Home Technologie et scienceLe premier téléphone à logiciel véritablement libre au monde ? C’est le nouveau « long jeu » de la FSF

Le premier téléphone à logiciel véritablement libre au monde ? C’est le nouveau « long jeu » de la FSF

by Thomas Caron

Publié le 16 octobre 2025 à 13h05. La Fondation du logiciel libre (FSF) lance un projet ambitieux visant à créer un smartphone fonctionnant exclusivement avec des logiciels libres, une initiative complexe confrontée à des obstacles technologiques majeurs liés à la dépendance aux composants propriétaires.

  • Aucun smartphone n’a jusqu’à présent réussi à fonctionner avec un logiciel entièrement libre.
  • Les projets de logiciels libres et open source ont rencontré des limitations dues à la technologie propriétaire et au manque de documentation publique.
  • Le principal défi réside dans l’absence de documentation technique des fabricants de puces, rendant difficile la création d’alternatives libres.

La Fondation du logiciel libre (FSF) a dévoilé une nouvelle initiative, baptisée LibrePhone, dont l’objectif est de concevoir un écosystème de smartphone reposant entièrement sur des logiciels libres. Un défi de taille, reconnaît Zoë Kooyman, directrice exécutive de la FSF :

« Compte tenu de la complexité des appareils, ce travail prendra du temps, mais nous sommes habitués à jouer le long terme. »

Zoë Kooyman, directrice exécutive de la FSF

Le projet LibrePhone ambitionne de supprimer tout code propriétaire des appareils mobiles, incluant le micrologiciel, les pilotes et les « blobs » binaires indispensables au fonctionnement des téléphones. Si des projets tels que GrapheneOS, postmarketOS et /e/OS ont réussi à éliminer les logiciels spécifiques à Google de la base de code du Projet Open Source Android (AOSP), ils dépendent toujours de composants fermés pour la prise en charge du matériel.

L’informatique mobile représente, selon Zoë Kooyman, « la dernière frontière de la liberté logicielle », un domaine encore largement dominé par des écosystèmes fermés comme iOS d’Apple et Android de Google.

La FSF n’est pas à son premier essai. En 2010, elle avait déjà lancé Replicant, une distribution Android basée sur un logiciel libre, remplaçant les composants propriétaires de Google par des alternatives libres. Cependant, Replicant s’est rapidement heurté aux limites de la compatibilité matérielle et du micrologiciel. De nombreuses fonctionnalités, notamment l’accélération graphique, le GPS et le contrôle du modem, nécessitent encore un micrologiciel non documenté et propriétaire. En 2025, Replicant fonctionne sur des appareils obsolètes comme le Galaxy S3 et le Nexus S, mais reste imparfait, même sur ces modèles.

La principale difficulté réside dans l’absence de documentation fournie par les fabricants. Sans celle-ci, les développeurs de logiciels libres ne peuvent pas recréer des alternatives fonctionnelles. Cette situation est aggravée par les accords de confidentialité (NDA) stricts imposés par les fabricants de puces, tels que Qualcomm et Broadcom, qui empêchent l’accès à la documentation technique. Travailler avec du code propriétaire sans documentation, c’est, selon l’expression utilisée, « essayer de coudre en portant des gants de boxe ». Des projets comme postmarketOS et Ubuntu Touch autorisent l’utilisation limitée de blobs propriétaires, un compromis que la FSF rejette.

Il est important de noter que la FSF privilégie le terme « logiciel libre » à celui d’« open source », car, selon son fondateur, Richard M. Stallman (RMS), la définition du logiciel libre est plus stricte que celle de l’Open Source Initiative. RMS ne souhaite pas être associé au mouvement open source.

Rob Savoye, responsable technique de LibrePhone et contributeur de longue date au projet GNU, notamment connu pour avoir créé Gnash, une alternative libre à Adobe Flash, est confronté à la tâche colossale de rétro-ingénierie d’un micrologiciel propriétaire avec une documentation minimale. Une fois ce défi relevé, son équipe devra créer des alternatives libres respectant les normes strictes de la FSF.

« En tant qu’ingénieur de systèmes embarqués expérimenté travaillant sur des appareils mobiles depuis des décennies, j’attends avec impatience cette opportunité de contribuer à la création d’un téléphone qui favorise la liberté et aide les utilisateurs à reprendre le contrôle de leur matériel. »

Rob Savoye, responsable technique de LibrePhone

Comme le rapporte Android Authority, le premier défi de l’équipe LibrePhone consiste à identifier un téléphone présentant « le moins de problèmes de liberté et les plus grandes possibilités de réparation ». Une fois sélectionné, les ingénieurs prévoient de documenter et de reproduire le comportement du code propriétaire avec des alternatives transparentes et vérifiables, ce qui pourrait aboutir au premier système d’exploitation pour smartphone certifié entièrement libre selon les normes de la FSF.

Il convient de souligner que la rétro-ingénierie de micrologiciels et de blobs avec si peu d’informations a jusqu’à présent empêché la création d’un téléphone véritablement libre ou open source. Cependant, sans tentative, l’objectif ne pourra jamais être atteint. La FSF et ses développeurs peuvent compter sur tout le soutien nécessaire pour relever ce défi ambitieux.
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