L’utilisation d’une application de messagerie cryptée par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a fait l’objet d’une enquête approfondie, révélant qu’il a potentiellement divulgué des informations classifiées concernant une opération militaire au Yémen. Un rapport de l’inspecteur général du ministère de la Défense, rendu public ce mardi, met en lumière des failles dans la sécurité des communications et soulève des questions sur le respect des réglementations militaires.
Selon deux sources ayant consulté le rapport, les informations partagées par M. Hegseth sur un groupe de discussion Signal ont été jugées classifiées. L’enquête, menée sur plus de huit mois, porte sur le partage de détails concernant des frappes américaines prévues en mars. Il est estimé que la divulgation de ces informations aurait pu compromettre la sécurité des troupes américaines si elles étaient tombées entre les mains d’un adversaire.
Le rapport souligne également que M. Hegseth a enfreint les règles militaires en utilisant son téléphone personnel à des fins professionnelles. M. Hegseth a affirmé n’avoir transmis aucune information classifiée, mais l’inspecteur général n’a pas précisé s’il avait pris des mesures pour déclassifier les données partagées.
L’affaire a pris une ampleur particulière après qu’un rédacteur en chef du magazine The Atlantic a été ajouté par erreur au groupe de discussion, rendant la conversation publique. Quelques minutes avant le décollage des avions de combat américains en direction du Yémen, le général Michael Erik Kurilla, alors commandant du Commandement central américain, avait utilisé un système sécurisé du gouvernement pour transmettre des informations détaillées sur l’opération à M. Hegseth. Ces informations comprenaient notamment l’heure du décollage et l’atteinte des cibles.
Selon trois responsables américains connaissant les échanges, une grande partie de ces mêmes informations sont apparues sur le chat Signal partagé par M. Hegseth avec d’autres hauts responsables de l’administration Trump, ainsi que dans un autre chat avec des membres de sa famille et son avocat personnel.
La publication de ce rapport intervient à un moment délicat pour M. Hegseth, déjà sous le feu des critiques suite à une frappe militaire récente dans la mer des Caraïbes, visant un navire suspecté de trafic de drogue. Cette frappe a laissé au moins deux survivants. Interrogé à ce sujet, M. Hegseth a déclaré aux journalistes : « Personnellement, je n’ai pas vu de survivants. La chose était en feu. Elle a explosé dans le feu et la fumée. Vous ne pouvez pas la voir. » Il a ajouté : « C’est ce qu’on appelle le brouillard de guerre. »
Le rapport de l’inspecteur général a été transmis aux commissions des forces armées et du renseignement du Sénat et de la Chambre des représentants, qui l’examinent actuellement. Une version expurgée n’a pas encore été rendue publique. Ni le Pentagone ni la Maison Blanche n’ont souhaité commenter l’affaire dans l’immédiat.
