Publié le 28 novembre 2023 14h30. L’érosion côtière s’accélère à l’échelle mondiale, menaçant la biodiversité marine, les économies locales et la sécurité des populations. Une étude internationale révèle que près d’une plage sur cinq est confrontée à une érosion intense, exacerbée par l’élévation du niveau de la mer et l’urbanisation.
- Près de la moitié des plages pourraient disparaître d’ici la fin du siècle.
- Les activités humaines, notamment l’urbanisation et le tourisme de masse, aggravent le phénomène d’érosion.
- Une collaboration régionale et internationale est essentielle pour la gestion et la conservation des écosystèmes côtiers.
Les côtes du monde entier subissent une pression croissante, conséquence de la montée du niveau de la mer liée au changement climatique et de l’expansion continue des zones côtières urbanisées. Ce processus, selon le scientifique marin uruguayen Omar Defeo, professeur à l’Université de la République (UdelaR), compromet la richesse de la vie marine, fragilise les économies locales dépendant de la pêche et du tourisme, et expose les villes côtières à des risques d’inondation accrus.
Lors de la séance d’ouverture du symposium FAPESP Day Uruguay, qui s’est tenu le 13 novembre à Montevideo, le professeur Defeo a souligné l’urgence de la situation :
« Près de la moitié des plages disparaîtront d’ici la fin du siècle. En Uruguay, au Brésil et en Argentine, nous partageons ces ressources. Nous devons donc travailler en partenariat avec les scientifiques brésiliens pour gérer et conserver les écosystèmes côtiers. »
Omar Defeo, scientifique marin et professeur à l’UdelaR
Pour comprendre la dynamique de l’érosion, Defeo a expliqué que le littoral est un système interconnecté composé de trois zones distinctes : la dune (située derrière la plage), la plage elle-même, et la zone submergée. Le vent transporte le sable de la dune vers la mer, tandis que les vagues le ramènent sur la plage, créant un cycle d’échange constant. La dune joue un rôle crucial de protection naturelle contre les tempêtes. L’urbanisation, en détruisant les dunes, supprime ce rempart et rend les habitations côtières vulnérables.
Des recherches menées par l’équipe de Defeo, en collaboration avec des scientifiques brésiliens soutenus par la FAPESP, ont confirmé que la perturbation de l’une de ces zones a des répercussions sur l’ensemble de l’écosystème. Un projet dirigé par le chercheur brésilien Guilerme Corte a analysé la biodiversité sur 90 sites répartis sur 30 plages de la côte nord de São Paulo, au Brésil. Les résultats, publiés dans Marine Pollution Bulletin, indiquent que l’augmentation du nombre de baigneurs a l’impact négatif le plus significatif sur la richesse en espèces et la biomasse, en particulier dans les zones submergées. La construction de bâtiments directement sur le sable et le nettoyage mécanique des plages contribuent également à cette diminution. Cependant, l’abondance d’individus tend à augmenter à proximité des centres urbains, favorisant le développement d’espèces opportunistes comme les polychètes, qui se nourrissent des matières organiques liées à la présence humaine.
« Surtout, l’étude a montré que les impacts humains ne se limitent pas à l’endroit où ils se produisent. Les facteurs de stress tels que la construction et le nombre élevé de visiteurs sur la partie supérieure de la plage affectent négativement la biodiversité dans les zones inférieures et submergées. »
Omar Defeo, scientifique marin et professeur à l’UdelaR
Une autre étude, publiée dans Frontiers in Marine Science, a évalué l’état de 315 plages à travers le monde. Les résultats révèlent qu’une cinquième d’entre elles sont confrontées à une érosion intense, extrême ou grave. Les facteurs contributifs incluent l’élévation du niveau de la mer, les modifications des régimes de vents et le comportement des vagues. Selon Defeo, les activités humaines jouent un rôle prépondérant, en particulier sur les plages réfléchissantes (caractérisées par une pente abrupte qui dissipe rapidement l’énergie des vagues) et les plages intermédiaires (qui présentent des caractéristiques des deux types de plages).
Le symposium FAPESP Day Uruguay a mis en évidence la nécessité d’une collaboration régionale et internationale pour faire face à ce défi. L’événement s’est déroulé en présence d’Alvaro Brunini, président de l’Agence nationale de recherche et d’innovation (ANII) de l’Uruguay ; de Marcio de Castro, directeur scientifique de la FAPESP ; de Raul Machado, responsable du Conseil en Relations Institutionnelles de la Fondation et coordinateur du symposium ; et de Marcos Leal Raposo Lopes, ambassadeur du Brésil en Uruguay.