Home MondeLe retrait des troupes américaines en Roumanie signale un éloignement plus large des États-Unis de l’Europe

Le retrait des troupes américaines en Roumanie signale un éloignement plus large des États-Unis de l’Europe

by Clara Dubois

Publié le 24 septembre 2023 18:35:00. Le retrait annoncé d’une brigade d’infanterie américaine de Roumanie suscite des inquiétudes quant à l’engagement des États-Unis envers la sécurité européenne, alors que l’administration américaine semble privilégier une stratégie axée sur l’Asie et l’Amérique latine.

  • Le Pentagone a annoncé le redéploiement d’une brigade d’infanterie stationnée en Roumanie vers le Kentucky, sans remplacement prévu.
  • Des experts mettent en garde contre les conséquences d’un retrait précipité des troupes américaines, qui pourrait encourager la Russie et déstabiliser l’Europe de l’Est.
  • L’administration américaine semble accorder une priorité croissante à la Chine et à l’Amérique latine, notamment au Venezuela.

La décision de retirer une brigade d’infanterie américaine de Roumanie a ravivé les débats sur l’avenir de la présence militaire américaine en Europe. L’annonce, faite par le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, intervient alors que la Russie poursuit son agression contre l’Ukraine et que les pays européens renforcent leurs capacités de défense à un rythme sans précédent depuis la fin de la Guerre froide.

Mercredi dernier, les États-Unis ont confirmé le redéploiement de cette unité, forte d’environ 800 soldats, vers sa base du Kentucky. Ce retrait ne sera pas compensé par l’envoi d’autres troupes, ce qui a immédiatement soulevé des questions sur les intentions de Washington.

Kurt Volker, ancien négociateur américain pour l’Ukraine, a exprimé son inquiétude face à cette décision, la qualifiant de message inapproprié à adresser à Vladimir Poutine dans le contexte actuel.

« Ce n’est pas le message que les États-Unis doivent envoyer à Poutine en ce moment. »

Kurt Volker, ancien négociateur américain pour l’Ukraine

Il a également suggéré un possible manque de coordination au sein de l’administration américaine.

« Je ne pense pas que la Maison Blanche aurait voulu cela ; ce n’est tout simplement pas très bien coordonné. Cela pourrait même être un autre cas de folie du Pentagone. »

Kurt Volker, ancien négociateur américain pour l’Ukraine

Volker a fait référence à des incidents antérieurs où Hegseth avait pris des décisions sans en informer pleinement la Maison Blanche, comme l’annulation de livraisons de systèmes de défense aérienne à l’Ukraine.

Cependant, un responsable de la Maison Blanche a affirmé à Euronews que les services concernés avaient été informés de la décision. Il a souligné que ce retrait s’inscrit dans une stratégie plus large visant à encourager les nations européennes à augmenter leurs dépenses militaires et à assumer une plus grande part de la responsabilité de leur propre sécurité, conformément aux appels répétés de l’administration Trump.

Les pays de l’OTAN se préparent depuis un certain temps à une possible réduction de la présence militaire américaine sur le continent européen, en raison du virage stratégique annoncé par l’administration Trump, qui privilégie désormais les enjeux liés à la Chine et à la mer de Chine méridionale, ainsi que les préoccupations en Amérique latine. Les pays européens et le Canada se sont engagés à renforcer leurs propres capacités de défense et à contribuer davantage au soutien militaire de l’Ukraine.

Néanmoins, la perspective d’un retrait soudain et important des troupes américaines, laissant le flanc oriental de l’Europe vulnérable, reste une source de préoccupation pour les alliés de l’OTAN. Volker estime que la décision de Hegseth est prématurée, compte tenu des tensions persistantes avec la Russie et du refus de Poutine d’engager des négociations sérieuses pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Il a également souligné que le retrait de 800 soldats, bien que limité en nombre, envoie un signal politique fort sur les priorités de la politique américaine en matière de sécurité européenne.

La nomination d’Elbridge Colby, connu pour ses positions favorables à un recentrage des priorités américaines sur la Chine, au poste de sous-secrétaire américain à la Défense, alimente également les interrogations sur l’avenir de l’engagement américain en Europe. Colby plaide depuis longtemps pour une réorientation stratégique vers la Chine et ses ambitions potentielles concernant Taïwan. Cependant, selon Volker,

« La Russie est un problème immédiat. Et la Chine examine attentivement comment nous traitons avec nos alliés et comment nous affrontons la Russie. »

Kurt Volker, ancien négociateur américain pour l’Ukraine

Le Pentagone doit prochainement publier une étude globale sur sa posture militaire mondiale, qui déterminera le déploiement des troupes américaines à travers le monde. Les capitales européennes de l’OTAN craignent que les conclusions de cette étude ne les laissent exposées à la guerre hybride menée par la Russie, illustrée par les récentes violations de l’espace aérien de l’OTAN par des drones et des avions de combat russes en Pologne, en Roumanie et au Danemark.

Par ailleurs, l’ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, Ivo Daalder, a évoqué la possibilité d’une confrontation majeure avec l’Amérique latine, en particulier au Venezuela, où l’administration Trump accuse le président Nicolas Maduro de diriger un État narco-trafiquant. Daalder estime que l’administration Trump est sur le point de procéder à une réorientation totale de la politique étrangère américaine, en privilégiant l’Amérique latine et l’hémisphère occidental.

« Ce à quoi nous assistons est un désengagement des États-Unis de la sécurité européenne. L’Europe est de plus en plus seule. »

Ivo Daalder, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN

Daalder a souligné l’importance de la présence militaire américaine dans les Caraïbes, comparant le déploiement actuel à celui observé pendant la crise des missiles de Cuba en 1962. L’armée américaine a mené une douzaine de frappes contre des bateaux dans les eaux vénézuéliennes, ciblant le gang Tren de Aragua. Maduro a dénoncé cette escalade, accusant les États-Unis de vouloir provoquer une nouvelle “guerre éternelle”.

Contrairement à l’idée reçue, Daalder estime que la Chine n’est pas perçue par Trump comme une menace militaire, mais plutôt comme un défi économique qui peut être résolu par la négociation. Il suggère que le président américain, après un voyage en Asie visant à stabiliser les relations économiques, pourrait se concentrer sur ses priorités initiales, notamment l’Amérique latine, le Venezuela et la Colombie.

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