Publié le 30 septembre 2025 à 10h52. La baisse de la couverture vaccinale contre la rougeole, particulièrement préoccupante dans certaines régions d’Europe centrale et orientale, expose à un risque croissant d’épidémies et met en lumière les défis liés à la confiance envers la vaccination.
- Des disparités importantes existent en matière de vaccination contre la rougeole, avec des taux de couverture allant de plus de 95 % à moins de 50 % selon les régions.
- La désinformation et les facteurs locaux, tels que l’influence religieuse, contribuent au refus de la vaccination.
- L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’UNICEF soulignent que la rougeole reste une menace mondiale majeure.
La Roumanie illustre parfaitement ces disparités. Selon les données de l’Institut national de santé publique, le comté de Giurgiu affiche un taux de vaccination contre la rougeole de 97,5 %, tandis que les comtés de Neamț (44,9 %) et Hunedoara (48,6 %) sont bien en dessous du seuil de 95 % considéré comme nécessaire pour l’immunité collective. Cette situation inquiétante, révélée dans le cadre du projet Pulse, un consortium journalistique international, met en évidence les difficultés à assurer une protection uniforme de la population.
Face à ces défis, le Dr Gindrovel Dumitra, coordinateur du groupe roumain de vaccinologie des médecins de famille, souligne la nécessité d’une approche localisée.
« Je ne pense pas qu’il y ait une réponse, en ce moment, ce qui devrait être fait au niveau national pour atteindre ce taux de couverture des vaccins à 95 %. Parce que je ne pense pas qu’il y ait une intervention nationale pour résoudre ce problème. »
Dr Gindrovel Dumitra, coordinateur du groupe roumain de vaccinologie des médecins de famille
Il insiste sur l’importance d’identifier les raisons spécifiques du refus de la vaccination au niveau local, qu’il s’agisse de méfiance envers les vaccins, de convictions religieuses ou de l’influence de figures locales.
D’autres pays européens sont également confrontés à des défis similaires. En République tchèque, où le taux de vaccination contre la rougeole atteint 87 % chez les enfants, de nombreux parents préfèrent retarder la vaccination jusqu’à l’entrée de leurs enfants à l’école maternelle ou primaire, où le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) devient obligatoire. Bien qu’une désinformation sur les vaccins, en dehors de la Covid-19, soit occasionnellement observée, les autorités tchèques privilégient des campagnes de vaccination ciblées, comme celle organisée en 2022 pour les réfugiés ukrainiens.
Une campagne de lutte contre la désinformation a été menée pendant la pandémie de Covid-19 par le ministère de la Santé tchèque, fournissant des informations sur les vaccins et déconstruisant les mythes courants. Cependant, elle a été critiquée pour être intervenue trop tardivement.
L’OMS et l’UNICEF tirent la sonnette d’alarme : en 2024, 359 521 cas de rougeole ont été signalés dans le monde. Les deux organisations soulignent que la transmission du virus à travers les frontières est régulière et que des épidémies peuvent survenir partout où des groupes de personnes non vaccinées ou insuffisamment vaccinées sont présents.
Certains pays, comme la Lituanie, ont réussi à limiter la propagation de la maladie. En 2023, seulement 3 cas de rougeole ont été recensés, et 10 en 2024, contre 834 en 2019. Toutefois, le taux de vaccination a diminué depuis 2009, passant de 97 % à 86,46 % en 2022. Le Centre national de santé publique lituanien rappelle que la vaccination est le seul moyen de protection spécifique contre la rougeole et ses complications graves.
Une enquête menée en 2023 en Lituanie a révélé qu’environ la moitié des personnes interrogées ont une attitude positive envers la vaccination et considèrent les vaccins comme sûrs et bénéfiques. La réticence vaccinale est souvent liée à la conviction que la vaccination est un choix personnel, à des inquiétudes concernant les effets secondaires et à un manque de confiance envers les autorités sanitaires.
Le Dr Dumitra rappelle que la rougeole est 10 à 18 fois plus contagieuse que la Covid-19.
« Dans le cas de la rougeole, le nombre de reproduction basale est de 16 à 18 ans. Ce qui signifie qu’une personne qui a la maladie le transmet à 16 à 18 personnes, qui à leur tour tombent malades. C’est le plus grand numéro de reproduction. »
Dr Gindrovel Dumitra, coordinateur du groupe roumain de vaccinologie des médecins de famille
Il souligne que la maladie se propage rapidement en cas de faible couverture vaccinale.
Les symptômes de la rougeole peuvent être trompeurs : ils apparaissent environ 10 à 14 jours après le contact avec une personne infectée, avec une fièvre initiale et des lésions buccales précédant l’éruption cutanée. Cette phase initiale peut conduire à des erreurs de diagnostic et à une propagation de la maladie dans les hôpitaux.
En Roumanie, des épidémies de rougeole sont apparues de manière cyclique ces dernières années (2005-2006, 2011-2012, 2016-2019, et de décembre 2023 à septembre 2024). Le Dr Dumitra explique que cela est dû à l’accumulation d’un nombre suffisant d’enfants non vaccinés, créant une masse critique de personnes sensibles à la maladie.
Le 4 septembre dernier, le ministère de la Santé roumain a déclaré la fin de l’épidémie de rougeole, mais le ministre de la Santé, Alexandru Rafila, a souligné que cette amélioration n’était pas due à la vaccination. Il a déclaré que l’épidémie s’était résorbée grâce à la maladie touchant la population non vaccinée, ce qui avait réduit l’incidence de la rougeole. Il a toutefois averti que la situation pourrait se reproduire dans un à trois ans si la couverture vaccinale diminuait à nouveau.
Rafila a insisté sur la nécessité de restaurer la confiance des parents envers les vaccins traditionnels.

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