L’Europe cherche de nouvelles voies dans l’industrie des batteries face à une concurrence mondiale intense, en se concentrant sur l’innovation technologique et les composants spécialisés plutôt que sur la production en masse, selon des rapports.
Les ambitions européennes face à la domination mondiale
La stratégie de l’Europe dans le secteur des batteries explore de nouvelles voies. Au lieu de concurrencer directement la construction d’usines de cellules de batteries de grande taille, certains acteurs technologiques parient sur des composants hautement spécialisés. C’est le cas de LeydenJar et Powall, qui ne visent pas à produire des batteries entières, mais se concentrent sur des étapes critiques de la chaîne de valeur, semblables au rôle du géant technologique néerlandais ASML dans l’industrie des semi-conducteurs.
« La comparaison évidente est avec les semi-conducteurs, où il y a vraiment une course vers la meilleure technologie de puces. »
Christian Rood, LeydenJar, via bbc.co.uk
Cette approche vise à positionner l’industrie européenne dans des segments à haute valeur ajoutée.
« C’est aussi notre ambition – d’avoir une position où notre anode de batterie est si unique qu’elle nous permette d’occuper une position importante dans la chaîne d’approvisionnement. »
Christian Rood, LeydenJar, via bbc.co.uk
Les points de vue des analystes sur la concurrence et les marchés niches
D’après les analystes, le potentiel de spécialisation européenne suscite à la fois de l’enthousiasme et de la prudence. Alexander Brown, analyste senior au think-tank indépendant allemand Mercator Institute for China Studies, estime qu’il est extrêmement positif de voir une partie de la chaîne technologique s’établir en Europe, ouvrant la voie à des marges bénéficiaires élevées.
Cependant, le même expert met en garde sur les dynamiques géopolitiques en jeu.
« La Chine travaille très dur pour développer des alternatives locales pour les technologies, y compris ces technologies de niche. »
Alexander Brown, Mercator Institute for China Studies, via bbc.co.uk
Financement et réticence au risque au sein de l’Union européenne
Au-delà des défis technologiques inherents à un tel domaine spécialisé, les entreprises européennes font face à des barrières financières structurelles. Bien que la liquidité soit présente sur le marché européen, l’attitude au risque y diffère sensiblement de celle observée en Asie ou aux États-Unis. Pour financer leur croissance et atteindre l’échelle commerciale, les entreprises innovantes doivent gérer simultanément plusieurs sources de financement.
« Ils imposent beaucoup de conditions exigeantes, et ils veulent tous faire leur propre analyse préalable. »
Christian Rood, LeydenJar, via bbc.co.uk
Le cadre réglementaire de la Commission européenne et les exigences sectorielles
Parallèlement à ces défis industriels, l’écosystème réglementaire européen évolue. L’association RECHARGE Battery Industry a soutenu la proposition de la Commission européenne sur le Règlement sur les batteries 2020/353, qu’elle considère comme une étape clé pour mettre en œuvre le plan d’action stratégique de 2018 sur les batteries et pour établir des normes pour des batteries durables, innovantes et compétitives produites en Europe, selon un communiqué de RECHARGE Battery Industry Association.

Ce projet de réglementation introduit des piliers d’innovation en matière de durabilité, notamment l’obligation de calculer et de rendre compte de l’empreinte carbone des batteries pour véhicules électriques et certaines batteries industrielles rechargeables, la mise en place obligatoire de programmes d’analyse de la chaîne d’approvisionnement, la création d’un passeport électronique pour les batteries, ainsi que l’utilisation de mécanismes d’approvisionnement public vert, comme l’a précisé l’association.
Cependant, l’industrie met en garde sur le fait que le texte actuel présente des risques de complexité excessive et de chevauchement normatif qui pourraient réduire son efficacité. Les experts demandent donc des délais d’implémentation plus réalistes, l’inclusion d’une clause de grâce pour protéger les pièces de rechange et les modèles existants, ainsi qu’une période de transition d’au moins 24 mois pour adapter les lignes de production, selon les observations publiées par RECHARGE Battery Industry Association.