Publié le 4 janvier 2026 à 15h09. L’éventuelle capture de Nicolás Maduro ouvre une période d’incertitude pour le Venezuela, dont les vastes ressources naturelles – pétrole, gaz et minerais – pourraient connaître une renaissance ou, au contraire, sombrer davantage dans le chaos selon le futur leadership.
- Le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, mais sa production a chuté de près de 2 millions de barils par jour au cours des dix dernières années.
- Le pays gaspille d’importantes quantités de gaz naturel en les rejetant dans l’atmosphère, équivalant à la consommation annuelle de la Colombie.
- L’exploitation minière au Venezuela est souvent illégale et irresponsable, causant des dommages environnementaux et sociaux considérables.
La situation au Venezuela est à un tournant. Si la capture de Nicolás Maduro est confirmée, l’avenir de ses ressources naturelles, longtemps négligées et mal gérées, est plus incertain que jamais. Le pays, qui possède les plus importantes réserves de pétrole au monde (voir graphique), a vu sa production chuter drastiquement ces dernières années, passant d’environ 3,5 millions de barils par jour dans les années 1990 à environ 1 million de b/j aujourd’hui. Cette baisse de production n’est pas limitée au pétrole : le Venezuela possède également les plus grandes réserves de gaz naturel d’Amérique latine (rapport du Congrès américain), mais brûle environ 40 % de sa production de 3 milliards de pieds cubes par jour (environ 113 millions de mètres cubes), gaspillant ainsi un milliard de dollars de revenus potentiels chaque année.
Au-delà du pétrole et du gaz, le Venezuela est riche en minéraux essentiels et en terres rares. Cependant, l’exploitation de ces ressources est souvent caractérisée par des pratiques illégales et irresponsables, notamment dans la zone spéciale connue sous le nom d’Arc minier, une région plus vaste que le Portugal et le Panama. Cette situation a entraîné une déforestation massive de la forêt amazonienne vénézuélienne et des conséquences sociales désastreuses (rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU).
L’incertitude règne quant à la nature du gouvernement qui émergera après la capture de Maduro. Le président Donald Trump a suggéré que Delcy Rodríguez pourrait prendre les rênes, du moins temporairement. María Corina Machado, la chef de l’opposition victorieuse aux élections de 2024, a quant à elle affirmé que son équipe était prête à prendre le pouvoir et disposait d’un plan pour relancer le secteur des ressources naturelles.
Un scénario optimiste pour le Venezuela post-Maduro repose sur des changements radicaux en matière d’investissement et de gouvernance. Un gouvernement efficace et digne de confiance pourrait potentiellement ramener la production pétrolière à son niveau maximal des années 1990 (3,5 millions de b/j), devenir un exportateur de gaz naturel vers la Colombie et Trinité-et-Tobago, et développer son potentiel minier tout en gérant de manière responsable sa biodiversité. Pour cela, des investissements massifs du secteur privé seront indispensables, compte tenu des besoins humanitaires urgents du pays, de sa dette colossale et des difficultés financières de la compagnie pétrolière nationale, PDVSA (site web de PDVSA).
Attirer ces investissements nécessitera une réforme du cadre juridique et institutionnel, ainsi qu’une amélioration des normes de sécurité et environnementales. La restructuration d’environ 190 milliards de dollars de dette extérieure pourrait également être envisagée, en explorant des mécanismes innovants tels que les échanges dette-climat ou dette-méthane pour financer la dépollution environnementale (étude de l’Université Columbia). Même sans nouvelle législation, un gouvernement crédible pourrait augmenter la production pétrolière à 1,5 à 2 millions de b/j en deux ans, en s’appuyant sur les opérateurs internationaux déjà présents (Chevron, ENI, Repsol, Maurel et Prom) qui opèrent en dessous de leur capacité.
Une réorientation des exportations pétrolières vers la côte américaine du Golfe pourrait tripler les revenus annuels du Venezuela à court terme. Actuellement, les exportations se situent entre 800 000 et 900 000 b/j (Reuters), mais une grande partie transite par la Chine via des routes illégales et à des prix réduits.
Concernant le gaz naturel, le Venezuela pourrait exporter vers la Colombie et Trinité-et-Tobago. ENI et Repsol produisent actuellement environ 0,5 milliard de pieds cubes par jour à partir d’un champ offshore (Cardon IV), mais la capacité maximale du projet est de 1,2 milliard de pieds cubes par jour (communiqué de presse d’ENI). La réactivation d’un pipeline transcaribéen reliant le Venezuela à la Colombie pourrait faciliter ces exportations.
Trinité-et-Tobago tente depuis une décennie de conclure un accord avec le Venezuela pour exporter du gaz offshore vénézuélien via son infrastructure gazière (Argus Media). Un pipeline de 16 kilomètres reliant le champ de Dragon au réseau de Shell (Reuters) pourrait être opérationnel en 18 mois.
Enfin, le Venezuela possède un potentiel minier important, notamment en nickel et en coltan, mais l’exploitation est entravée par la mauvaise gouvernance. L’Arc minier, une zone de 12 % du territoire, est particulièrement problématique en raison de l’exploitation illégale et de la déforestation (article de la London School of Economics).
Les ressources naturelles du Venezuela pourraient jouer un rôle crucial dans la reprise économique et sociale du pays, ainsi que dans la sécurité énergétique de la région. L’avenir dira si leur développement profitera à l’ensemble de la population.
