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Le rôle du crédit privé dans l’investissement responsable

by Amélie Bernard

Publié le 15 novembre 2025 00:27:00. Daniel Sachs, figure de proue de l’investissement suédois, a récemment vu sa société, P Capital Partners (PCP), acquise à majorité par M&G Investments. Il partage sa vision sur l’avenir du crédit privé en Europe, un secteur qu’il juge en pleine expansion et crucial pour la compétitivité du continent.

  • P Capital Partners, basée à Stockholm, a étendu ses activités à travers l’Europe, l’Allemagne devenant son premier marché après la Suède.
  • L’entreprise se concentre sur le financement des entrepreneurs et des entreprises familiales, une stratégie qui s’avère pertinente au-delà des pays nordiques.
  • Daniel Sachs souligne un besoin urgent de capitaux propres en Europe pour stimuler l’innovation, la transition écologique et la sécurité énergétique.

Daniel Sachs a dirigé P Capital Partners (PCP) pendant deux décennies, une société spécialisée dans les solutions de crédit privé pour les entreprises de taille moyenne. L’acquisition récente d’une participation majoritaire par M&G Investments marque un tournant pour PCP, qui ambitionne de renforcer son impact sur le marché européen. Dans une interview accordée à Simon Sharp, Sachs a évoqué les raisons de ce rapprochement et les perspectives d’avenir du crédit privé.

Fondée il y a plus de 23 ans, PCP a initialement ciblé le marché nordique. « Lorsque PCP a été fondée, l’accent était clairement mis sur le marché nordique. Depuis lors, notre activité s’est rapidement développée à travers l’Europe, l’Allemagne étant désormais notre plus grand marché après la Suède », explique Daniel Sachs. L’entreprise s’appuie sur une équipe internationale, comptant plus de 50 employés de 14 nationalités différentes, et un réseau d’ambassadeurs et de partenaires à travers le continent.

PCP se distingue par son approche ciblée sur les entrepreneurs et les entreprises familiales. Cette stratégie n’est pas propre aux pays nordiques, comme le souligne Daniel Sachs : « Ce phénomène n’est certainement pas propre aux pays nordiques. En effet, l’Allemagne, qui est le deuxième marché de PCP, dispose d’un secteur des PME extrêmement important qui soutient une grande partie de l’économie allemande. » Il observe également des similitudes culturelles entre la région nordique, l’Allemagne et le Benelux, facilitant le développement de l’entreprise dans ces zones.

Le marché européen du crédit privé connaît une croissance rapide, et Daniel Sachs estime que cette tendance va s’accentuer. Il met en avant un écart de compétitivité important entre l’Europe et les États-Unis, soulignant la nécessité pour les entreprises européennes d’investir massivement dans l’entrepreneuriat, la numérisation, la durabilité et la sécurité énergétique. « Oui, c’est nécessaire. Ne serait-ce qu’en raison de l’écart de compétitivité et de productivité très important qui continue d’exister entre l’Europe et les États-Unis », affirme-t-il.

Sachs pointe également un déséquilibre entre l’offre et la demande de capitaux propres. Il explique que la majorité du capital privé disponible en Europe est constitué de capital secondaire, utilisé pour financer des opérations de rachat, et non pour injecter des fonds frais dans les entreprises. « Le crédit privé en Europe est constitué à 90 % de crédit sponsorisé, axé sur le financement de rachats », précise-t-il. PCP se positionne comme un acteur majeur du crédit privé non sponsorisé, fournissant des solutions de capital primaire pour soutenir la croissance des entreprises.

L’investissement responsable est au cœur de la philosophie de PCP. Daniel Sachs reconnaît une certaine volatilité dans l’intérêt pour les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), notamment aux États-Unis, mais reste convaincu de l’importance de la durabilité pour la performance à long terme.

« Depuis le début, il y a toujours eu une dichotomie entre les investisseurs qui affirment intégrer la durabilité dans leurs investissements et ceux qui le font réellement. »

Daniel Sachs

Il estime que l’ESG et la durabilité ne sont pas un frein à la rentabilité, mais contribuent au contraire à atténuer les risques et à améliorer les résultats financiers.

Pour PCP, l’intégration de l’ESG est également une question de gestion des risques et de réputation. « Tout prêteur accorde une importance primordiale au risque, c’est-à-dire à la prévention des pertes », explique Daniel Sachs. L’entreprise souhaite être perçue comme un partenaire fiable et engagé, soutenant des entreprises prospères et responsables.

L’arrivée de M&G Investments comme actionnaire majoritaire est une étape stratégique pour PCP. « Le principal catalyseur a été la prise de conscience qu’il existait une opportunité très intéressante de développer notre activité au regard des besoins importants en capitaux primaires pour la compétitivité européenne », explique Daniel Sachs. PCP a besoin de capacités institutionnelles accrues en matière de levée de fonds et de soutien opérationnel pour saisir les opportunités de croissance qui se présentent.

Daniel Sachs, dont les parents étaient universitaires, a été inspiré par l’histoire de son arrière-grand-père, Josef Sachs, fondateur du premier grand magasin de Suède en 1902. « J’ai toujours été très curieux au sujet des affaires et avec le temps, j’ai également réalisé que les affaires étaient un excellent outil pour avoir un impact de différentes manières », confie-t-il. Il ne considère pas de contradiction entre la performance financière et l’impact social.

PCP privilégie les relations à long terme avec ses clients, même si la majorité de ses transactions sont ponctuelles. Les prêts ont généralement une durée de cinq à sept ans et visent à financer des initiatives de croissance spécifiques. Au fil du temps, les entreprises financées par PCP se tournent souvent vers le financement bancaire traditionnel ou les marchés obligataires.

Lors de ses déplacements en Europe, Daniel Sachs affectionne particulièrement Milan. « Difficile à répondre, car en Europe , chaque ville offre des expériences très différentes , mais je choisirais probablement Milan », dit-il. Il apprécie la cuisine et la culture italiennes, ainsi que l’atmosphère stimulante de la ville. Londres arrive en deuxième position.

En dehors du travail, Daniel Sachs consacre son temps libre à sa famille, à la nature et aux activités physiques. Il aime lire, visiter des expositions, jouer au tennis et skier. L’été, il profite de l’océan.

« Quand on se détend, il vaut mieux ne pas être trop compétitif, même si ce n’est probablement pas le cas lors de mes matchs de tennis ! »

Daniel Sachs

¹ Private Debt Investor – ‘Guide régional : les managers européens optimistes malgré les défis macroéconomiques’, 30 mai 2025

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