Les députés libéraux ont utilisé leur majorité pour bloquer les auditions parlementaires visant à clarifier les engagements pris par le gouvernement de Mark Carney auprès du président américain Donald Trump pour permettre l’ouverture du pont international Gordie-Howe. Le comité de la Chambre des communes chargé des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires a rejeté mercredi une requête déposée par les conservateurs.
Un accord de partage des recettes controversé
Au cœur de la discorde se trouve un accord de principe proposé pour convaincre Washington d’ouvrir le pont. Selon cet accord, le Canada s’est engagé à partager 50 % des recettes nettes des péages avec les États-Unis pour une période de 15 ans. Ce nouveau montage semble reporter l’application d’un accord conclu en 2012, lequel stipulait que le Canada devait d’abord récupérer l’intégralité de ses coûts de financement de la construction avant tout partage des revenus.
Le coût total des travaux, dont le Canada a assumé l’intégralité du financement, s’élève à 6,4 milliards de dollars canadiens pour une structure d’environ 2,5 km reliant Windsor, en Ontario, à Détroit, au Michigan. Le président Donald Trump a d’ailleurs affirmé vendredi que les termes de l’accord avaient été modifiés, qualifiant le résultat de bon accord
.
Confusion et critiques parlementaires
Le premier ministre Mark Carney avait affirmé à plusieurs reprises que les recettes des péages ne seraient pas partagées avant le remboursement de la dette de construction. Interrogé à Charlottetown la semaine dernière, M. Carney a admis qu’il aurait pu être plus clair, s’interrogeant avec ironie s’il aurait mieux expliqué la situation avec un chapeau de cow-boy sur la tête
un dimanche matin au Stampede.
Cette ambiguïté a touché les rangs du gouvernement. La députée libérale Pauline Rochefort a admis devant le comité mercredi avoir été initialement perplexe
et déconcertée par la position gouvernementale lors de sa première lecture de l’accord de principe de 2026. Elle a toutefois précisé que sa confusion s’est dissipée lorsqu’elle a compris que deux accords distincts fonctionnaient de concert.
De son côté, le député conservateur Harb Gill a fustigé la posture de négociation du gouvernement, la comparant à une chaise de jardin bon marché
qui s’effondre dès que quelqu’un appuie dessus.
Blocage des auditions et défense du gouvernement
Les conservateurs souhaitaient convoquer trois ministres fédéraux pour plusieurs heures d’interrogatoire et demander au directeur parlementaire du budget d’analyser les coûts et les recettes liés à l’infrastructure. Les libéraux ont voté contre ces auditions, justifiant leur décision par le fait que la requête ne traitait pas des avantages de l’accord. Ils n’ont proposé aucun amendement.

Le chef conservateur Pierre Poilievre a brièvement assisté à la séance pour soutenir son équipe avant de quitter par une porte latérale sans répondre aux journalistes.
Lors d’une conférence de presse à Red Deer, en Alberta, Mark Carney a défendu son approche en invoquant le pragmatisme. Il a soutenu que la somme déboursée par le Canada est modique comparativement aux retombées économiques générées par l’ouverture du pont.
Contexte de tensions diplomatiques
L’ouverture du pont s’est déroulée dans un climat tendu. Le Canada a inauguré l’ouvrage seul le vendredi, après l’annulation d’une cérémonie conjointe suite à l’annonce par les États-Unis de nouveaux droits de douane sur plusieurs produits canadiens. Donald Trump a indiqué sur Truth Social que le Canada avait retiré l’invitation pour la cérémonie, ajoutant que cela n’était pas grave puisque les États-Unis imposaient des droits de douane importants.

| Détail du projet | Donnée |
|---|---|
| Coût total de construction | 6,4 milliards $ CA |
| Longueur du pont | Environ 2,5 km |
| Partage des recettes (nouvel accord) | 50 % des recettes nettes |
| Durée du partage | 15 ans |
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