Publié le 16 octobre 2025 04:31:00. Le Real Madrid, club unique en son genre détenu par ses socios depuis 1902, envisage une transformation radicale de sa structure de propriété pour faire face à la concurrence financière des clubs soutenus par des investisseurs fortunés, tout en préservant le contrôle de ses membres.
- Le Real Madrid pourrait ouvrir son capital à des investisseurs externes pour la première fois de son histoire.
- Florentino Pérez, président du club, souhaite soumettre une proposition de réorganisation à un vote des socios.
- Plusieurs modèles de propriété sont à l’étude, dont une séparation entre la branche sportive et la branche commerciale.
Le Real Madrid, fleuron du football mondial, s’apprête à entamer une période de changements potentiellement historiques. Malgré des revenus records – 1,0455 milliard d’euros pour la saison 2023-24, selon un rapport de Deloitte – le club madrilène se sent limité par son modèle de propriété actuel, basé sur l’adhésion de ses socios (membres).
Florentino Pérez, à la tête du club depuis 2000 (avec une interruption entre 2006 et 2009), a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude face à la difficulté de rivaliser avec des clubs disposant de moyens financiers illimités, notamment ceux soutenus par des milliardaires ou des fonds souverains. Lors de l’assemblée générale annuelle de 2024, il avait déjà évoqué la possibilité d’organiser un « référendum » sur l’évolution de la structure de propriété, afin de permettre des investissements extérieurs tout en conservant le contrôle pour les socios.
Selon des sources proches du dossier, qui ont requis l’anonymat, le président madrilène devrait présenter de nouvelles propositions lors de la prochaine assemblée générale, prévue avant la fin novembre 2025. L’une des pistes envisagées consisterait à diviser le Real Madrid en deux entités distinctes : une dédiée à la gestion de l’équipe de football, et une autre chargée des activités commerciales du club. Dans ce scénario, les socios conserveraient la propriété de la branche sportive, tandis que les investisseurs pourraient acquérir des parts dans la branche commerciale.
Le modèle 50+1 de la Bundesliga, qui garantit aux membres une participation majoritaire dans les clubs, a également été étudié, tant en interne qu’en externe. Cependant, la complexité juridique et fiscale d’une telle opération représente un défi majeur. Les détails précis de cette transformation restent encore en cours d’élaboration.
Le Real Madrid est l’un des quatre clubs espagnols à conserver un statut particulier, avec Barcelone, l’Athletic Club et Osasuna. Ces clubs appartiennent à leurs socios depuis leur création, et toute modification de leurs statuts doit être approuvée par ces derniers lors d’assemblées générales. Jusqu’au début des années 1990, tous les clubs sportifs espagnols étaient détenus par leurs membres, avant que le gouvernement n’impose la transformation en sociedades deportivas anónimas (sociétés anonymes sportives).
Le fonctionnement actuel du club repose sur un système de socios compromissarios (membres délégués), au nombre d’environ 2 000, qui sont élus par l’ensemble des socios et chargés de voter les décisions importantes. Bien que le modèle de gouvernance madrilène soit profondément ancré dans l’identité du club, il est généralement considéré comme plus démocratique que celui de nombreux autres clubs de Liga.
Ces dernières années, le Real Madrid a déjà eu recours à des financements extérieurs pour financer la rénovation du stade Santiago Bernabéu, qui a coûté environ 1,8 milliard d’euros. En 2017, un accord a été conclu avec le groupe d’investissement américain Providence, qui a investi 200 millions d’euros en échange d’une part des futurs revenus de sponsoring (un montant porté à 250 millions d’euros en 2021). En mai 2022, l’investisseur américain Sixth Street a apporté 360 millions d’euros pour la reconstruction du Bernabéu, via une coentreprise détenant les revenus du stade (hors abonnements). Legends, spécialiste de la gestion de stades, dont Sixth Street est actionnaire majoritaire, gère également les opérations de vente au détail et les restaurants du stade.
Florentino Pérez a toujours affirmé que sa priorité était de protéger le modèle de propriété basé sur les socios.
« Personne ne devrait être capable de parler gentiment pour prendre le contrôle »,
Florentino Pérez, président du Real Madrid (2012)
Il a également souligné la nécessité de trouver un équilibre entre la préservation de l’identité du club et la nécessité de disposer de ressources financières suffisantes pour rester compétitif au plus haut niveau. L’avenir du Real Madrid est donc en jeu, et les prochaines semaines s’annoncent décisives.