Le camp d’été Camp Mystic, au Texas, est au cœur d’une controverse après la publication d’un procès accablant qui dénonce des négligences graves ayant conduit à la mort de onze jeunes campeuses lors d’une inondation soudaine en juillet 2025. L’enquête, lancée par le lieutenant-gouverneur Dan Patrick, met en lumière des décisions contestables prises par la direction du camp, notamment en matière de sécurité et de gestion de crise.
Selon le procès, les dirigeants du camp, Dick et Edward Eastland, ainsi que leurs épouses, Mary Liz et Tweety Eastland, auraient privilégié la préservation de l’image du camp et la maximisation des profits au détriment de la sécurité des jeunes filles. Les documents judiciaires révèlent que le camp était situé dans une zone inondable connue, et que les avertissements des autorités concernant les risques étaient ignorés.
Le récit de Richard Watts, un ancien employé du camp, corrobore le calendrier des événements tel qu’il a été exposé lors des audiences préliminaires. Il a témoigné que Dick Eastland et Glenn Juenke, l’agent de sécurité de nuit, se sont rencontrés peu après l’alerte météorologique, rejoints ensuite par Edward Eastland. Ils ont alors convoqué l’équipe du camp pour sécuriser le matériel avant de commencer à élaborer un plan d’action vers 2 heures du matin.
Les instructions données aux monitrices en cas d’inondation étaient minimales et rassurantes, leur assurant que les cabanes étaient situées en hauteur et en sécurité. Le procès indique que les monitrices n’ont pas reçu de formation adéquate aux procédures d’évacuation, mais ont simplement feuilleté les manuels avec les Eastland, qui leur ont affirmé qu’une inondation était improbable.
Le procès critique également la communication initiale aux parents, qui ont été informés que leurs filles étaient « portées disparues » alors que les corps de certaines d’entre elles avaient déjà été retrouvés. Il souligne que les dirigeants du camp étaient « introuvables » pendant une grande partie de la catastrophe, ne fournissant aucune assistance ni instruction aux campeuses et aux monitrices qui s’étaient réfugiées dans la salle de loisirs.
Un incident particulièrement tragique est mis en évidence : Dick Eastland aurait emporté des enfants dans son SUV alors que l’eau montait, une action qualifiée de « grossièrement négligente » par le procès. Selon des témoignages, il a ignoré les avertissements concernant les dangers de conduire dans les eaux de crue, en violation des recommandations de l’Upper Guadalupe River Authority, dont il était membre du conseil d’administration.
Parallèlement, Edward Eastland aurait ordonné aux filles de rester dans les cabanes Twins, même alors que d’autres chalets étaient évacués. Les jeunes filles ont été contraintes de grimper sur les couchettes du haut pour échapper à la montée des eaux, tandis que d’autres ont tenté de nager jusqu’à la sécurité, certaines étant emportées par le courant. Onze filles des cabanes Twins ont perdu la vie.
Le lieutenant-gouverneur Dan Patrick a exprimé son choc face à la reprise des inscriptions au Camp Mystic pour l’année prochaine, alors que de nombreuses questions restent sans réponse concernant les événements du 4 juillet. « J’ai été choqué de voir le Camp Mystic commencer à inscrire des campeurs pour l’année prochaine avec autant de questions sans réponse sur ce qui s’est passé ce matin fatidique », a-t-il déclaré dans un communiqué annonçant l’enquête.
En septembre 2025, le Texas a adopté une série de lois visant à renforcer la sécurité dans les camps d’été, une initiative saluée par de nombreux parents des victimes du Camp Mystic, regroupés sous le nom de « Heaven’s 27 ». La législature texane a également annoncé en octobre qu’elle mènerait une enquête formelle sur les inondations qui ont frappé la région de Hill Country, causant la mort de plus de 130 personnes le long de la rivière Guadalupe.
Malgré la tragédie, le Camp Mystic a annoncé en septembre qu’il rouvrirait ses portes l’été prochain pour son 100e anniversaire, en utilisant un deuxième campus ouvert en 2020. La partie la plus ancienne du complexe, où les inondations ont eu lieu, ne sera pas accessible aux campeurs en 2026. Cette décision a suscité l’opposition de nombreuses familles de victimes, qui déplorent le fait que le corps de Cile Steward soit toujours porté disparu et qu’elles n’aient reçu qu’un préavis minimal avant l’annonce de la réouverture.
