Publié le 2025-10-05 22:50:00. L’anxiété, sentiment universel, peut basculer dans un état clinique préoccupant. Une psychologue de Harvard livre des clés pour distinguer stress normal et trouble anxieux, et propose des stratégies concrètes pour reprendre le contrôle.
- L’anxiété se manifeste par un sentiment de peur, d’appréhension et d’agitation, ressenti à divers degrés par chacun.
- Une psychologue clinicienne de Harvard propose trois axes de travail : affronter l’évitement, remettre en question les pensées automatiques et gérer l’hypervigilance physique.
- Les troubles anxieux sont les troubles psychiatriques les plus courants, touchant environ un tiers des adultes au cours de leur vie.
L’anxiété est une émotion humaine fondamentale. Définie par Medline Plus, le portail de la Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis, elle se caractérise par un sentiment de peur, d’appréhension et d’agitation. Tout le monde en fait l’expérience, dans une mesure plus ou moins importante. Le problème survient lorsque cette sensation devient constante et accablante, brouillant la frontière entre une réaction de stress saine et un état clinique.
Rachel Zack Ishikawa, psychologue clinicienne et professeure au département de psychiatrie de la Harvard Medical School, a identifié des stratégies pour empêcher cette préoccupation de perturber le quotidien. Ses propositions, basées sur son expérience de thérapeute cognitivo-comportementale et les résultats de recherches récentes, visent à fournir des outils pratiques pour relever ce défi.
L’experte structure son approche autour de trois piliers : affronter l’évitement comportemental, remettre en question les pensées automatiques et gérer l’hypervigilance physique. Examinons ces points plus en détail.
L’anxiété est une réponse naturelle face à des situations perçues comme difficiles ou dangereuses. Comme l’explique Ishikawa, dans une interview accordée à The Harvard Gazette :
« Des niveaux modérés d’anxiété améliorent les performances dans des activités telles que les examens, les sports ou les présentations »,
Rachel Zack Ishikawa, psychologue clinicienne et professeure à la Harvard Medical School
car ils favorisent la recherche de défis et la satisfaction liée à la réussite.
Cependant, lorsque la perception de l’anxiété devient intolérable ou est associée à une attente négative, les individus ont tendance à éviter les situations qui la déclenchent. Cette tendance, selon Ishikawa, crée un cercle vicieux où « l’anxiété et l’évitement se renforcent mutuellement ».
L’anxiété devient un « problème » lorsqu’elle répond aux critères cliniques, génère un inconfort significatif et affecte le fonctionnement quotidien. Selon les données fournies par l’experte, « les troubles anxieux sont les troubles psychiatriques les plus courants. Environ un tiers des adultes en seront affectés à un moment donné de leur vie. »
Malgré l’existence de traitements et de thérapies efficaces, la plupart des personnes souffrant de ces troubles ne reçoivent pas les soins nécessaires, ce qui représente un défi majeur en matière de santé publique.
Au cœur des recommandations d’Ishikawa se trouve une approche en trois volets. Le premier point concerne l’« évitement comportemental », c’est-à-dire la tendance à fuir les situations anxiogènes. En psychothérapie cognitivo-comportementale, cela se traduit par une « exposition progressive », qui consiste à affronter délibérément les stimuli anxiogènes afin de modifier la réaction du cerveau.
« Si vous pouvez remarquer ces choses, vous pourriez dire que non pas parce qu’elles vous provoquent de l’anxiété et, au lieu de cela, vous abordez ces situations, ce qui offre l’occasion d’apprendre quelque chose de nouveau »
Rachel Zack Ishikawa, psychologue clinicienne et professeure à la Harvard Medical School
La deuxième stratégie vise à remettre en question les pensées répétitives et négatives. Ishikawa recommande de s’interroger sur leur validité : « Est-ce que je sais que ce résultat se produira ? » ou « Existe-t-il d’autres possibilités que celle que je crains ? » Cette pratique, selon l’experte, favorise une perspective plus réaliste et réduit l’intensité de l’anxiété.
Le troisième axe d’intervention porte sur l’hypervigilance physique, comme la tachycardie, les difficultés respiratoires, la transpiration ou les tremblements. Pour la psychologue, il est essentiel de se rappeler que ces sensations corporelles ne sont que l’expression naturelle de l’activation du corps face au stress, et n’indiquent pas nécessairement un danger réel. Comme elle le souligne, « lorsque nous nous souvenons qu’il ne s’agit que de sensations physiques, le système nerveux se calme et diminue l’activation générée par la perception de la menace », un point crucial pour interrompre l’escalade des symptômes.
Ishikawa souligne également le rôle des réseaux sociaux dans la propagation de l’anxiété. Elle précise que la manière dont ces plateformes sont utilisées est déterminante : ceux qui se contentent d’observer le contenu, sans interagir directement, présentent un risque accru d’effets négatifs, tels qu’une faible estime de soi ou des comparaisons sociales défavorables. En revanche, une utilisation active et une communication par le biais de messages semblent être associées à un meilleur bien-être psychologique.
L’experte aborde également l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les niveaux d’anxiété. Des études récentes montrent une augmentation significative de la prévalence pendant les années de crise sanitaire, en raison de la peur de la maladie, de l’instabilité économique et du manque de contact social.
Cependant, les données plus récentes indiquent une tendance à un retour aux niveaux antérieurs à 2020, « ce qui témoigne de la capacité naturelle de résilience des êtres humains face au stress », conclut Ishikawa.
En combinant compréhension, exposition progressive, flexibilité de la pensée et acceptation des signaux corporels, cette approche stratégique offre une base solide pour gérer l’anxiété, tout en soulignant l’importance d’améliorer l’accès aux traitements efficaces.
