Home NouvellesLes Syriens reviendront-ils encore ? “Les Pays-Bas me considèrent comme un dangereux terroriste”

Les Syriens reviendront-ils encore ? “Les Pays-Bas me considèrent comme un dangereux terroriste”

by Nicolas Lefèvre

Publié le 23 décembre 2025 à 20h36. Des dizaines de Néerlandais ayant rejoint les rangs de Daech restent détenus en Syrie, tandis que les autorités néerlandaises hésitent à organiser leur rapatriement, malgré les appels à l’aide et les craintes d’une radicalisation accrue.

  • Une quinzaine de Néerlandais sont actuellement incarcérés dans des prisons syriennes, les autorités kurdes réclamant depuis des années leur prise en charge par les Pays-Bas.
  • Le gouvernement néerlandais ne prévoit pas, pour l’instant, de rapatrier ces individus pour les juger sur le territoire national, même si les dossiers criminels sont prêts.
  • Selon le Coordinateur national pour la lutte contre le terrorisme et la sécurité (NCTV), ces combattants pourraient être libérés prochainement, augmentant le risque de leur retour aux Pays-Bas.

Yassin el M., originaire de La Haye, est détenu dans une prison syrienne depuis six ans. Il implore l’aide du gouvernement néerlandais, se considérant comme un citoyen néerlandais dont la responsabilité incombe à l’État. « Nous sommes des citoyens néerlandais et le gouvernement néerlandais est responsable de nous », affirme-t-il.

M. el M. estime qu’il a droit à un procès équitable aux Pays-Bas. « Les Pays-Bas me considèrent comme un terroriste dangereux, ce que je ne pense pas être. Mais un terroriste dangereux peut également être jugé dans une démocratie », déclare-t-il. Cependant, la coalition gouvernementale actuelle ne semble pas disposée à donner suite à cette demande, malgré la préparation des dossiers.

Un récent rapport du NCTV révèle qu’une quinzaine de Néerlandais sont actuellement emprisonnés en Syrie, répartis dans différentes prisons contrôlées par les forces kurdes. Ces dernières sollicitent depuis des années l’intervention des Pays-Bas pour récupérer leurs compatriotes.

Le NCTV craint que ces partisans de Daech ne soient libérés prochainement et ne retournent aux Pays-Bas. M. el M., quant à lui, se montre pessimiste : « Pour être honnête, je ne me vois pas sortir d’ici. »

Environ cinq femmes et 25 enfants mineurs sont également détenus dans des camps d’accueil situés dans le nord-est de la Syrie. Par ailleurs, plusieurs dizaines de djihadistes néerlandais se trouvent toujours en liberté dans la région.

Le ministère public a ouvert une enquête pénale sur tous les voyageurs connus, mais les poursuites ne sont engagées que lorsqu’un individu est ramené aux Pays-Bas ou se présente à une ambassade ou un consulat néerlandais.

L’État néerlandais a déjà organisé le retour de femmes et d’enfants dans des conditions tendues, suite à une décision du tribunal de Rotterdam. L’objectif était d’éviter que ces femmes ne puissent échapper à la justice néerlandaise.

Plusieurs femmes rapatriées ont déjà été condamnées à des peines de prison, notamment une peine de 3 ans et demi de prison pour la première femme ramenée aux Pays-Bas. Des djihadistes masculins revenus volontairement ont également été condamnés à des années d’emprisonnement.

Le NCTV considère les djihadistes de retour comme une menace potentielle, en raison de leur expérience du combat et de leur capacité à radicaliser d’autres personnes. « De plus, après leur retour, ils peuvent contribuer à la radicalisation d’autrui et les inciter à commettre un acte violent », explique l’organisation.

Au total, environ 300 djihadistes néerlandais se sont rendus en Syrie et en Irak, principalement entre 2013 et 2014. Plus d’un tiers de ce groupe est décédé. Environ 90 personnes sont rentrées aux Pays-Bas, tandis que les autres sont toujours présents dans la région, dont environ 75 sont incarcérés.

M. el M., comme de nombreux anciens combattants de Daech, affirme ne pas avoir commis d’actes de violence. Il estime que le retour aux Pays-Bas est préférable, notamment pour éviter la radicalisation en prison. « Mais je sais aussi que nous pouvons rester ici encore dix ans », conclut-il.

« De nouvelles libérations de djihadistes condamnés pourraient accroître la menace terroriste dans les années à venir. »

Coordinateur National pour la Lutte contre le Terrorisme et la Sécurité

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.