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Le voyage de Mo Yun vers le Sud – La diffusion et la reconstruction de la peinture paysagère traditionnelle chinoise en Asie du Sud-Est_Guangming.com

Publié le 17 décembre 2025 à 18h45. Un mouvement artistique né de la rencontre entre la tradition picturale chinoise et les paysages d’Asie du Sud-Est continue d’influencer la scène artistique contemporaine, témoignant d’une adaptation réussie et d’une nouvelle…

Le voyage de Mo Yun vers le Sud – La diffusion et la reconstruction de la peinture paysagère traditionnelle chinoise en Asie du Sud-Est_Guangming.com

Publié le 17 décembre 2025 à 18h45. Un mouvement artistique né de la rencontre entre la tradition picturale chinoise et les paysages d’Asie du Sud-Est continue d’influencer la scène artistique contemporaine, témoignant d’une adaptation réussie et d’une nouvelle expression culturelle.

  • La peinture de paysage chinoise, forte de plus de mille ans d’histoire, a trouvé un nouveau souffle en Asie du Sud-Est grâce aux artistes chinois émigrés au XXe siècle.
  • L’Académie des Beaux-Arts de Nanyang, fondée en 1938 à Singapour, a joué un rôle central dans la diffusion et l’enseignement de cet art.
  • Des artistes locaux ont ensuite enrichi ce style, intégrant des éléments spécifiques aux paysages et à la culture de la région.

Au début du XXe siècle, un exode artistique a vu des peintres chinois, formés aux techniques traditionnelles mais ouverts aux idées modernes, s’installer dans la région de « Nanyang », un terme désignant la péninsule indochinoise et l’archipel malais (aujourd’hui plus communément appelée Asie du Sud-Est). Ce déplacement n’est pas simplement une extension de l’art chinois à l’étranger, mais une véritable implantation culturelle, un exemple frappant de la capacité de la tradition à s’enraciner sur une terre étrangère.

L’« art de Nanyang » et la « peinture chinoise de style Nanyang » qui en sont issus représentent une nouvelle esthétique, née de la fusion entre l’héritage pictural chinois et les influences tropicales. Cette rencontre a laissé une empreinte visuelle unique dans l’histoire de l’art asiatique moderne.

L’Académie des Beaux-Arts de Nanyang, fondée en 1938 grâce au soutien de la « Singapore Chinese Art Research Association » et d’autres compatriotes chinois d’outre-mer, est rapidement devenue un centre névralgique pour l’enseignement de la peinture à l’encre et du paysage traditionnel. Son programme, inspiré des écoles d’art du continent, promouvait à la fois l’étude de la peinture occidentale et de la peinture chinoise, avec la création d’un département dédié à cette dernière.

Des figures marquantes telles que Li Kuishi, Wu Zaiyan, Shi Xiangtuo, Chen Zongrui, Chen Wenxi, Zhong Sibin et Liu Kang y ont enseigné. Ces professeurs, profondément ancrés dans la culture chinoise, étaient souvent des disciples de maîtres renommés tels que Wu Changshuo, Pan Tianshou, Wang Yiting et Wang Gezhen. Shi Xiangtuo, par exemple, était un expert en épigraphie, en découpe de sceaux, en calligraphie et en peinture chinoise, tandis que Wu Zaiyan s’est fait connaître pour sa technique de « peinture au doigt », qu’il a contribué à diffuser en Asie du Sud-Est en fondant la « Trinity Finger Painting Association ».

L’enseignement à l’Académie des Beaux-Arts de Nanyang ne se limitait pas à l’acquisition de techniques. Il visait également à cultiver l’esprit lettré, en intégrant la poésie, la calligraphie et la découpe de sceaux, et en transmettant l’idéal de la peinture paysagère chinoise comme moyen d’élévation spirituelle – une tradition qui consiste à « écrire pour transmettre le Tao » et à édifier l’âme.

Cependant, c’est la pratique artistique des peintres immigrants qui a véritablement permis à cet art de s’intégrer dans le paysage local. En 1952, Chen Wenxi, Chen Zongrui, Zhong Sibin et Liu Kang ont entrepris un voyage de cinq mois à Bali, un événement considéré comme une étape clé dans la maturation de l’« école de Nanyang ». C’est à cette époque qu’a commencé à émerger un style distinctif, combinant le goût de la peinture à l’encre chinoise, la composition occidentale moderne et les thèmes locaux de Nanyang. Ces quatre artistes sont collectivement connus sous le nom de « Quatre pionniers de Nanyang ».

Chen Zongrui, né en 1910, s’est particulièrement intéressé à la peinture de paysages. Installé à Singapour en 1934, il a enseigné au département de peinture chinoise de l’Académie des Beaux-Arts de Nanyang pendant plus de quarante ans. Il fut l’un des premiers à explorer l’utilisation des techniques traditionnelles de peinture de paysage pour exprimer les coutumes de Nanyang. Son œuvre « Kampung Scenery » (1937) illustre parfaitement cette approche, avec ses cocotiers, ses maisons d’attap et ses scènes de vie locales, des motifs absents des peintures paysagères traditionnelles chinoises. Pour représenter ces éléments, Chen Zongrui a adapté ses techniques de pinceau et d’encre, utilisant des traits fins et verticaux pour évoquer la texture des troncs de cocotiers et des pinceaux radiaux épais pour capturer l’élan des feuilles.

Son œuvre « Scène de Nanyang » témoigne d’une intégration encore plus complète des paysages traditionnels et des régions de Nanyang. Elle représente une vue panoramique d’un port animé, avec des sentiers sinueux, des piétons en sarongs et des rochers accidentés au premier plan, une communauté de maisons sur pilotis nichées dans une cocoteraie au plan intermédiaire, et une baie calme et des montagnes lointaines à l’horizon. L’utilisation de la couleur, notamment des tons ocre, vert, cyan, gamboge et vermillon, contribue à créer une atmosphère tropicale chaleureuse et humide, rompant avec la froideur des peintures littéraires traditionnelles.

Lin Ziping, un autre artiste influent, a également contribué à l’évolution de la peinture de Nanyang. Influencé par le style « riche et vigoureux » de Huang Binhong, il a développé un style personnel caractérisé par une utilisation particulière du pinceau et de l’encre. Son œuvre « Singapore River (Kori Mun Bridge) » (1979) témoigne de son approche, avec une composition complète et une attention particulière à la texture des barges, de l’eau de la rivière et des bâtiments environnants.

Ces artistes, en adaptant les techniques traditionnelles de la peinture chinoise aux paysages et à la culture de Nanyang, ont prouvé que cet art pouvait s’épanouir au-delà de la Chine, tout en conservant son essence et son rayonnement.

« Guangming Daily » (page 13, 18 décembre 2025)

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.