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Les gouvernements doivent défendre les marchés du carbone

by Clara Dubois

Publié le 10 octobre 2025 à 10h45. Face à l’urgence climatique et à l’écart persistant entre les besoins de financement et les investissements actuels, les marchés volontaires du carbone (MVV) se positionnent comme un levier essentiel, à condition d’être encadrés et soutenus par une collaboration accrue entre secteurs public et privé.

  • Les gouvernements se sont engagés à tripler le financement climatique pour les pays en développement, atteignant 300 milliards de dollars par an d’ici 2035.
  • Le secteur privé, via les MVV, peut contribuer à combler ce déficit en finançant des projets d’atténuation des émissions de carbone et de préservation de la nature.
  • Une coalition internationale, menée par le Royaume-Uni, le Kenya et Singapour, vise à établir des principes communs pour renforcer la confiance dans les MVV et encourager les investissements.

L’année 2025 s’annonce comme la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, confirmant la tendance alarmante observée en 2023 et 2024. Cette situation souligne l’impératif d’agir rapidement pour lutter contre le changement climatique, la perte de biodiversité et les inégalités sociales. Selon le rapport State of Climate Action 2023, le monde aura besoin de 5 200 milliards de dollars (5,2 trillions de dollars) d’investissements climatiques d’ici 2030 pour atteindre les objectifs de zéro émission nette et éviter les conséquences les plus graves du réchauffement climatique.

Les marchés volontaires du carbone (MVV) offrent une voie établie pour mobiliser des capitaux privés. Grâce à ces marchés, les entreprises financent des projets qui réduisent ou éliminent les émissions de carbone de l’atmosphère, tout en apportant des bénéfices tangibles à la nature et aux communautés locales. Ces projets incluent la protection des forêts tropicales anciennes, la reforestation et l’amélioration de l’accès à l’eau potable et à des solutions de cuisson propres.

Les entreprises qui utilisent des crédits carbone ont tendance à décarboner leurs activités deux fois plus rapidement que celles qui n’y recourent pas, selon une étude de MSCI. Pour maximiser l’impact de ces marchés, il est crucial de les développer rapidement et d’assurer leur intégrité.

Des marchés du carbone en pleine maturation

Malgré les défis rencontrés, les MVV continuent de démontrer leur efficacité et leur rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique. La priorité accordée à des solutions de haute intégrité a conduit à une évolution positive du marché.

Des agences de notation indépendantes évaluent la qualité des crédits carbone, tandis que des organismes comme le Conseil d’intégrité des marchés volontaires du carbone (ICVCM) et la Voluntary Carbon Markets Integrity Initiative (VCMI) fixent des normes élevées en matière de qualité, tant pour l’offre que pour la demande. Les méthodologies sont en constante amélioration pour accroître la transparence et l’intégrité environnementale, et les nouvelles technologies contribuent à une plus grande efficacité.

Pour libérer pleinement le potentiel des MVV, un signal politique clair et l’implication du secteur public sont indispensables. Les entreprises ont besoin de certitude pour s’engager à grande échelle et obtenir des résultats significatifs en matière de climat et de préservation de la nature.

La finance carbone aide Aqua Clara à fournir de l'eau potable aux écoles rurales d'Afrique de l'Est, augmentant ainsi la fréquentation scolaire en réduisant les maladies évitables.
La finance carbone aide Aqua Clara à fournir de l’eau potable aux écoles rurales d’Afrique de l’Est, augmentant ainsi la fréquentation scolaire en réduisant les maladies évitables.

Une nouvelle ère de collaboration public-privé

L’année 2025 marque un tournant dans l’engagement des gouvernements envers les marchés du carbone. Lors de la Semaine d’action pour le climat à Londres, le Royaume-Uni, le Kenya et Singapour ont lancé la Coalition pour la croissance des marchés du carbone, une initiative gouvernementale visant à stimuler la demande de crédits carbone de haute intégrité. La France et le Panama ont rapidement rejoint cette coalition, et le Pérou s’est déclaré un fervent partisan, témoignant d’un alignement mondial croissant.

L’objectif de cette coalition est d’élaborer des principes communs qui donneront aux entreprises la confiance nécessaire pour investir dans les marchés du carbone. Ces principes seront formalisés d’ici la COP30 au Brésil, jetant ainsi les bases d’un financement climatique ciblé vers les pays les plus vulnérables au changement climatique, mais les moins responsables de ses causes.

Parallèlement, le gouvernement britannique a lancé une consultation sur les mesures à prendre pour renforcer l’intégrité et l’utilisation des marchés volontaires du carbone et de la nature, en tant que mécanismes pour atteindre et dépasser ses objectifs climatiques nationaux et internationaux.

Cette consultation représente une opportunité cruciale d’établir des règles claires permettant aux entreprises britanniques de s’engager en toute confiance dans les marchés du carbone. En apportant clarté et soutien, le gouvernement peut contribuer à libérer tout le potentiel du marché, en favorisant l’impact climatique, l’innovation, l’investissement et la croissance économique.

L’élan s’observe également en Europe. L’Union européenne a annoncé son intention d’intégrer les crédits carbone de l’article 6 dans ses objectifs climatiques pour 2040, marquant un changement de position significatif et positif. Cette évolution, bien qu’inattendue, envoie un signal fort indiquant que les marchés du carbone sont de plus en plus reconnus comme un outil essentiel dans la réponse mondiale au changement climatique.

De la reconnaissance à l’incitation : les prochaines étapes

Il reste à définir des orientations claires et cohérentes sur la manière dont les entreprises doivent communiquer sur leur utilisation des crédits carbone dans leurs stratégies climatiques, et sur la manière dont cela se traduit par un retour sur investissement tangible. L’UE a fait des progrès avec la proposition de directive sur les allégations vertes, mais son retard dû aux préoccupations concernant la charge réglementaire souligne la nécessité de politiques et de cadres pragmatiques.

Les gouvernements doivent créer un environnement favorable aux entreprises, par exemple en mettant en place :

  • Des orientations et des règles claires, cohérentes et concrètes sur la manière dont les entreprises peuvent formuler des déclarations climatiques crédibles lorsqu’elles utilisent des crédits carbone.
  • Des incitations fiscales ou des préférences en matière d’appels d’offres pour les entreprises qui investissent dans des crédits carbone de haute intégrité.
  • Une reconnaissance publique des MVV et l’utilisation des crédits carbone comme un mécanisme crédible pour atteindre les objectifs de réduction des émissions.

De telles mesures peuvent contribuer à intégrer l’utilisation des crédits carbone dans les stratégies climatiques centrales et, par conséquent, à développer le marché.

Les MVV sont en constante évolution. Grâce à une intégrité croissante, à l’innovation numérique et au leadership gouvernemental, nous entrons dans une nouvelle ère d’action climatique. L’objectif est désormais de construire un avenir dans lequel les marchés du carbone font partie intégrante des stratégies climatiques des entreprises et constituent un moteur puissant pour le financement climatique mondial.

D’ici la COP30, la Coalition pour la croissance des marchés du carbone aura publié des principes communs qui pourraient redéfinir la manière dont les entreprises s’engagent dans les marchés du carbone. C’est un moment crucial. Grâce au leadership des gouvernements, à l’engagement des entreprises et à l’alignement international, nous pouvons libérer tout le potentiel de la finance carbone et avoir un impact réel sur les populations et la planète.

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