Publié le 29 décembre 2025 à 15h01. Des déclarations du président américain Donald Trump laissent craindre une escalade militaire américaine au Venezuela, après des allégations d’une frappe contre une installation liée au trafic de drogue.
- Donald Trump affirme que les États-Unis ont détruit une « grande usine » au Venezuela dans le cadre de sa lutte contre le narcotrafic.
- Des responsables américains confirment de manière informelle l’attaque, sans qu’aucune confirmation officielle ne soit émise par le Pentagone ou la Maison Blanche.
- Cette action pourrait marquer le passage à une « phase deux » de la campagne américaine contre le régime de Nicolás Maduro.
Des propos apparemment anodins du président américain, Donald Trump, ont relancé les inquiétudes concernant une possible intensification de l’engagement militaire des États-Unis au Venezuela. Lors d’une interview à la radio vendredi dernier avec l’homme d’affaires John Catsimatidis, un allié politique, Trump a affirmé que les forces américaines avaient récemment détruit « une grande usine ou une grande installation » dans le cadre de leur offensive contre le trafic de drogue en Amérique latine.
Bien qu’il n’ait pas précisé l’emplacement exact de cette installation, des sources au sein de l’administration américaine ont confirmé, sous couvert d’anonymat, qu’elle se trouvait bel et bien au Venezuela. Aucune confirmation officielle n’a été fournie par le Pentagone, la Maison Blanche ou la CIA, qui se sont abstenues de tout commentaire.
Cette déclaration et les confirmations partielles de responsables américains soulèvent une question cruciale : les États-Unis ont-ils entamé la seconde phase de leur campagne de pression militaire contre le régime de Nicolás Maduro ?
Des opérations maritimes à des frappes terrestres
Si la frappe contre une cible située sur le sol vénézuélien est confirmée, il s’agirait de la première action militaire connue sur le territoire du pays depuis le lancement de l’offensive américaine contre le trafic de drogue et le régime de Maduro. Jusqu’à présent, la campagne s’était concentrée sur des opérations maritimes dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, où les forces américaines ont attaqué des navires soupçonnés de transporter de la cocaïne. Ces actions, débutées en septembre, avaient été présentées par l’administration comme une « première phase » de l’opération.
À ce jour, cette première phase de l’offensive a fait au moins 105 morts lors de 29 opérations confirmées par les autorités. Washington affirme que les navires attaqués transportaient de la cocaïne et étaient liés à des réseaux criminels, mais n’a pas rendu publiques les preuves à l’appui de ces allégations.
Ces attaques contre des navires rapides ont suscité de vives critiques au niveau international et aux États-Unis. Des experts en droit international les ont qualifiées d’ exécutions extrajudiciaires, estimant qu’elles n’avaient aucune base légale, car elles visaient des civils en haute mer.
L’administration Trump a défendu ces frappes, arguant que les États-Unis sont engagés dans un conflit non armé contre les « narcoterroristes » et que ces organisations ne peuvent être neutralisées que par le recours à la force militaire. Washington soutient également que les opérations se déroulent en eaux internationales, ce qui, selon son interprétation, atténue les questions de souveraineté.
Une attaque directe sur le territoire vénézuélien représenterait cependant un changement de cap majeur.
Quelles seraient les implications d’une attaque américaine sur le Venezuela ?
Le bombardement d’installations sur le territoire d’un État souverain impliquerait une escalade significative de la campagne militaire et ouvrirait une nouvelle phase aux implications juridiques, diplomatiques et stratégiques considérables. Cela renforcerait également la perception que l’administration Trump s’oriente vers une confrontation plus directe avec le régime de Maduro, que le président et plusieurs de ses conseillers qualifient ouvertement de régime narcoterroriste.
Trump prépare le terrain pour ce tournant depuis plusieurs semaines, mettant en garde à plusieurs reprises contre l’imminence d’attaques terrestres dans le cadre de sa stratégie visant à frapper les réseaux de trafic de drogue et à accroître la pression sur Caracas. Il a également autorisé, il y a quelques mois, la CIA à planifier des opérations secrètes au Venezuela, ce qui suggère que les options militaires envisagées se sont progressivement élargies.
Cette éventuelle « phase deux » n’est pas une surprise. Selon des sources proches de la planification, la conception initiale de la campagne prévoyait dès le départ des attaques contre des installations liées au trafic de drogue sur le territoire vénézuélien, une fois la phase maritime consolidée.
Cette stratégie s’accompagne d’autres mesures de pression, telles que l’interdiction des pétroliers et un blocus de facto visant à étouffer la principale source de revenus du gouvernement Maduro.
Le contexte politique est également déterminant. Des personnalités de l’administration, comme le secrétaire d’État Marco Rubio et le conseiller Stephen Miller, adoptent une ligne dure à l’égard du Venezuela, combinant politique étrangère, sécurité nationale et objectifs migratoires.
Pour Trump, le Venezuela est devenu un point de convergence de plusieurs de ses priorités : lutter contre le trafic de drogue, affirmer la puissance militaire américaine, affaiblir un adversaire idéologique dans l’hémisphère et tenir sa promesse de déportations massives.
Une éventuelle attaque sur le territoire vénézuélien pourrait également relancer un débat juridique sur la possibilité d’invoquer l’Alien Enemies Act, une loi datant du XVIIIe siècle qui autorise la détention et l’expulsion accélérée des citoyens d’un pays ennemi. Cette loi avait déjà été utilisée en début d’année pour tenter d’expulser rapidement des milliers de Vénézuéliens, mais son application a été bloquée par les juges fédéraux, qui ont estimé qu’il n’y avait pas de guerre entre les deux pays justifiant le recours à cette législation.
Pour l’instant, le silence officiel et l’absence de confirmations indépendantes maintiennent l’épisode dans une zone grise. Ni le gouvernement vénézuélien ni les autorités régionales n’ont signalé d’attaques terrestres. Mais le simple fait que le président Trump ait publiquement suggéré qu’une opération de ce type avait été menée ouvre toute une série de nouveaux scénarios.
Trump a également laissé entendre que ces frappes pourraient être étendues à d’autres pays, comme la Colombie et le Mexique, tandis que le Congrès continue de débattre de la nécessité pour l’administration d’obtenir une autorisation législative avant de s’engager dans un conflit ouvert avec un autre pays.
SERGIO GÓMEZ MASERI
Correspondant d’EL TIEMPO
Washington