sécuritaires liées à l’occupation du pont.
« On aimerait bien qu’on nous explique ce qu’on va casser sur le pont du Mont-Blanc »
Alice Lefrançois, porte-parole de NoG7
Sécurité publique et pressions économiques
Du côté du gouvernement, l’argumentaire repose sur la prévention des débordements. Carole-Anne Kast, conseillère d’État en charge de la sécurité, justifie le tracé restreint par la nécessité de protéger les biens et les personnes face à des risques analysés en amont.
« Nous devons assurer le point d’équilibre entre la liberté de manifester et la sécurité des biens et de la population »
Carole-Anne Kast, conseillère d’État
L’autorité genevoise ne cache pas son inquiétude quant à l’infiltration de la manifestation par des éléments radicaux.
« Il y a des groupes extrémistes, violents, de gauche comme de droite, qui peuvent profiter d’un sommet de ce type »
Carole-Anne Kast, conseillère d’État
Au-delà de la sécurité physique, des enjeux économiques pèsent sur la décision. Les organisateurs ont admis avoir déjà modifié leur proposition initiale pour répondre aux préoccupations de la Fédération des entreprises romandes (FER), notamment pour protéger les vitrines des petits commerces. Malgré cela, le gouvernement maintient que le parcours proposé sur la Rive droite est un « beau parcours, qui n’est pas un parcours au rabais », selon les termes de Carole-Anne Kast.
Un « état d’urgence » qui s’étend à la France
Le climat de tension ne se limite pas aux frontières suisses. Des collectifs français et suisses dénoncent désormais un « état d’urgence préventif » à l’approche du sommet d’Évian. Cette perception d’une restriction systématique des libertés fondamentales crée un front commun entre les opposants des deux côtés de la frontière.
En Haute-Savoie, les négociations avec la préfecture d’Annecy sont tout aussi tendues. Le collectif No-G7 France a dû revoir ses ambitions logistiques. Après des discussions le 27 mai, les manifestants ont pris la décision d’abandonner le site de l’aérodrome d’Annemasse.
Le groupe se rabat désormais sur le parc Fantasia, dans l’attente d’une confirmation écrite des services de l’État. Les représentants du collectif ont averti que toute absence de réponse rapide pourrait mettre fin aux négociations.
Perspectives pour le 14 juin
La situation reste instable. La coalition No-G7 doit encore consulter ses soixante organisations membres avant de valider définitivement le parcours imposé par Genève. Le refus du Parlement d’interdire les manifestations a ouvert une brèche juridique, mais la mise en œuvre pratique du droit de manifester sera le véritable test.
L’enjeu pour les autorités est d’éviter que la frustration des manifestants, exacerbée par des parcours jugés « au rabais » ou des sites déplacés, ne serve de catalyseur aux groupes violents que redoute Carole-Anne Kast. Pour les opposants au G7, la bataille ne concerne plus seulement le fond du sommet d’Évian, mais la capacité même à occuper l’espace public sans être soumis à un contrôle administratif total.