Publié le 28 décembre 2025 à 08h57. Des documents récemment déclassifiés révèlent que les autorités irlandaises craignaient que les attentats du 11 septembre 2001 ne modifient radicalement la perception américaine du processus de paix en Irlande du Nord, et notamment l’approche adoptée envers les républicains.
Un jour après les attentats qui ont fait plus de 2 900 victimes, un haut fonctionnaire irlandais a rédigé une note d’information évaluant les conséquences potentielles de cette tragédie sur la politique étrangère américaine et, par extension, sur le dossier nord-irlandais.
Bien que reconnaissant qu’il était prématuré de tirer des conclusions définitives, ce responsable prévoyait que les États-Unis seraient absorbés par des préoccupations de sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme pendant une période prolongée. Il craignait que le processus de paix en Irlande du Nord ne perde ainsi en priorité sur l’agenda américain.
Selon le document, plusieurs législateurs américains avaient joué un rôle actif dans les négociations qui ont abouti à l’accord du Vendredi saint en 1998 et avaient continué à soutenir les efforts de consolidation de la paix.
Le responsable irlandais anticipait que la guerre contre le terrorisme pourrait inciter les législateurs américains à adopter une attitude plus ferme envers les républicains d’Irlande du Nord, en raison de leur passé paramilitaire. Il soulignait que le « souffle de cordite » – une référence à l’implication passée du Sinn Féin dans la violence – pourrait compliquer les relations avec Washington.
Il conseillait de tenir compte de cette évolution potentielle lors de toute discussion concernant une révision de l’accord du Vendredi saint, ainsi que dans la planification d’éventuelles visites à Washington.
La note d’information mentionne également les déclarations de l’ancien président américain George W. Bush, selon lesquelles son administration « ne ferait aucune distinction entre les terroristes qui ont commis ces actes et ceux qui les abritent ». Le responsable irlandais y voyait un « présage potentiel » d’une politique étrangère américaine de « tolérance zéro » envers le terrorisme.
Il estimait que la politique étrangère américaine serait désormais « largement motivée par l’impératif de la guerre contre le terrorisme international », et que les analyses de sécurité du FBI, du ministère de la Justice et des agences de renseignement prendraient le pas sur les considérations plus nuancées du département d’État ou du Conseil de sécurité nationale.
« Il est probable que la lutte contre le terrorisme deviendra un principe organisateur central de la politique américaine pour un certain temps », prévoyait-il. Il ajoutait que les décideurs américains pourraient être moins enclins à distinguer les différentes formes d’organisations « terroristes », ou à tenir compte de leur évolution des groupes paramilitaires aux partis politiques.
Le document soulignait que même si les auteurs des attentats du 11 septembre étaient associés à des « éléments du Moyen-Orient et de l’Islam », cela ne protégerait pas le mouvement républicain d’un examen plus rigoureux.
Les républicains pourraient se retrouver dans une situation « très froide » et « plus hostile » aux États-Unis s’ils ne progressaient pas rapidement en matière de désarmement – un processus qui avait débuté peu de temps auparavant – et ne clarifiaient pas leur position vis-à-vis des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).
« Les tentatives du mouvement républicain pour éviter d’être ainsi stigmatisé seront sérieusement minées par (a) son échec perçu à respecter ses engagements sur les armes illégales et (b) plus particulièrement, ses récentes associations avec les FARC », affirmait le document.
Le même jour, l’ancien Taoiseach (Premier ministre irlandais) Bertie Ahern a adressé un message de condoléances à George W. Bush, exprimant les « profondes et sincères condoléances » de l’Irlande au peuple américain.
« Je suis profondément choqué et extrêmement attristé par les événements terribles et pervers qui se sont produits aux États-Unis. »
Bertie Ahern, Taoiseach
« Je condamne totalement ces attaques horribles et sans précédent », ajoutait-il.
Pour en savoir plus sur les relations entre la Maison Blanche et le Sinn Féin dans les années 1990.
Ce dossier est basé sur des documents contenus dans le dossier étiqueté 2023/50/525 aux Archives nationales d’Irlande.
