Publié le 7 novembre 2025 18:52:00. Alors que le Pays de Galles prépare ses matchs d’automne face à des adversaires de taille, le rugby gallois est secoué par une profonde crise institutionnelle et un plan de restructuration radical qui divise supporters et acteurs du jeu.
- La Fédération galloise de rugby (WRU) envisage de réduire le nombre d’équipes régionales de quatre à trois.
- Un rapport indépendant a dénoncé des dysfonctionnements au sein de la WRU, notamment des accusations de sexisme, de racisme et d’homophobie.
- La sélection nationale, après une série de 18 défaites consécutives, tente de se relancer sous la direction d’un nouveau staff technique.
Une ambiance particulière régnait mercredi après-midi au Principality Stadium, où se déroulait une séance d’entraînement ouverte au public. Malgré la pluie, près de 6 000 personnes, principalement des enfants et des parents en quête d’une activité pour la mi-session scolaire, ont assisté à la préparation des joueurs gallois en vue de leur match de dimanche contre l’Argentine. Les billets, à un prix symbolique de 1 £ (hors frais de réservation), se vendaient bien, mais l’attention des observateurs était ailleurs, préoccupée par l’avenir du rugby gallois.
La semaine précédente, la WRU avait annoncé un plan de revitalisation du sport, qui incluait la suppression d’une des quatre équipes régionales. Une décision jugée inévitable par beaucoup, compte tenu des difficultés financières et sportives rencontrées par les clubs. Aucune équipe galloise n’a réussi à se classer dans le top sept du United Rugby Championship (URC) depuis la pandémie de Covid-19. La question cruciale reste de savoir quelle équipe sera sacrifiée, et comment convaincre les différents acteurs d’accepter cette restructuration.
Dans les tribunes, Mervyn et Steve, deux supporters de Pontypridd, échangeaient leurs impressions. Ils se souvenaient encore amèrement des coupes opérées il y a vingt ans, lorsque leur équipe régionale, les Celtic Warriors, avait été dissoute après seulement un an d’existence, suite à une fusion avec Bridgend.
« Eh bien, je pense que nous sommes tous d’accord sur le fait que cela doit être fait »,
Steve, supporter de Pontypridd
Mervyn, plus sceptique, rétorquait :
« Oui, mais la question est comment faire ? »
Mervyn, supporter de Pontypridd
Leur méfiance envers la direction actuelle de la WRU est palpable. Ils n’ont pas oublié les promesses non tenues du passé et craignent que cette nouvelle restructuration ne conduise à une nouvelle déstabilisation du rugby gallois.
Sur le terrain, l’équipe nationale tente de se reconstruire après une série noire de 18 défaites consécutives, qu’elle a finalement interrompue en juillet en battant le Japon. Rappelons que le Pays de Galles avait battu le Japon en juillet. L’Argentine, son prochain adversaire, occupe actuellement une sixième place au classement mondial, soit une position supérieure à celle des Gallois.
La WRU est confrontée à de nombreux défis. Un rapport indépendant a mis en lumière des dysfonctionnements profonds, qualifiant l’organisation de « dysfonctionnelle institutionnellement », et la pointant du doigt pour des accusations de sexisme, de racisme et d’homophobie. Elle a également dû gérer un conflit avec ses joueurs, qui menaçaient de faire grève, et des désaccords persistants avec deux de ses équipes régionales, les Scarlets et les Ospreys, qui refusent de signer un accord de participation. De plus, la WRU a dû reprendre en main la gestion du club de Cardiff, après sa faillite.
La situation est d’autant plus préoccupante que la directrice générale désignée pour mener à bien cette restructuration, Abi Tierney, est actuellement en congé de maladie suite à un diagnostic de cancer.
Le nouveau directeur du rugby, Dave Reddin, souhaite également réduire le nombre d’équipes régionales à deux, estimant que les ressources financières et humaines actuelles ne permettent pas de soutenir quatre clubs professionnels. Il a cependant reconnu que cette idée ne fait pas l’unanimité.
« Franchement, je me fiche de savoir qui a battu les All Blacks il y a 40 ans »,
Dave Reddin, directeur du rugby de la WRU
Cette déclaration a suscité l’indignation de nombreux supporters, notamment ceux des Scarlets, qui se souviennent avec fierté de leurs victoires passées. À titre de comparaison, l’équipe de France se prépare à affronter l’Afrique du Sud et cherche à surmonter le traumatisme de sa défaite en Coupe du Monde.

La WRU envisage plusieurs scénarios, dont la fusion de deux des quatre équipes régionales, ou la suppression pure et simple d’une d’entre elles. Elle a également laissé entendre qu’il serait possible pour l’une des équipes actuelles de racheter une autre, ce qui pourrait permettre à des investisseurs privés de prendre le contrôle de certains clubs.
Reddin semble convaincu que la clé du succès réside dans le consensus.
« Rassemblons-nous », a-t-il déclaré lors d’une récente interview. « Si vous voulez aller vite, vous y allez seul, si vous voulez aller loin, vous allez ensemble, tout le monde a eu son mot à dire, nous avons pris des décisions, et ce que nous avons besoin que les gens fassent maintenant, c’est les soutenir. »
Dave Reddin, directeur du rugby de la WRU
En attendant, les Ospreys ont présenté leurs excuses aux Scarlets après que leurs nouveaux investisseurs aient été qualifiés d’« escrocs » lors d’un événement du club, et les Scarlets ont échoué à bloquer le projet de réaménagement du St Helen’s Ground à Swansea, en déposant plusieurs objections auprès du conseil local et en appelant le gouvernement gallois à intervenir.
La méfiance entre les équipes et envers la WRU est profonde. De nombreux acteurs du rugby gallois regrettent les décisions prises au début des années 2000, lorsque le système régional a été mis en place et qu’une offre d’adhésion à la ligue anglaise a été refusée.

Au Principality Stadium, les joueurs gallois ont terminé leur entraînement et s’adonnent désormais à un match de touch rugby. Malgré les incertitudes qui planent sur l’avenir du rugby gallois, l’espoir demeure. De nombreux jeunes joueurs talentueux sont présents, mais ils ignorent encore s’ils auront un avenir professionnel dans ce sport.
La WRU est la seule grande fédération à ne pas avoir signé la lettre interdisant aux joueurs de rejoindre la nouvelle ligue dissidente, R360, peut-être parce que ses propres projets pourraient contraindre de nombreux joueurs à chercher un autre employeur. Des rumeurs de grève circulent, et le match contre les Springboks suscite de vives inquiétudes, notamment en raison de sa programmation en dehors de la fenêtre internationale, qui privera le Pays de Galles de ses joueurs évoluant en Angleterre.
Le nouveau sélectionneur, Steve Tandy, a rassemblé une équipe d’entraîneurs compétente, composée notamment de Danny Wilson (Harlequins), Matt Sherratt (Cardiff), Rhys Patchell, Duncan Jones et Dan Lydiate. Il a également modifié le programme d’entraînement et les habitudes des joueurs, dans l’espoir de relancer la dynamique de l’équipe galloise. « C’est complètement différent de l’année dernière », témoigne Freddie Thomas. « L’année dernière, l’ambiance était plutôt calme, mais maintenant, tous les joueurs s’expriment lors des réunions, il y a un véritable esprit d’équipe. » Un peu d’espoir, donc.
