Publié le 8 octobre 2025 17h39. Alors que le prix Nobel de littérature 2025 approche, les spéculations vont bon train. Un panel d’experts et de personnalités du monde littéraire livre ses pronostics, dévoilant une liste éclectique d’auteurs favoris, des classiques établis aux voix émergentes.
- Joyce Carol Oates est saluée pour son œuvre monumentale, notamment son roman Blond, et considérée comme une candidate légitime.
- Peter Nádas, auteur hongrois, est présenté comme un sérieux prétendant, fort de ses romans explorant l’histoire européenne du XXe siècle.
- Michel Houellebecq, figure controversée de la littérature contemporaine, suscite l’enthousiasme pour son regard cynique et lucide sur la société occidentale.
Les opinions divergent quant au prochain lauréat, reflétant la richesse et la diversité de la littérature mondiale. Stefan Hilding, de l’EFN LIVRE, estime que Joyce Carol Oates mériterait le prix, même si son seul roman Blond suffisait à justifier cette distinction :
« Elle vaut le prix même si c’est le cas Blond Ce serait le seul livre qu’elle a écrit. Une grande histoire où Oates donne la parole à l’enfant Norma Jean, à la femme Marilyn Monroe et à son destin tragique. Et Oates a écrit une autre poignée de livres pour le prix Nobel. Donnez-lui le prix maintenant, il sera bientôt tard. »
Stefan Hilding, chef de l’EFN LIVRE
Haruki Murakami, l’écrivain japonais, est également cité pour sa capacité à explorer les thèmes de la solitude, de la mémoire et de l’identité. Il est particulièrement apprécié pour son roman L’oiseau qui bouleverse le monde, décrit comme un mélange d’Alice au pays des merveilles et de thriller psychologique. Selon lui :
« J’adore ses représentations de la solitude, de la mémoire et de l’identité. Pour ne pas avoir parlé L’oiseau qui bouleverse le monde – une sorte de combo d’un dark Alice au pays des merveilles Et un deck dur. Et donc il aime le jazz ! »
Haruki Murakami
Peter Nádas, quant à lui, est considéré comme un favori par de nombreux observateurs. Le livre des notes mémo et Histoires parallèles, ses deux romans majeurs, sont salués pour leur exploration de l’histoire européenne à travers des destins individuels. Sara Martinsson, journaliste indépendante et conseillère pour Terme, met en avant Can Xue, dont le travail, bien que complexe, est de plus en plus reconnu :
« Parce qu’elle est en tête des listes depuis maintenant deux ans et que je l’ai lu moi-même. C’est une paternité compliquée et difficile à perméable, donc j’aime voir que je reçois un salaire pour l’effort. »
Sara Martinsson, journaliste indépendante et conseillère auprès de Terme
D’autres noms sont également évoqués, comme Carl Frode Tiller, dont le talent est comparé à celui de Karl Ove Knausgård, et Christian Kracht, dont la simple présence est jugée “sexy” par certains. Tobias Nielsén, rédacteur, soulève une question importante : pourquoi Bob Dylan a-t-il reçu le prix Nobel en 2016 alors qu’Elizabeth Kolbert, auteure de l’ouvrage sur le climat La sixième extinction, a été ignorée ? Il souligne que les œuvres non fictionnelles sont souvent négligées par l’Académie suédoise. Il explique :
« Pourquoi Bob Dylan mais pas Elizabeth Kolbert ? Le livre commercial est souvent un genre oublié dans le contexte Nobel, à l’exception de Svetlana Aleksijevich ces dernières années et bien avant Bertrand Russell (1950) et Winston Churchill (1953) »
Tobias Nielsén, rédacteur
Elizabeth Kolbert est saluée pour sa prose littéraire abordant l’anthropocène et pour avoir rendu accessible le problème du changement climatique. Robert A. Caro est quant à lui reconnu pour son style mêlant récit épique et journalisme d’investigation, tandis que Jill Lepore est appréciée pour sa capacité à combiner histoire et critique d’idées.
Johan Anderberg, rédacteur, défend Michel Houellebecq, qu’il considère comme un observateur lucide et honnête de la solitude et du cynisme de l’homme occidental. George Saunders, à l’inverse, est loué pour sa chaleur et son courage. Ian McEwan est quant à lui reconnu pour sa capacité à susciter la réflexion. Alice Forsell, directrice de production, met en avant Jeanette Winterson pour son œuvre originale et poétique, et Margaret Atwood pour son univers littéraire puissant explorant les enjeux contemporains. Kerstin Ekman, enfin, est saluée pour sa narration magistrale mêlant nature, histoire et vie humaine.
Johan Wirfält, éditeur chez Volante et conseiller de Terme, souligne l’importance de Michel Houellebecq, qu’il considère comme l’un des écrivains européens les plus pertinents des trente dernières années. Il évoque également Fernanda Melchor, qu’il compare à Joan Didion, et Steve Sem-Sandberg, qu’il espère voir récompensé pour son œuvre majeure. Il s’interroge :
« Les écrivains européens les plus pointus, les plus drôles et les plus sensibles de ces 30 dernières années. Aujourd’hui également, cela ne suscite aucune controverse. Il est temps de fumer ? »
Johan Wirfält, éditeur chez Volante et conseiller de Terme
Enfin, Johan Kellman Larsson, rédacteur, met en avant Ta-Nehisi Coates pour son analyse perspicace de l’histoire raciste des États-Unis et Donna Tartt, qu’il juge injustement négligée. Il termine en évoquant Karl Ove Knausgård, tout en regrettant que Jon Fosse, autre auteur norvégien, ait déjà reçu le prix Nobel.
Alfred Nobel a confié son testament à l’Académie suédoise en 1895 pour nommer les lauréats du prix Nobel de littérature, en récompensant l’auteur ayant produit l’œuvre la plus remarquable dans un esprit idéal. Le premier prix Nobel de littérature a été décerné en 1901. En 2024, il a été attribué à l’auteure sud-coréenne Han Kang.
