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Les leçons du veto de Nixon lors du déploiement de l’UPK en Californie

by Antoine Girard

Publié le 23 décembre 2025 à 07h54. La Californie se trouve à un tournant dans la mise en place d’une maternelle universelle, une opportunité de corriger les erreurs du passé et de garantir un accès équitable à l’éducation de la petite enfance pour tous les enfants, tout en évitant les écueils qui ont freiné les initiatives nationales antérieures.

  • En Californie, seulement un enfant sur neuf éligible bénéficie actuellement de services de garde d’enfants subventionnés.
  • Le veto de Richard Nixon en 1971 à la loi sur le développement global de l’enfant a laissé un héritage de sous-investissement et de dévalorisation du travail de soins.
  • La réussite de la maternelle universelle en Californie dépendra d’une inscription simplifiée, d’un financement adéquat de la main-d’œuvre et d’une coordination efficace entre les différents acteurs du secteur.

La mise en place de la maternelle universelle (UPK) en Californie est l’occasion de répondre à un besoin criant : celui d’un accès abordable et de qualité à l’éducation de la petite enfance. Une récente réunion virtuelle à San Francisco, rassemblant professionnels de la petite enfance, parents et décideurs, a mis en lumière les enjeux et les défis de cette réforme ambitieuse.

Il y a plus de cinquante ans, les États-Unis étaient sur le point de créer un système national de garde d’enfants et d’éducation de la petite enfance. En 1971, le Congrès adopta avec une large majorité bipartisane la loi sur le développement global de l’enfant, qui prévoyait la création d’un réseau de centres financés par l’État et gérés localement, offrant des services d’éducation, de nutrition et de santé. Cependant, le président Richard Nixon opposa son veto à ce projet de loi, le qualifiant de « long saut dans le noir » et mettant en garde contre « l’irresponsabilité fiscale, l’impossibilité de fonctionner sur le plan administratif et les implications d’un affaiblissement de la famille ». Le message de veto de Nixon a non seulement mis fin à un projet de loi prometteur, mais a également contribué à ancrer une idéologie qui dévalorisait le travail de soins.

Aujourd’hui, les conséquences de cette décision se font encore sentir. Selon une étude récente de Pew Research Center, 41 % des adultes de moins de 40 ans citent le coût comme l’une des principales raisons pour lesquelles ils sont peu susceptibles d’avoir des enfants. La Californie, en étendant sa maternelle de transition (TK) vers une maternelle universelle (UPK), a l’opportunité de corriger cette erreur historique et de mettre en place un système qui place les besoins des enfants et des familles au centre de ses préoccupations.

Contrairement à l’initiative de 1971, qui était une tentative de créer un système national financé par le gouvernement fédéral, l’effort californien est une initiative menée par l’État, financée par des investissements et des décisions prises au niveau local. Les données de l’État révèlent l’urgence de la situation : seulement un enfant sur neuf éligible bénéficie de services de garde d’enfants subventionnés, laissant 89 % des familles sans accès. De plus, six familles sur dix signalent qu’elles ne peuvent pas trouver de garde d’enfants abordable et disponible dans leur quartier, un chiffre qui grimpe à 70 % pour les familles de couleur.

Pour réussir, la Californie doit tirer les leçons du passé. Nixon craignait la complexité administrative, mais son veto a précisément créé un système fragmenté et difficile à naviguer. Aujourd’hui, le secteur de la petite enfance en Californie est géré par plusieurs agences, avec des réglementations incohérentes et des exigences de conformité redondantes. Il est essentiel d’aligner les agences, de coordonner le financement et de simplifier les procédures pour permettre aux garderies familiales et aux programmes communautaires de collaborer avec les écoles publiques plutôt que de rivaliser avec elles.

La question du personnel qualifié est également cruciale. L’État doit investir dans la formation et la rémunération des éducateurs de la petite enfance, en veillant à ce qu’ils reçoivent une rémunération compétitive, des avantages sociaux et des contrats stables. Il est également important de reconnaître la valeur des différents types de prestataires de services, y compris les garderies familiales, les programmes communautaires et les écoles publiques, et de créer un écosystème intégré qui soutient tous les acteurs.

Enfin, la Californie doit s’engager en faveur d’une inscription conviviale et d’une conception centrée sur la famille. Les familles doivent être impliquées dans la conception des systèmes d’inscription et avoir accès à des conseils fiables grâce à des agences de référence et de ressources. L’investissement dans la petite enfance ne doit pas se faire au détriment de la maternelle de transition, mais plutôt la compléter et la renforcer. Des rapports récents montrent que lorsque les investissements publics sont principalement dirigés vers les programmes scolaires, les prestataires communautaires peuvent être fragilisés, entraînant des fermetures et une réduction des options pour les familles.

La Californie se trouve à un carrefour. En tirant les leçons du passé et en adoptant une approche globale et coordonnée, elle peut créer un système d’apprentissage préscolaire universel qui profite à tous les enfants et à toutes les familles.

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Amie Latterman et Savitha Moorthy sont coprésidentes du Conseil consultatif et de planification des services de garde d’enfants de San Francisco, comité de planification pour la prestation mixte de la prématernelle universelle. Amie Latterman est une militante de longue date et une leader communautaire dans la région de la baie de San Francisco. Savitha Moorthy est une enseignante, chercheuse et dirigeante d’un organisme à but non lucratif possédant une vaste expérience dans l’éducation de la petite enfance.

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