Publié le 7 décembre 2025 à 09h16. Un an après la chute du régime de Bachar al-Assad, les Syriens attendent des avancées concrètes en matière de justice pour les crimes commis pendant la guerre civile, tout en craignant une dérive autoritaire du nouveau gouvernement face aux tensions communautaires.
- La Syrie commémore le premier anniversaire du renversement de Bachar al-Assad, désormais exilé à Moscou.
- Les familles de victimes réclament des poursuites contre les responsables des crimes commis par l’ancien régime, mais la justice tarde à se mettre en œuvre.
- Des affrontements intercommunautaires récents suscitent des inquiétudes quant à la stabilité du pays et à l’orientation politique du nouveau gouvernement.
Le 8 décembre, la Syrie marquera le premier anniversaire de la chute de Bachar al-Assad, renversé par une coalition rebelle menée par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham, mettant ainsi fin à près de 14 années de conflit civil dévastateur. L’ancien dictateur syrien a trouvé refuge à Moscou.
Dès le début de la guerre civile en 2011, le régime d’Assad et ses collaborateurs ont été accusés de violations graves des droits de l’homme, notamment l’utilisation d’armes chimiques et la torture systématique de civils. Les organisations de défense des droits humains estiment que des dizaines de milliers de Syriens ont disparu sous son règne.
Parmi ces disparus figure Ayham Hamida, arrêté en 2013 par les forces de sécurité du régime. Son frère, le journaliste Vasil, témoigne : « Ayham, qui avait alors 28 ans, a été interpellé dans un parc de Damas alors qu’il participait à une manifestation contre le régime d’Assad. J’ai eu de ses nouvelles pour la dernière fois en 2016. »
L’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement, dirigé par le président par intérim Ahmad al-Shara, avait suscité l’espoir d’une justice imminente pour les crimes commis par le régime précédent. Cependant, cette promesse semble aujourd’hui bien lointaine.
« En ce qui concerne la punition des coupables et l’enquête sur les violations des droits de l’homme, nous constatons malheureusement que la question traîne en longueur. Nous ne savons toujours pas quelle forme prendra la justice en Syrie. Quels tribunaux seront compétents – internationaux, locaux ou mixtes, comme dans d’autres pays ? Pour l’instant, il n’y a rien. Pas de mécanismes concrets, pas de feuille de route, pas de processus. C’est exaspérant. Comment pouvons-nous croire que la justice sera rendue ? Comment pouvons-nous faire confiance aux autorités quand rien ne laisse présager que quelqu’un sera tenu responsable ? »
Vasil, journaliste et frère d’une victime
Muhsen Mustafa, chercheur à l’institut de réflexion Omran Strategic Studies, basé à Damas, reconnaît la légitimité de la demande de justice, mais met en garde contre toute précipitation. Le renversement d’Assad a marqué un tournant, mais les procédures judiciaires sont complexes.
« Des enquêtes ont été ouvertes sur certains détenus. Le ministère de l’Intérieur a même diffusé une vidéo d’interrogatoire de quatre associés du régime d’Assad. Le processus est en cours. Le travail avance. L’enquête n’est pas simple et ne peut être dictée par l’opinion publique. Il ne s’agit pas d’accuser quelqu’un simplement parce qu’il a travaillé pour le régime. Les tribunaux évaluent les preuves – documents, photos, vidéos, témoignages. Cela prend du temps. Le public doit faire preuve de patience. »
Muhsen Mustafa, chercheur à Omran Strategic Studies
Parallèlement, le nouveau gouvernement syrien est confronté à des défis de sécurité majeurs. Des affrontements intercommunautaires ont éclaté cette année dans plusieurs régions du pays, notamment le long de la côte méditerranéenne, où réside une importante communauté alaouite, et dans la province de Soueïda, bastion de la communauté druze. Ces violences impliquent à la fois les forces gouvernementales et des groupes armés non contrôlés par Damas.
Des experts de l’ONU ont été dépêchés pour enquêter sur ces incidents et ont constaté que des forces affiliées au nouveau gouvernement s’étaient rendues coupables de violations qui pourraient constituer des crimes de guerre. Bien que des dizaines de personnes aient été arrêtées, aucune n’a encore été traduite en justice, ce qui alimente les craintes d’une dérive autoritaire du gouvernement central.
Vasil s’inquiète : « L’absence d’action du nouveau gouvernement pour rétablir la justice pourrait signaler un glissement vers l’autoritarisme. »
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