Publié le 23 décembre 2025 18h03. Malgré une guerre civile dévastatrice et des préparatifs chaotiques, l’équipe nationale de football soudanaise défie les pronostics et participe à la Coupe d’Afrique des Nations, un symbole d’espoir pour un pays en proie à la crise.
- Le Soudan, pays fondateur de la Confédération africaine de football (CAF), n’a remporté qu’un seul titre continental, en 1970.
- La guerre civile actuelle a contraint l’équipe nationale à disputer tous ses matchs de qualification hors de son territoire.
- Malgré les difficultés, les joueurs soudanais affichent une cohésion remarquable, considérant le football comme un espace d’unité nationale au-delà des clivages politiques.
L’histoire du football soudanais est intimement liée à celle de la Coupe d’Afrique des Nations. En 1957, c’est à Khartoum que la CAF a été fondée, sous l’impulsion du Dr Abdel Halim Mohamed. Deux jours plus tard, la première édition du tournoi prenait vie au stade municipal, avec la participation du Soudan, de l’Égypte et de l’Éthiopie. L’Égypte s’imposa alors comme le premier champion d’Afrique.
Le Soudan a connu un second souffle en 1970, en accueillant la septième édition du tournoi à Khartoum et Wad Madani. C’était également la première fois que les matchs étaient diffusés à la télévision. L’équipe nationale a alors décroché son unique titre continental en battant le Ghana en finale par un but à zéro. Depuis, les succès se sont faits rares, et le Soudan peine à retrouver sa place parmi les nations africaines de premier plan.
Selon le journaliste soudanais Amer Titawi, un tournant majeur a eu lieu au milieu des années 1970. Le président Jaafar Numeiri a instauré une politique de « sport de masse », dissolvant les grands clubs tels qu’Al-Hilal et Al-Merreikh suite à des affrontements entre leurs supporters en avril 1976.
« Les compétitions traditionnelles ont été interrompues et le sport s’est transformé en une activité régionale sans réelle envergure, ce qui a poussé de nombreux joueurs, entraîneurs et administrateurs talentueux à émigrer vers les pays du Golfe. Cela a créé une rupture générationnelle, même si les clubs ont été rétablis au début de l’année suivante. »
Amer Titawi, journaliste soudanais
La situation actuelle est encore plus préoccupante. La guerre civile, qualifiée par les Nations Unies de « pire crise humanitaire au monde », a contraint l’équipe nationale à disputer tous ses matchs de qualification pour la Coupe d’Afrique des Nations et la Coupe du monde 2026 à l’étranger. Néanmoins, les Soudanais ont réussi à se qualifier pour la phase finale de la Coupe d’Afrique, après avoir manqué l’édition ivoirienne. Ils évolueront dans le groupe E, aux côtés de l’Algérie, du Burkina Faso et de la Guinée équatoriale, avec un premier match programmé le mercredi 24 décembre 2025 contre l’Algérie.
Malgré un contexte national tragique et des divisions politiques profondes, les joueurs de l’équipe nationale ont fait preuve d’une cohésion remarquable lors de la Coupe arabe. Comment expliquer cette unité ?
« Les joueurs ont une identité claire : ils jouent pour le Soudan, en tant que footballeurs, et non en tant que représentants d’une faction politique. Dans un pays divisé, l’équipe nationale devient un espace où ils se sentent uniquement soudanais, au-delà de toute affiliation militaire ou politique. »
Mohamed Adam Endy, journaliste soudanais
Mohamed Adam Endy souligne également le rôle crucial du staff technique et administratif dans la neutralisation des tensions politiques au sein du groupe, en se concentrant sur la tactique, la discipline et en limitant les contacts avec l’extérieur. Ce recentrage a permis de créer un environnement protecteur pour les joueurs.
Selon le journaliste basé en France, un sentiment de responsabilité envers un peuple éprouvé a renforcé la solidarité au sein de l’équipe. « Nous jouons pour le peuple, pas pour un parti », résume-t-il. Beaucoup de joueurs ont vécu des difficultés économiques, des expériences migratoires ou l’interruption des compétitions, ce qui a tissé des liens humains forts au-delà des clivages politiques.
Amer Titawi confirme que l’équipe nationale soudanaise a le pouvoir d’unir les Soudanais. Il rappelle que lors de la Coupe arabe à Doha, la communauté soudanaise du Qatar et du Golfe était particulièrement visible, remplissant les tribunes de chants et de soutien, au-delà du résultat sportif.
Les préparatifs pour la Coupe d’Afrique ne sont cependant pas idéaux. Amer Titawi souligne que l’absence de compétition locale réduit les options de l’entraîneur ghanéen Kwasi Appiah. La participation à la Coupe arabe, juste avant le tournoi continental, a également mis les joueurs sous pression, certains ayant disputé six matchs en dix jours, avec des déplacements entre le Rwanda, l’Algérie et le Congo. De plus, trois joueurs clés – le capitaine Ramadan Ajab, le gardien Mohamed Mustafa et l’attaquant Seif El-Din Malik – sont blessés.
Malgré la difficulté du groupe, qui comprend l’Algérie, le Burkina Faso et la Guinée équatoriale, Amer Titawi estime que le Soudan peut atteindre les huitièmes de finale, voire se qualifier comme l’un des meilleurs troisièmes. Il tempère toutefois son optimisme, reconnaissant que les circonstances actuelles ne permettent pas à l’équipe d’aller plus loin. L’espoir repose sur la performance collective, plutôt que sur une star en particulier, même si Mohamed Abdel Rahman, le meilleur buteur de l’équipe, est revenu de blessure et n’a pas marqué lors de la Coupe arabe.
Malgré les obstacles, le rêve des Faucons des Jedi de se hisser au deuxième tour demeure bien vivant.
Rédigé par : Adel Al-Sharawat
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