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Le Québec au dernier rang pour l’écoute de musique en français, selon un rapport

Le Québec se classe au dernier rang parmi les marchés étudiés pour l'écoute de musique en langue nationale, avec une part de 12 % des écoutes.

Le Québec au dernier rang pour l'écoute de musique en français, selon un rapport

Le Québec se classe au dernier rang parmi les marchés étudiés pour l’écoute de musique en langue nationale, avec une part de 12 % des écoutes. Un rapport du Commissaire à la langue française, publié mardi, pointe la forte perméabilité du marché québécois à la musique américaine et une déconnexion avec la francophonie européenne.

Un marché en queue de peloton

L’étude intitulée L’exception québécoise : étude sur la consommation musicale au Québec, au Canada et dans 24 pays européens, présentée par le commissaire Benoît Dubreuil, dresse un constat sévère : le Québec est la société qui accorde le moins d’importance à sa langue nationale dans la consommation musicale numérique parmi les marchés non anglophones analysés.

Même comparé à des nations de taille comparable, le Québec affiche un retard marqué. La Finlande (34 %), la Tchéquie (25 %) et le Danemark (25 %) parviennent à maintenir une présence bien plus forte de leur langue au sein des palmarès. Cette tendance se confirme au sommet des classements : les artistes chantant en français sont pratiquement absents du palmarès des dix artistes les plus écoutés au Québec, où ils ne représentent que 2 % des apparitions, selon les données colligées par l’entreprise Luminate Data.

Le Québec au dernier rang pour l'écoute de musique en français, selon un rapport
Photo : Le Devoir

L’omniprésence de la musique américaine

Le rapport souligne une perméabilité inhabituelle aux contenus anglophones. À l’exception des pays naturellement anglophones, le Québec est la région où les artistes américains dominent le plus, captant plus de 40 % des écoutes totales. À titre de comparaison, cette proportion se limite à 18 % en Espagne et à 25 % en Allemagne.

Selon les données analysées de 2022 à 2025 pour le Québec, plusieurs facteurs expliquent ce désintérêt pour la production locale. M. Dubreuil identifie notamment la forte connaissance de l’anglais, les habitudes d’écoute héritées des générations précédentes ainsi qu’une importante diversité culturelle et linguistique comme des éléments qui favorisent l’écoute de contenus étrangers au détriment des créateurs d’ici.

98.5 Montréal
Photo : 985fm

Le rap et les nouveautés : un fossé persistant

Le genre musical du rap illustre particulièrement bien cet écart. Alors que le rap en langue nationale représente une part majeure des écoutes dans la plupart des pays étudiés — souvent entre 40 % et 60 % — le Québec stagne à 22 % pour le rap francophone. De plus, contrairement aux autres marchés où les nouveautés sont davantage écoutées dans la langue nationale, le Québec ne montre aucun écart favorable au nouveau contenu francophone par rapport aux titres plus anciens.

Cette situation n’est pas nouvelle. Une étude de l’Institut de la statistique publiée en août 2025 révélait déjà que les artistes québécois ne représentaient que 7,1 % de l’ensemble des écoutes sur les plateformes numériques cette année-là. Le rapport actuel confirme que, hormis en 2023, année du décès de Karl Tremblay, où le groupe les Cowboys Fringants avait réussi à se hisser dans le top 10, aucun artiste canadien chantant en français n’a figuré parmi les dix artistes les plus écoutés en 2022, 2024 et 2025.

Pistes de solution pour la découvrabilité

Pour contrer ce phénomène, le commissaire propose sept pistes d’action visant à renforcer la place du français. Parmi celles-ci, on retrouve la mise en œuvre de la Loi sur la découvrabilité des contenus culturels, l’encadrement des algorithmes pour éviter qu’ils ne marginalisent la création locale, et un investissement accru dans la mise en marché des artistes québécois dans les créneaux pop et rap.

Benoît Dubreuil insiste également sur le rôle de la socialisation musicale dès l’enfance et l’adolescence. Il suggère d’intégrer la découverte de la musique francophone comme un objectif stratégique du système scolaire et de valoriser la transmission culturelle au sein des familles, soulignant que malgré le poids de la mondialisation, l’exemple de la Belgique francophone ou de pays comme la Finlande et le Portugal nous indiquent qu’il n’existe pas de fatalité.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.