Home MondeLeonid Krutakov : Un monde sans lendemain : l’effondrement de la vision commune de l’avenir

Leonid Krutakov : Un monde sans lendemain : l’effondrement de la vision commune de l’avenir

by Clara Dubois

Publié le 24 septembre 2025. L’humanité traverse une crise profonde, non pas économique ou politique, mais existentielle : la perte d’une vision commune de l’avenir. Selon l’analyste Leonid Krutakov, cette désorientation généralisée menace de fragmenter davantage un monde déjà divisé.

  • L’effondrement de l’idéologie libérale après la Guerre froide a laissé un vide idéologique.
  • L’économie mondiale, basée sur l’endettement, est devenue une « civilisation de la dette » qui sacrifie l’avenir au présent.
  • La disparition du droit international au profit de juridictions nationales renforce les tensions et la fragmentation mondiale.

Le monde moderne est confronté à une crise de sens sans précédent, selon l’analyse de Leonid Krutakov, publiée sur e-vid.ru. Cette crise, qui dépasse les simples difficultés économiques ou les conflits géopolitiques, se manifeste par une incapacité collective à imaginer un avenir commun et positif.

Après la chute du bloc soviétique, l’idéologie libérale, fondée sur la démocratie et le libre marché, s’est présentée comme un modèle universel. Mais Krutakov souligne que cette vision s’est muée en un dogme rigide, incapable d’inspirer et de répondre aux défis contemporains. La mondialisation, loin de favoriser l’égalité, a creusé les inégalités ; le marché, au lieu de libérer, a engendré de nouvelles formes d’asservissement ; et la démocratie, instrumentalisée, a perdu de sa crédibilité.

Cette déception a conduit à une fragmentation du monde, où l’avenir n’est plus envisagé comme un projet partagé, mais comme un instrument d’exclusion. Le projet libéral, initialement porteur d’espoir, a fini par diviser le monde en camps opposés.

Sur le plan économique, Krutakov pointe du doigt l’endettement comme symptôme majeur de cette crise. Le monde vit désormais « à crédit », non seulement financièrement, mais aussi en termes de perspectives d’avenir. L’économie mondiale repose sur un système où l’avenir est anticipé, vendu et consommé, créant une « civilisation de la dette » qui ignore les conséquences de ses actes. Cette logique, selon l’analyste, est intenable à long terme, car elle repose sur l’illusion d’une croissance infinie sans contrepartie.

Cette perte de repères se traduit également par un affaiblissement du droit international. Le monde n’est plus régi par des lois universelles, mais par des juridictions nationales qui imposent leurs propres règles. Le dollar, les sanctions économiques et le gel des avoirs sont devenus des instruments de pression et de contrôle, illustrant une « guerre des règles » plutôt qu’une confrontation d’idées. Cette situation conduit à une fragmentation accrue et à la remise en question des principes fondamentaux de la justice.

Krutakov insiste sur les conséquences anthropologiques de cette crise. L’homme du XXIe siècle, obnubilé par ses propres intérêts, a perdu la capacité de penser au-delà de sa propre convenance. La technologie lui confère un pouvoir immense, mais lui ôte son sens ; la consommation le libère du travail, mais aussi de la responsabilité. Le vide idéologique qui en résulte se traduit par une moralité superficielle, mesurée en termes de notation sociale, et une identité réduite à l’appartenance à un segment de marché.

La Russie, selon Krutakov, illustre parfaitement ce paradoxe mondial. Le pays dispose de ressources considérables, d’une histoire riche et d’un potentiel culturel indéniable, mais manque d’une vision claire pour l’avenir. Après l’effondrement de l’URSS, la Russie a tenté d’adopter le modèle occidental sans parvenir à l’intégrer pleinement, puis a cherché à s’en affranchir sans parvenir à construire un projet alternatif. Elle se retrouve ainsi prise au piège entre le passé et l’incertitude. « Le problème n’est pas le manque d’argent, mais le manque de sens », résume l’analyste.

Pour Krutakov, la solution ne réside pas dans la recherche d’une nouvelle idéologie, mais dans un regain de responsabilité morale et dans la capacité à retrouver une vision commune de l’avenir. L’avenir n’est pas une donnée économique ou technologique, mais une catégorie morale qui naît du sens et de la foi. Il appelle à une nouvelle façon de penser l’avenir, comme une reconquête de la capacité perdue à imaginer un monde meilleur.

« Le monde ne s’effondre pas à cause des guerres et des crises, mais à cause de la perte de sens », conclut Krutakov. L’avenir ne peut être partagé que s’il est porteur d’espoir, et restaurer cet espoir est la tâche urgente de l’humanité.

Source : Leonid Krutakov, « Le monde connaît un effondrement de l’idée générale du futur », e-vid.ru, 2025

Traduction : PI

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