Publié le 28 octobre 2025 11h18. Le nouveau thriller de Kathryn Bigelow, House of Dynamite, qui imagine une frappe nucléaire sur Chicago, suscite la controverse aux États-Unis, le Pentagone contestant la crédibilité de la représentation du système de défense antimissile américain.
- Noah Oppenheim, l’auteur du film, rejette les critiques du Pentagone, affirmant que sa description est exacte et basée sur des témoignages d’experts.
- La Missile Defense Agency (MDA), l’agence américaine de défense antimissile, affirme que ses intercepteurs ont un taux de réussite de 100 % lors des tests.
- Des experts indépendants nuancent ces affirmations, soulignant la complexité des scénarios de défense face à une attaque nucléaire réelle.
La polémique autour de House of Dynamite met en lumière les enjeux de la transparence et de la précision dans la représentation des capacités militaires américaines. Le film, qui suit une équipe confrontée à l’échec du système de défense face à une attaque nucléaire, a provoqué une réaction vive du Pentagone, qui estime que le film induit en erreur le public.
Dans une note interne du 16 octobre obtenue par Bloomberg, la MDA reconnaît que le film présente un scénario dramatique destiné au divertissement, mais souligne que les résultats des tests réels sont bien différents. L’agence affirme que les intercepteurs américains affichent un taux de précision de 100 % lors des tests depuis plus d’une décennie.
Noah Oppenheim, ancien président de NBC News, a fermement contesté ces affirmations. Il a déclaré avoir consulté « de nombreux experts en défense antimissile, tous officiellement… notre système de défense antimissile est très imparfait ». Il a ajouté :
« Ce que nous montrons dans le film est exact. »
Noah Oppenheim, auteur de House of Dynamite
Le film met en scène des missiles intercepteurs au sol, basés en Alaska, qui échouent à intercepter une frappe nucléaire sur Chicago. Kathryn Bigelow, la réalisatrice, a précisé au Guardian que l’équipe du film n’a pas cherché l’approbation ou la coopération du Pentagone afin de préserver son indépendance.
« Notre arsenal nucléaire est une structure faillible. À l’intérieur se trouvent des hommes et des femmes qui travaillent ingratement dans les coulisses, dont la compétence signifie que vous et moi pouvons nous asseoir et avoir cette conversation. Mais la compétence ne signifie pas qu’ils sont infaillibles. »
Kathryn Bigelow, réalisatrice de House of Dynamite
Laura Grego, physicienne nucléaire à l’Union of Concerned Scientists, a également apporté un éclairage nuancé. Elle a expliqué à Bloomberg que le scénario du film représente une menace relativement simple, comparée aux défis réels de la défense antimissile.
« Une défense robuste devrait anticiper l’arrivée de plusieurs ICBM et de leurres crédibles, ainsi que des attaques directes contre des éléments de défense antimissile, mais aucun de ces éléments ne faisait partie de l’histoire de ce film. La menace fictive est sans doute aussi simple qu’elle puisse l’être. »
Laura Grego, physicienne nucléaire à l’Union of Concerned Scientists
Les États-Unis disposent actuellement de 44 intercepteurs au sol, déployés en Alaska et en Californie. En 2020, le Pentagone a attribué un contrat de 13,3 milliards de dollars à Northrop Grumman pour développer une nouvelle génération de missiles au sol, dont la livraison est prévue en 2029. En mai dernier, Donald Trump avait même proposé un système de missile « Golden Dome », incluant des armes spatiales pour intercepter les frappes contre les États-Unis. Plus d’informations sur la proposition de Trump ici.
La controverse soulevée par House of Dynamite rappelle l’importance du débat public sur les questions de sécurité nationale et la nécessité d’une évaluation critique des capacités militaires.