Une intense offensive diplomatique menée par un groupe de pays arabes et musulmans n’a pas suffi à obtenir un cessez-le-feu immédiat à Gaza, malgré des rencontres de haut niveau avec les principales puissances mondiales. L’initiative, lancée en novembre 2023, soulève des questions sur l’efficacité des visites diplomatiques de pays de taille moyenne pour influencer les décisions des grandes puissances dans les conflits internationaux.
Baptisé « Groupe de contact pour Gaza », cette coalition composée de l’Arabie saoudite, de la Jordanie, de l’Égypte, du Qatar, de la Turquie, de l’Indonésie, du Nigeria et de la Palestine, ainsi que des secrétaires généraux de la Ligue arabe et de l’Organisation de la coopération islamique, a entrepris une tournée diplomatique intensive. Leur objectif : obtenir un soutien international pour une paix durable dans la bande de Gaza.
Au cours du premier mois, des représentants du groupe se sont rendus à Pékin, Moscou, Londres, Paris, Barcelone et New York, rencontrant des personnalités clés telles que le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, son homologue russe Sergueï Lavrov, le ministre britannique des Affaires étrangères David Cameron, le président français Emmanuel Macron et la ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna, ainsi que le secrétaire général de l’ONU António Guterres et le secrétaire d’État américain Antony Blinken. Ils ont également rencontré le Premier ministre canadien Justin Trudeau et sa ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly.
Malgré ces efforts, les États-Unis ont opposé leur veto, le 8 décembre 2023, à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à un « cessez-le-feu humanitaire immédiat ». Quelques jours plus tard, le 12 décembre, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait une résolution appelant à une « trêve humanitaire immédiate et durable », avec 151 voix pour, 10 contre et 23 abstentions.
Le Groupe de contact a ensuite élargi sa portée aux pays scandinaves et aux Pays-Bas, visitant la Norvège, la Suède, la Finlande, le Danemark, l’Islande, les Pays-Bas et le Luxembourg. L’objectif précis de ces visites reste cependant incertain. Si certains suggèrent qu’il s’agissait de rallier davantage de pays à la cause palestinienne, la plupart des nations visitées avaient déjà voté en faveur d’une trêve.
L’efficacité de cette diplomatie a été remise en question, certains la qualifiant de simple « séance de photos de famille » et de « discussions sans lendemain ». Les critiques estiment que ces initiatives de haut niveau sont déconnectées des réalités sur le terrain et incapables de mettre fin à la guerre.
Cependant, des études suggèrent que les visites de dirigeants de grandes puissances peuvent avoir un effet dissuasif sur les conflits interétatiques, voire être plus efficaces que les alliances dans certains cas. Elles signalent également une détermination qui peut décourager les tentatives de coups d’État ou de révolutions. L’accueil ou la réception d’une visite présidentielle américaine, par exemple, pourrait réduire le risque de destitution d’un chef d’État de plus de 50 %.
L’expérience du Groupe de contact pour Gaza illustre la complexité de cette dynamique. Malgré leurs efforts, les États-Unis ont maintenu leur veto lors des votes ultérieurs au Conseil de sécurité, notamment le 20 février 2024, et la Suisse s’est jointe au Royaume-Uni pour s’abstenir lors d’un vote sur l’adhésion de la Palestine à l’ONU le 18 avril 2024. Il est à noter que le Royaume-Uni a finalement changé de position le 20 novembre 2024, votant en faveur de l’adhésion palestinienne sans nouvelle visite du Groupe de contact.
Si les visites de petits États ne suffisent pas toujours à modifier l’équilibre immédiat des pouvoirs, elles peuvent influencer la légitimité des résolutions et mobiliser l’opinion internationale. L’exemple de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) pendant la guerre en Bosnie, avec une tournée ministérielle en 1993, montre comment une action coordonnée peut contribuer à internationaliser un conflit et à façonner l’environnement politique dans lequel les décisions sont prises.
En conclusion, bien que les résultats tangibles des visites de petits États puissent dépendre du contexte géopolitique et de l’équilibre des intérêts, leur rôle dans la construction de la légitimité internationale et le maintien des conflits à l’agenda mondial ne doit pas être sous-estimé. Les décideurs politiques devraient envisager de mobiliser également les initiatives présidentielles et des chefs d’État, où le poids symbolique et l’influence politique sont souvent plus importants.
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