Le gouvernement néerlandais développe activement le projet DAWO (Digitaal Autonome Werkomgeving Overheid), un environnement de travail numérique complet et souverain destiné à remplacer le système d’exploitation de Microsoft dans l’administration publique. Piloté par le ministère de l’Intérieur et des Relations au sein du Royaume (BZK), ce programme vise à bâtir une pile technologique entièrement maîtrisée, de l’OS aux applications, pour l’ensemble des fonctionnaires, selon Génération-NT.
Les Pays-Bas lancent DAWO pour s’affranchir de Windows
Le déclencheur direct de cette initiative remonte à début 2025, lorsque les autorités américaines ont imposé des sanctions contre la Cour pénale internationale (CPI), dont le siège est établi à La Haye. À la suite de ces mesures, Microsoft a coupé l’accès à ses services et à sa messagerie au procureur en chef de la juridiction, Karim Khan, bien que l’éditeur conteste cette version des faits. Cet épisode a incité le gouvernement néerlandais à s’interroger sur sa dépendance critique envers des technologies étrangères, mesurant qu’un État ne peut reposer sur le bon vouloir d’une capitale extérieure pour ses outils quotidiens.
NixOS au cœur de la souveraineté numérique
Pour concevoir ce système, les équipes du projet DAWO ont jeté leur dévolu sur NixOS, une distribution Linux construite autour d’un gestionnaire de paquets initialement conçu à l’université d’Utrecht. D’autres options telles qu’openSUSE et Fedora ont été écartées en raison de leurs liens commerciaux avec des entreprises américaines comme SUSE et IBM/Red Hat. Au contraire, NixOS constitue un projet communautaire soutenu par la NixOS Foundation, possédant de solides racines néerlandaises et garantissant une totale indépendance.
Sur le plan technique, la nature déclarative de NixOS permet de décrire l’état final d’un système dans un fichier de configuration, rendant les déploiements parfaitement reproductibles, auditables et gérables ligne à ligne pour un vaste parc de machines. Pour la bureautique et les échanges, la suite MijnBureau associe des briques provenant de la France avec La Suite, de l’Allemagne avec openDesk, ainsi que Nextcloud, l’ensemble du code étant publié sur la plateforme de l’État néerlandais et sur Codeberg.
Des tests en cours et une dynamique européenne
La phase de déploiement s’effectue de manière progressive. Des projets pilotes ont démarré en avril 2026 dans plusieurs municipalités, dont Amsterdam, Zaanstad, Ede et s’Hertogenbosch, pour un total de huit villes engagées selon Les Numériques. Fait notable, ces tests s’exécutent sur d’anciens ordinateurs portables déjà amortis ou mis au rebut, que NixOS parvient à faire tourner là où Windows 11 refuse de s’installer. Une première version stable du projet est espérée pour l’année prochaine.

Cette démarche s’inscrit dans une tendance de fond en Europe, où de nombreux pays cherchent à réduire leur dépendance aux technologies non européennes. En France, la direction du numérique de l’État a annoncé quitter Windows pour Linux, tandis qu’en Suisse, la Confédération mène une migration de 3 000 postes vers des solutions open source d’ici fin 2027, témoignant d’une volonté continentale partagée de bâtir ses propres outils numériques.