L’Espagne a entamé le transfert de mineurs marocains non accompagnés depuis l’enclave de Sebta vers la péninsule, tandis que le Maroc maintient ses demandes de rapatriement diplomatique et que Madrid pointe un manque d’action de Rabat dans le traitement des dossiers de regroupement.
Après plusieurs semaines de blocage institutionnel et administratif, le transfert des premiers mineurs marocains non accompagnés présents dans l’enclave de Sebta a débuté, selon des informations rapportées par la presse. Cette opération intervient alors que le royaume chérifien continue de réclamer par la voie diplomatique le retour de ces jeunes sur son territoire.
La Navarre intègre les premiers arrivants de Sebta
La Navarre est devenue la première communauté autonome à accueillir des mineurs issus de la vague de passages enregistrée à l’enclave de Sebta quarante-deux jours plus tôt. Deux adolescentes marocaines sont ainsi arrivées dans cette région du nord de l’Espagne au sein d’un groupe de cinq jeunes filles que le gouvernement navarrais s’est engagé à prendre en charge dans le cadre de son dispositif de protection de l’enfance.
Cette initiative marque le début d’un processus longtemps retardé par des désaccords entre le gouvernement central et plusieurs exécutifs régionaux. Les communautés autonomes dirigées par le Parti populaire ont notamment contesté les propositions avancées par le ministère de la Jeunesse et de l’Enfance pour désengorger les structures de l’enclave.
Tensions institutionnelles et saturation des centres d’accueil
Les chiffres communiqués par le département ministériel dirigé par Sira Rego font état d’environ 700 mineurs en attente d’une place dans les centres d’accueil répartis sur le territoire espagnol. Cette saturation a placé les autorités de Sebta dans une situation délicate.
Le président du gouvernement de l’enclave, Juan Jesús Vivas, s’est retrouvé au cœur de ces tensions institutionnelles. Il avait jusque-là refusé de signer les autorisations nécessaires au transfert des mineurs placés sous la tutelle de la ville autonome, malgré les assurances du ministère concernant la disponibilité de places dans la péninsule.
La situation a connu une première avancée avec l’accord de la Navarre, dirigée par les socialistes, qui a accepté de recevoir les jeunes filles dans le cadre d’une coordination entre les services locaux de protection de l’enfance et le ministère de la Jeunesse et de l’Enfance. D’autres régions pourraient suivre le mouvement.
Positions régionales et critiques ministérielles
La Catalogne et le Pays basque figurent parmi les candidats probables à l’accueil de nouveaux groupes. Le président de la Generalitat de Catalogne, Salvador Illa, a réaffirmé sa disposition à participer à cet effort de répartition, tout en précisant que cette politique devait être menée sans naïveté et dans certaines limites.
Au Pays basque, le président Imanol Pradales a confirmé la volonté de son gouvernement de contribuer à la prise en charge, tout en soulignant que le réseau régional de protection de l’enfance accueille déjà près d’un millier de mineurs et fonctionne sous forte pression. Affirmant que la solidarité avec Sebta n’a jamais été remise en question, il a estimé que celle-ci devait s’exercer avec des garanties.
De son côté, la ministre de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, a vivement critiqué les gouvernements régionaux dirigés par le Parti populaire. Elle leur reproche d’afficher leur soutien à Sebta tout en refusant de traduire cette solidarité en mesures concrètes d’accueil.
Le désaccord persistant avec le Maroc sur les rapatriements
Cette réorganisation du dispositif espagnol se déroule dans un contexte où le Maroc maintient une position divergente. Rabat a demandé à plusieurs reprises aux autorités espagnoles le retour des mineurs marocains non accompagnés présents sur le territoire espagnol.
Le ministère marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger avait adressé des interrogations officielles à Madrid sur la gestion des dossiers migratoires liés aux événements de Sebta. La diplomatie marocaine s’interrogeait notamment sur les raisons pour lesquelles les migrants en situation irrégulière n’avaient pas été rapatriés alors même que le Royaume s’était déclaré prêt à les réadmettre.

En réponse à ces interpellations, la ministre espagnole de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, a imputé la responsabilité du blocage au Maroc, évoquant un manque d’action et de réaction pour faciliter le retour de ces jeunes. Intervenant sur la télévision espagnole, elle a affirmé qu’un enfant avait souhaité retrouver sa famille avant les événements du 30 juillet, et que celle-ci voulait également son retour, mais que cela n’avait pas pu se concrétiser en raison d’un manque de réponse et d’action de la part du Maroc. Selon les données communiquées, le parquet a ouvert 600 dossiers liés à des procédures antérieures à l’entrée massive de migrants, auxquels Rabat n’aurait pas répondu.