Publié le 17 novembre 2023. Des investigations menées en Vénétie mettent en lumière des liens troubles entre la politique locale, la criminalité organisée et des affaires d’armement, révélant des pressions, des fonds suspects et des irrégularités au sein d’une entreprise stratégique.
- Une enquête explore les possibles connexions entre des candidats de Frères d’Italie aux élections régionales et un entrepreneur calabrais lié à la ‘Ndrangheta.
- Une autre enquête se penche sur la crise du chantier naval de Vittoria, fabricant de patrouilleurs militaires, et sur des anomalies concernant des armes non déclarées.
L’équipe de reportage de Siegfried Ranucci a plongé au cœur de ces affaires, diffusant deux enquêtes sur Rai 3 le dimanche 16 novembre qui suscitent déjà de vives réactions. La première, menée par Walter Molino, vise deux candidats de Frères d’Italie en lice pour les élections régionales des 23 et 24 novembre : le conseiller sortant Stefano Casali et l’adjoint au maire de Lavagno David DiMichele.
L’enquête fait écho à une précédente investigation de 2014 impliquant Domenico Mercurio, un entrepreneur calabrais aujourd’hui collaborateur de justice. Mercurio affirme avoir entretenu des relations politiques significatives, notamment en apportant des voix à divers élus locaux, dont Casali et Di Michele. Concernant Stefano Casali, il évoque un dîner en 2012, auquel participaient également Flavio Tosi et Elio Nicito, qui aurait scellé une alliance politique. Casali et Nicito ont cependant nié, par voie de communiqué, avoir rencontré Mercurio à cette occasion.
Pour David Di Michele, Mercurio prétend avoir contribué aux 600 voix qu’il a obtenues lors des élections municipales de 2014, facilitant ainsi son ascension politique. Di Michele réfute ces allégations, affirmant que Mercurio n’a jamais fait campagne pour lui et que son succès est dû à des relations personnelles.
La seconde enquête, signée Daniele Autieri, se concentre sur la crise du Chantier naval de Vittoria, une entreprise stratégique basée à Adria (Rovigo) et spécialisée dans la construction de patrouilleurs militaires pour l’État. Après sa faillite, le chantier a été racheté par le géologue Roberto Cavazzana, dont la fortune a été alimentée par le Superbonus (un dispositif d’incitation fiscale italien), avec l’aval de la Présidence du Conseil, grâce à un pouvoir doré.
Lors du tournage de l’émission, deux mitrailleuses Browning non déclarées ont été découvertes sur le site, officiellement destinées à des patrouilleurs commandés par Oman mais jamais assemblées et laissées inexplicablement dans un entrepôt. Cette découverte soulève des questions sur une possible manipulation. L’ancien responsable de communication Francescomaria Tuccillo dénonce des pressions, des avertissements concernant sa sécurité et son renvoi brutal suite à la découverte des armes et à une altercation avec l’équipe de Ranucci.
Tuccillo affirme également qu’une partie des fonds nécessaires à la reprise du chantier provenait d’entreprises impliquées dans des enquêtes liées au Superbonus et de personnes proches du clan Casalesi, ce que Cavazzana conteste. Des personnalités controversées ont également été aperçues sur le site, comme le comptable Antonio Schiro, liquidateur judiciaire et impliqué dans des réseaux d’entreprises internationales.
Un versement effectué par Schiro sur un compte électoral de Forza Italia en soutien à Gaia Malle, aujourd’hui conseillère de Conegliano et candidate aux élections régionales à l’époque, est documenté par l’émission, mais Malle nie l’avoir reçu, malgré la présence d’un récépissé. En arrière-plan, on perçoit également l’intérêt de certains cercles locaux de Frères d’Italie et le projet d’acquisition de Francesco Osanna, entrepreneur et ancien représentant de Casapound à Latina.
L’image qui se dégage est celle d’une entreprise en difficulté, prise au piège de pressions politiques, de fonds douteux et d’armes non répertoriées, avec des enquêtes en cours sur d’éventuels trafics et irrégularités. Ces deux enquêtes dressent un tableau complexe où politique, économie et sécurité s’entremêlent de manière préoccupante.
