Publié le 7 octobre 2025 à 22h35. L’administration américaine élargit ses pouvoirs pour lutter contre les cartels de la drogue, allant jusqu’à autoriser des frappes potentiellement létales contre des groupes considérés comme une menace pour les citoyens américains, une approche qui suscite des inquiétudes quant au respect du droit international et à une possible intervention au Venezuela.
- Le département de la Justice américain a élargi la liste des organisations criminelles considérées comme terroristes, au-delà de celles déjà désignées par l’administration Trump.
- Cette nouvelle doctrine juridique pourrait autoriser l’exécution de trafiquants de drogue désignés comme « combattants ennemis » sans contrôle judiciaire.
- Les tensions s’intensifient avec le Venezuela, où les États-Unis ont déployé des forces navales et des avions de combat, et accusent le président Maduro de diriger un cartel de la drogue.
Washington adopte une approche de plus en plus agressive dans sa lutte contre les cartels de la drogue, en particulier ceux opérant en Amérique latine. Selon des informations obtenues par le réseau d’information CNN, une opinion classifiée du département de la Justice autorise désormais l’utilisation de la force meurtrière contre des groupes criminels considérés comme une « menace imminente » pour les citoyens américains. Cette politique va au-delà des cartels déjà désignés comme « terroristes » par l’administration Trump en février dernier – le Train d’Aragua (Venezuela), la Mara Salvatrucha (MS13), le Cartel de Sinaloa, le Cartel de Nouvelle Génération de Jalisco, le Cartel du Nord-Est, le Cartel du Golfe, La Nueva Familia Michoacana et les Cartels Unis – et inclut désormais des organisations qui n’avaient pas été précédemment classées dans cette catégorie.
En septembre dernier, les gangs criminels équatoriens, notamment Los Choneros et Los Lobos, ont également été ajoutés à cette liste. La justification juridique de cette approche controversée repose sur l’idée que ces groupes représentent une menace directe pour la sécurité nationale américaine. L’administration Trump estime avoir le pouvoir d’autoriser l’exécution sommaire de trafiquants de drogue désignés comme « combattants ennemis » sans examen judiciaire préalable.
Cette nouvelle politique marque un changement significatif par rapport aux pratiques antérieures, où les individus impliqués dans le trafic de drogue étaient généralement arrêtés et poursuivis en justice. Aujourd’hui, des vidéos diffusées par l’administration montrent des navires présumés appartenir à des trafiquants de drogue être bombardés par les forces américaines. Un ancien avocat du Pentagone, cité par CNN, a déclaré : « Selon cette logique, face à un groupe petit, moyen ou grand qui fait du trafic de drogue vers les États-Unis, l’administration pourrait prétendre qu’il s’agit d’une attaque contre les États-Unis et répondre avec une force meurtrière. »
CNN rapporte également que l’administration Trump envisage d’élargir les pouvoirs de la CIA pour mener des opérations secrètes et meurtrières dans la région. Cette intensification de la lutte contre les cartels s’accompagne d’une escalade des tensions avec le Venezuela. Depuis août, les États-Unis ont déployé huit navires de guerre et un sous-marin à propulsion nucléaire dans les eaux internationales au sud des Caraïbes, au large du Venezuela, afin de lutter contre le trafic de drogue. De plus, ils ont confirmé l’envoi de 10 avions de combat F-35 à Porto Rico.

Les États-Unis offrent 50 millions de dollars pour la capture de Nicolas Maduro. (Département d’État).
Pour le Venezuela, cette situation est perçue comme un siège visant à provoquer la chute du régime de Nicolás Maduro. Bien que Trump n’ait pas ouvertement évoqué un changement de régime au Venezuela, les États-Unis accusent officiellement Maduro de trafic de drogue et de diriger le soi-disant Cartel des Soleils depuis le 26 mars 2020. Maduro nie ces accusations. La pression américaine s’est intensifiée le 25 juillet dernier, lorsque les États-Unis ont désigné le Cartel des Soleils comme organisation terroriste et ont réaffirmé que Maduro en était le chef, aux côtés de sa direction militaire et politique.
Dans ce contexte, l’analyste international Francisco Belaunde Matossian a déclaré à El Comercio que la combinaison de la doctrine des « attaques ciblées » du département de la Justice et de la rhétorique de Trump marque un tournant. Selon lui, les États-Unis pourraient redéfinir le recours à la force dans la région sous couvert de la lutte antidrogue, mais avec des règles juridiques et éthiques extrêmement floues et des conséquences potentielles graves pour l’Amérique latine.
« Il s’agit d’une extension discutable de cette règle qui permet aux États-Unis d’attaquer les terroristes islamiques. La discussion porte donc sur la mesure dans laquelle un trafiquant de drogue est la même chose qu’un terroriste, dans la mesure où un trafiquant de drogue ne cherche pas à attaquer les États-Unis, mais mène plutôt son business illicite, qui est un business mortel certes, mais qui n’a pas pour objectif d’attaquer les États-Unis en tant que tels. »
Francisco Belaunde Matossian, analyste international
Belaunde souligne que l’opinion classifiée du département de la Justice, qui autorise ces attaques, manque d’indépendance et de solidité technique, ce service étant actuellement dominé par des personnalités fidèles à Donald Trump. Il avertit que ces actions pourraient être contestées ou faire l’objet d’une enquête à l’avenir par le Congrès ou une autre administration américaine, en raison de l’absence de base légale et des potentielles violations du droit international. Il estime que le déploiement naval dans les Caraïbes et l’avis juridique du département de la Justice « semblent indiquer qu’il y aura une action militaire des États-Unis contre le Venezuela ». Washington pourrait tenter de justifier cette action en invoquant une demande d’intervention du président élu Edmundo González Urrutia (que les États-Unis reconnaissent comme légitime), même si Maduro continue d’exercer le pouvoir de facto. Ce serait, selon l’analyste, la seule couverture possible en droit international pour une intervention militaire dans ce pays des Caraïbes.
Enfin, Belaunde estime que cette doctrine pourrait rouvrir l’ère des interventions américaines en Amérique latine, mais avec un nouvel argument : la guerre contre le trafic de drogue. Il prévoit que certains gouvernements, comme celui de l’Équateur, pourraient soutenir ces actions en raison de leur incapacité à faire face à la criminalité ou de considérations politiques, tandis que d’autres, comme le Mexique, les rejetteraient catégoriquement.

Un navire « narcoterroriste » en provenance du Venezuela, abattu par les forces armées américaines dans les eaux des Caraïbes, le 2 septembre 2025. (Capture vidéo)