Publié le 30 novembre 2025 à 01h29. L’Irlande, pays où la consommation d’alcool est profondément ancrée dans la culture, se débat avec l’efficacité de nouvelles mesures d’avertissement sur les risques pour la santé, tandis que les habitudes de consommation évoluent, notamment chez les jeunes.
- L’Irlande a introduit des étiquettes d’avertissement sur les boissons alcoolisées, indiquant les risques de maladies du foie et de cancers, mais leur application obligatoire est repoussée à 2028.
- La consommation d’alcool a diminué d’environ un tiers au cours des 25 dernières années, et les jeunes commencent à boire plus tard, mais leur consommation excessive reste élevée.
- Des témoignages révèlent une relation complexe entre les Irlandais et l’alcool, oscillant entre tradition sociale et prise de conscience des risques.
Depuis 2020, les supermarchés et les dépanneurs irlandais doivent séparer physiquement les rayons alcoolisés des autres produits. Ces mesures, combinées aux nouvelles étiquettes d’avertissement, témoignent d’une volonté de sensibiliser aux dangers de l’alcool. Cependant, le gouvernement a décidé de retarder l’application obligatoire de ces étiquettes jusqu’en 2028, invoquant des incertitudes liées au commerce mondial, une décision critiquée par les défenseurs de la santé publique.
Jack, 29 ans, illustre bien la place centrale de l’alcool dans la vie sociale irlandaise. Il raconte avoir commencé à boire très jeune, dans le comté de Galway : « Généralement, on commençait dans un champ avec une canette de cidre horrible », explique-t-il. Puis, à 17 ans, son père l’emmenait au pub pour sa première pinte de Guinness, un rite de passage pour de nombreux jeunes Irlandais. Pour Jack, une soirée typique se traduit par plusieurs pintes, voire plus de six lors d’une soirée animée. Il se décrit comme une personne en forme, ayant même couru un marathon, et affirme connaître ses limites.
« Si vous avez trois pintes, c’est facile, facile », dit-il. « Probablement qu’une soirée chargée, en passant, équivaudrait à plus de six pintes. »
Jack, publicitaire
L’Irlande entretient une relation particulière avec l’alcool, souvent considéré comme un élément essentiel de la vie sociale. Les pubs sont au cœur de la vie communautaire, proposant souvent de la musique live et inspirant de nombreuses chansons traditionnelles. Des marques comme Guinness et Jameson sont des piliers de l’économie irlandaise.
Amanda, 23 ans, a vu les nouvelles étiquettes d’avertissement, mais doute de leur efficacité. Elle estime que les gens ne leur prêteront pas attention, voire qu’elles pourraient même inciter certains à boire davantage. Elle se limite généralement à trois verres lors d’une soirée à Dublin et est consciente de l’image qu’elle projette sur les réseaux sociaux. Elle évite de se prendre en photo avec un verre à la main, ne voulant pas être associée à une image négative.
« Vous le regardez et vous vous dites : ‘Oh, je viens de boire ça. Dois-je en boire un autre ?’ »
Amanda, 23 ans
Sean, 21 ans, vit également à Dublin et constate que les options de divertissement en dehors des pubs sont limitées. Il explique que la ville semble « fermer ses portes » après 18h ou 19h, ce qui conduit souvent à se retrouver dans un pub, même sans avoir envie de boire. Il a également vu les étiquettes d’avertissement, mais n’est pas sûr qu’elles l’empêcheront de boire.
Sam, 27 ans, a quant à lui arrêté de boire il y a trois ans. Il a commencé à boire à l’âge de 16 ou 17 ans, mais a réalisé que sa consommation devenait excessive. Il a ensuite renoncé à jouer de l’accordéon dans les pubs, car cela était trop lié à ses habitudes de consommation. Il reconnaît que son choix peut parfois être mal compris par les autres.
Mark, ami de Sam, boit rarement, préférant souvent des alternatives moins chères. Il souligne que l’alcool est coûteux et que les boissons sans alcool peuvent être une option plus économique. Helen, 27 ans, a également réduit sa consommation d’alcool, sans pour autant s’identifier comme une personne sobre.
Le gouvernement irlandais a justifié le report de l’application obligatoire des étiquettes d’avertissement par des préoccupations liées à l’environnement commercial mondial. Il n’a pas précisé davantage les raisons de ces inquiétudes.