Publié le 18 janvier 2026 à 15h14. L’Indonésie est confrontée à une décision délicate : participer ou non à une force internationale de stabilisation à Gaza, un projet perçu par certains comme une tentative de légitimer l’occupation israélienne plutôt que d’apporter une solution durable au conflit.
- La Force internationale de stabilisation (FIS), soutenue par les États-Unis, vise officiellement à stabiliser Gaza, mais son objectif principal est perçu comme le désarmement des Palestiniens.
- Plus de 70 000 Palestiniens auraient été tués depuis le début de la guerre, et les violations du cessez-le-feu sont fréquentes, remettant en question la pertinence d’une force de stabilisation axée sur le désarmement.
- La participation de l’Indonésie, pays ayant dénoncé l’occupation israélienne devant la Cour internationale de Justice, serait perçue par certains comme un revirement et une forme de complicité.
La proposition d’une Force internationale de stabilisation (FIS) à Gaza, portée par l’administration Trump, suscite de vives inquiétudes. Présentée comme une intervention humanitaire multilatérale destinée à apaiser les tensions dans le territoire dévasté, cette initiative est de plus en plus perçue comme une tentative de masquer une réalité plus sombre : l’internationalisation de l’occupation israélienne et la déresponsabilisation d’Israël face aux conséquences de ses actions.
Pour de nombreux observateurs, l’Indonésie, invitée à contribuer à cette force, ne jouerait pas le rôle d’un casque bleu neutre, mais celui d’un simple accessoire dans un plan plus vaste. Gaza ne manque pas de supervision internationale, mais de sécurité, d’accès aux besoins fondamentaux et de respect de son droit à l’autodétermination. Depuis le début de la guerre, plus de 70 000 Palestiniens ont été tués selon les données disponibles, et des quartiers entiers ont été rasés. L’aide humanitaire, quant à elle, est souvent limitée, retardée et politisée. Israël a violé le cessez-le-feu à maintes reprises depuis son entrée en vigueur le 10 octobre 2025.
Le mandat central de la FIS, tel qu’explicité par les États-Unis, serait le désarmement des Palestiniens. Mike Waltz, l’ambassadeur de Washington auprès des Nations Unies, a déclaré que la FIS serait autorisée à désarmer le Hamas « par tous les moyens nécessaires ». Le président Trump a fait écho à cette menace, promettant un désarmement « par la voie facile ou par la voie difficile ». Israël, de son côté, ne fait face à aucune pression équivalente. Aucun mécanisme de contrôle n’est prévu pour l’obliger à retirer ses forces, à lever le blocus ou à cesser de violer les termes du cessez-le-feu. Ce déséquilibre est flagrant et délibéré.
C’est ainsi que l’occupation se normalise : non pas en niant son existence, mais en externalisant sa gestion. Les responsables indonésiens tentent d’atténuer cette réalité. Le ministre des Affaires étrangères Sugiono a décrit le rôle potentiel de l’Indonésie comme temporaire et humanitaire, axé sur l’accès à l’aide et une transition vers une solution à deux États. Le ministère des Affaires étrangères a souligné la nécessité d’un mandat et de règles d’engagement clairs, insistant sur le fait que l’Indonésie ne souhaite pas « forcer la paix ».
Mais la paix ne peut être imposée à une population occupée tant que l’occupant reste armé et irresponsable. La FIS ne vise pas le maintien de la paix, mais le contrôle de la population – demander à des soldats étrangers de surveiller les ruines de Gaza pendant qu’Israël conserve une domination militaire incontestée sur terre, en mer et dans les airs.
Muhammad Waffaa Kharisma, analyste des relations internationales à Jakarta, a mis en garde contre un risque majeur : envoyer des troupes indonésiennes sans légitimité claire reviendrait à en faire le « visage du nouveau colonialisme ». D’autres acteurs régionaux partagent cette prudence. La Turquie et l’Égypte ont refusé d’engager des troupes pour désarmer par la force les factions palestiniennes. Le Hamas a indiqué qu’il n’accepterait une présence internationale qu’en tant que force tampon séparant les forces israéliennes des civils palestiniens, et non comme une force de police d’occupation. Khaled Meshaal a affirmé que le désarmement sans retrait israélien est « impossible ». Ces positions ne relèvent pas de l’extrémisme, mais du réalisme : aucun peuple sous occupation n’abandonne volontairement ses moyens de défense tant que l’armée d’occupation reste présente.
La participation de l’Indonésie marquerait un changement radical par rapport à sa politique récente. En 2024, Jakarta s’est exprimée devant la Cour internationale de Justice pour dénoncer l’occupation israélienne comme illégale. Cette position reconnaissait une vérité fondamentale : la crise de Gaza n’est pas un problème de sécurité, mais un problème juridique et moral. La FIS abandonne cette clarté, remplaçant la recherche de responsabilité par une simple gestion administrative.
Pour une nation née de la lutte anticoloniale, il ne s’agit pas d’un simple choix politique, mais d’un test d’identité. La position morale de l’Indonésie ne repose pas sur sa puissance militaire, mais sur son refus de légitimer la domination, qu’elle s’exerce en Palestine, en Afrique du Sud ou ailleurs. Envoyer des troupes indonésiennes à Gaza sous l’égide de la FIS inverserait cet héritage, plaçant les soldats indonésiens entre les Palestiniens et leur droit à la liberté, tout en protégeant Israël des conséquences de ses actes.
L’Indonésie a encore une alternative : insister pour que toute présence internationale soit conditionnée à un cessez-le-feu permanent, au retrait total d’Israël, à un accès humanitaire sans restriction et au consentement des Palestiniens. Elle peut continuer à exiger des comptes en vertu du droit international plutôt que de contribuer à la construction de mécanismes destinés à le contourner. Elle peut refuser de participer à des projets qui demandent aux occupés de désarmer alors que l’occupant reste pleinement armé.
L’histoire ne pardonne pas à ceux qui contribuent à gérer l’oppression au nom de l’ordre. L’Indonésie ne devrait pas permettre que ses soldats – ou ses principes – soient utilisés de cette manière. La paix à Gaza ne viendra pas d’une occupation stabilisée, mais de sa fin.
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