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Les fonctionnaires doivent supprimer leurs e-mails pour économiser des coûts

by Nicolas Lefèvre

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) serre la vis. Pour faire face à une réduction budgétaire de 11 millions de francs suisses, la direction demande à ses 770 employés de supprimer leurs anciens courriels et de désinstaller les logiciels inutilisés, une mesure qui suscite interrogations et réactions mitigées.

La décision fait suite à un couperet budgétaire voté par le Parlement il y a un an. En février dernier, la direction de l’OFSP avait déjà annoncé la suppression d’une vingtaine de postes. Désormais, l’austérité se traduit par des consignes précises en matière de gestion des données numériques.

Anne Lévy, directrice de l’OFSP, a interpellé ses collaborateurs via l’intranet : « Supprimez les anciens emails, videz la corbeille et archivez ce qui n’est plus activement nécessaire. » La direction insiste sur l’importance de chaque geste, soulignant que « les mesures d’austérité actuelles nous concernent tous, chaque petit geste compte ». Elle encourage également à nettoyer les boîtes aux lettres et à désinstaller les logiciels qui ne sont plus utilisés afin de réduire l’espace de stockage nécessaire.

Cette campagne d’économies a provoqué un mélange de sarcasme et d’irritation parmi les employés. Beaucoup doutent de l’efficacité de telles mesures, estimant que les économies réalisées seront minimes. « Presque personne ne croit sérieusement qu’il est possible d’économiser beaucoup d’argent ou de ressources en supprimant des e-mails », témoigne un employé, sous couvert d’anonymat.

Selon l’Office fédéral de l’informatique (BIT), qui fournit des prestations informatiques à l’OFSP, le coût mensuel par employé s’élève à 82 francs suisses (environ 85 euros), incluant un gigaoctet de stockage. Au-delà, chaque gigaoctet supplémentaire est facturé 26 centimes. Les employés de longue date, qui ne trient pas régulièrement leurs courriels, peuvent facilement accumuler des dizaines de gigaoctets, entraînant des coûts supplémentaires d’environ 120 francs par personne et par an. Si tous les collaborateurs de l’OFSP étaient concernés, cela pourrait représenter une économie potentielle de près de 100 000 francs suisses par an.

Jan Bieser, professeur de numérisation et de durabilité à la Haute école spécialisée bernoise, défend cette approche. Il souligne que le volume de données générées, envoyées et stockées augmente rapidement – environ 30 % par an entre 2019 et 2023 – et que, bien que la suppression d’un seul courriel ait un impact limité, l’accumulation de ces gestes peut avoir des effets significatifs. Il critique également la tendance à collecter et stocker toujours plus de données sans se soucier de leur suppression.

Par ailleurs, la réduction budgétaire de 11 millions de francs aura des conséquences sur les activités de l’OFSP. Certains domaines dans lesquels l’office contribuait auparavant au renforcement de la santé publique devront être abandonnés, notamment la base de données sur la posologie des médicaments destinés aux enfants.

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