Home AffairesLes actions de défense et le boom de l’OTAN 2035: une thèse de croissance laïque émerge

Les actions de défense et le boom de l’OTAN 2035: une thèse de croissance laïque émerge

by Amélie Bernard

L’OTAN s’apprête à engager une augmentation massive de ses dépenses militaires, un revirement stratégique qui rappelle les politiques de l’administration Reagan durant la Guerre froide. L’alliance, confrontée à un paysage géopolitique de plus en plus instable, a convenu d’investir davantage dans la défense, une décision largement attribuée à la pression exercée par l’ancien président américain Donald Trump.

Au sommet de l’OTAN à La Haye la semaine dernière, les 32 pays membres se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) d’ici 2035, avec un seuil minimal de 3,5 % pour les « besoins militaires de base ». Cet objectif représente un doublement de l’engagement pris en 2014, qui fixait une cible de 2 % du PIB.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a reconnu l’influence de Donald Trump dans cette décision : « Cela n’aurait pas été possible sans Trump. » L’ancien président américain avait régulièrement critiqué les alliés européens pour ne pas respecter leurs engagements en matière de dépenses militaires.

Cette intensification des investissements dans la défense intervient dans un contexte mondial marqué par une recrudescence des conflits. L’Indice mondial de la paix 2025 fait état de 59 conflits armés actifs dans le monde, un chiffre inégalé depuis la Seconde Guerre mondiale. La Russie, désignée comme le pays le moins pacifique de l’année, continue de représenter une menace militaire majeure avec son conflit en Ukraine, entré dans sa troisième année.

Par ailleurs, l’OTAN souligne l’expansion militaire « massive » de la Chine, notamment en mer de Chine méridionale, avec le développement de systèmes de missiles avancés et l’augmentation de sa flotte navale. Les tensions au Moyen-Orient sont également exacerbées par les récentes ripostes de l’Iran aux frappes aériennes américaines, notamment des attaques de missiles contre la base aérienne d’Al Udeid au Qatar.

Plusieurs pays de l’OTAN ne comptent pas attendre 2035 pour augmenter leurs dépenses. La Pologne consacre déjà plus de 4 % de son PIB à la défense, un pourcentage supérieur à celui de tous les autres membres de l’alliance. L’Allemagne, quant à elle, s’est engagée à atteindre 3,5 % d’ici 2029, et a même modifié ses règles constitutionnelles en matière de dette pour faciliter cet objectif.

Le Royaume-Uni a récemment commandé une douzaine d’avions de chasse F-35A capables d’emporter des armes nucléaires, représentant la plus importante modernisation de sa dissuasion nucléaire depuis la Guerre froide. Aux États-Unis, le président Trump a proposé un budget de défense de 893 milliards de dollars (environ 825 millions d’euros) pour 2026, privilégiant les drones et les missiles intelligents, tout en réduisant certains investissements dans des équipements plus traditionnels, comme les navires de guerre et les avions de chasse.

Les analystes de Stifel estiment que le secteur de la défense est en train de passer d’un statut de « secteur de valeur » stable à celui d’une « industrie de la croissance dynamique ». Cette nouvelle course aux armements est alimentée non seulement par les chars et les avions, mais aussi par les technologies de pointe dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité, de l’espace et des systèmes de nouvelle génération.

Les dépenses de défense américaines restent à des niveaux records, et les dépenses européennes ont augmenté de 17 % en glissement annuel pour atteindre 693 milliards de dollars (environ 640 millions d’euros) en 2024, avant même la mise en œuvre du nouvel objectif de 5 % de l’OTAN. Cependant, l’Europe reste fortement dépendante des équipements et de la capacité de production américains, selon l’Institut de Kiel.

Cette situation pourrait ouvrir de nouvelles opportunités pour les entreprises de défense américaines, en particulier celles spécialisées dans les drones, les systèmes de missiles, la cybersécurité et les technologies spatiales, qui devraient bénéficier de ce cycle de réarmement à long terme.

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