Les Équatoriens ont rejeté dimanche en grande majorité un référendum proposé par le président Daniel Noboa qui aurait ouvert la voie à l’installation de bases militaires étrangères sur leur territoire. Ce vote constitue un revers majeur pour le jeune chef d’État, qui misait sur cette mesure pour contrer la violence des gangs et le trafic de drogue qui gangrènent le pays.
Le « non » l’a emporté sur l’ensemble des huit questions posées lors du scrutin, incluant également des propositions visant à réduire le financement public des partis politiques, à réformer la Constitution et à diminuer le nombre de parlementaires. Pour beaucoup d’électeurs, ce vote était avant tout un jugement sur la politique menée par M. Noboa, élu en novembre 2023.
« S’il réécrit la Constitution, il le fera pour se servir… et ruiner encore plus le pays », a déclaré Rosita Guichimillo, une habitante de Quito, après avoir voté sous une pluie fine. Cette crainte d’un renforcement excessif du pouvoir exécutif était largement partagée.
L’Équateur est confronté à une spirale de violence sans précédent, alimentée par des gangs liés aux cartels internationaux de la drogue. Ces organisations criminelles se disputent le contrôle des routes de transit de la cocaïne, dont environ 70 % du volume mondial transiterait par le pays selon le président Noboa. Les taux d’homicides ont atteint des niveaux alarmants dans certaines villes.
M. Noboa avait présenté la coopération militaire étrangère comme une solution essentielle pour renforcer les forces de sécurité équatoriennes, débordées par la situation. La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, s’était rendue à deux reprises en Équateur cette année pour affirmer son soutien, visitant notamment une ancienne base militaire américaine sur la côte Pacifique.
Le président avait décrété l’« état de conflit armé interne » et mis en place des états d’urgence répétés, ainsi qu’une prison de haute sécurité pour les chefs de gangs. Si ces mesures ont permis une baisse temporaire de la violence, elles n’ont pas réussi à enrayer durablement la criminalité, et les homicides devraient atteindre des records cette année.
Selon l’analyste équatorienne de la sécurité, Michele Maffei, des réformes plus profondes sont nécessaires. « La coopération n’est que la cerise sur le gâteau », a-t-elle souligné. « L’Équateur doit renforcer son système judiciaire et lutter contre la corruption. »
Ce résultat intervient dans un contexte régional tendu, marqué par un renforcement de la présence militaire américaine dans les Caraïbes, officiellement justifié par la lutte contre le narcoterrorisme. Le président américain Donald Trump a également évoqué des options militaires contre le Venezuela, accusé d’être impliqué dans le trafic de drogue – une allégation que le président vénézuélien Nicolás Maduro conteste.
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