Une attaque de drone sur le port russe de Novorossiysk, plaque tournante des exportations de pétrole et de céréales en mer Noire, a provoqué une nouvelle flambée des prix du pétrole et des inquiétudes quant à la stabilité de l’approvisionnement mondial. Cette escalade intervient dans un contexte économique déjà fragile, marqué par des craintes concernant la politique monétaire américaine et un repli des actions liées à l’intelligence artificielle.
L’attaque, qui a visé le principal port commercial de Russie, a entraîné la suspension des exportations de pétrole et la fermeture du terminal pétrolier de Sheskharis, capable d’acheminer jusqu’à 60 millions de tonnes de brut par an. Les conséquences dépassent le secteur pétrolier, affectant également les exportations de céréales, de blé, de charbon et d’engrais, puisque Novorossiysk gère 30 % des exportations maritimes russes.
Selon des experts, Novorossiysk est devenu un élément crucial pour contourner les sanctions occidentales imposées à la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Après l’effondrement de l’accord céréalier négocié par l’ONU en juillet 2023, le port a pris une importance capitale pour permettre à Moscou de maintenir ses exportations, notamment en acheminant environ 50 millions de tonnes de céréales sur le marché mondial au cours de la saison 2024-2025.
Parallèlement, un marché gris s’est développé, avec une flotte de pétroliers vétustes et non assurés transportant du pétrole russe à prix réduit, dépassant le plafond de 60 $ (environ 55 €) fixé par le G7. Ce commerce, qui représente environ 1 000 voyages par an selon des données de Windward, est présenté comme vital pour la survie économique de la Russie.
La situation est d’autant plus préoccupante que les réserves de pétrole américaines ne sont pas aussi abondantes qu’annoncé. Bien que le rapport de l’Energy Information Administration (EIA) de cette semaine indique une augmentation de 6,4 millions de barils des stocks commerciaux de brut, ils restent inférieurs de 4 % à la moyenne des cinq dernières années pour cette période. De plus, les stocks d’essence ont diminué de 0,9 million de barils, se situant également 4 % en dessous de la norme saisonnière.
Les stocks de carburant distillé sont également en baisse, avec une diminution de 0,6 million de barils, soit 8 % de moins que la moyenne quinquennale. Cette situation remet en question les prévisions d’offre excédentaire.
En outre, les prix du gaz naturel sont en hausse, atteignant leur plus haut niveau depuis l’invasion de l’Ukraine, en raison de l’arrivée du froid et des exportations record de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe. Cette situation profite aux producteurs américains, qui avaient souffert de prix bas l’année précédente. Les prix actuels dépassent les prévisions de l’EIA, qui tablait sur 3,90 $ (environ 3,60 €) cet hiver.
La demande accrue de GNL en Europe, suite aux sanctions contre la Russie, a créé un déficit important sur le marché américain, faisant grimper les prix. Bien que les producteurs aient réduit leur production l’année dernière en raison de la faiblesse des prix, ils ont maintenu des niveaux de production élevés grâce à des gains d’efficacité.
Les réserves de gaz naturel sont actuellement supérieures de 4 % à la moyenne quinquennale, mais les prévisions météorologiques annoncent un hiver potentiellement plus froid que la moyenne, ce qui pourrait entraîner une forte volatilité des prix.
Récemment, une vague de froid pré-hivernale a établi plus de 80 records de températures basses dans l’est des États-Unis, suivie d’un réchauffement rapide. Le Centre de prévision climatique de la NOAA prévoit que la majeure partie de l’est des États-Unis restera à des températures égales ou supérieures à la moyenne jusqu’à la mi-novembre.