Mis à jour le 27 octobre 2025 à 03h43. L’heure d’été, cette pratique centenaire instaurée pour des raisons d’économie d’énergie, est remise en question en Europe. Après des années de débat, la fin du changement d’heure approche, mais le choix entre heure d’été permanente et heure d’hiver standard divise encore les États membres.
- La Commission européenne avait proposé d’abolir les changements d’heure bisannuels dès 2018.
- Le processus a été bloqué par le manque de consensus entre les pays européens sur le choix de l’heure permanente.
- Si la proposition est adoptée, chaque État membre choisira son heure permanente, mettant fin à la pratique actuelle au plus tard en octobre 2025.
Depuis plus d’un siècle, les nations ajustent leurs horloges deux fois par an : une fois au printemps pour profiter des journées plus longues, et une fois à l’automne pour revenir à l’heure solaire. Cette tradition, née pendant les guerres et l’essor de l’industrialisation, pourrait bientôt appartenir au passé. L’Europe est actuellement au cœur d’une réflexion sur l’unification définitive de l’heure, une décision qui marquerait la fin de l’heure d’été et de l’heure d’hiver telles que nous les connaissons.
L’idée de moduler l’heure en fonction des saisons a germé à la fin du XIXe siècle, portée par des scientifiques et des personnalités publiques soucieuses d’optimiser l’utilisation de la lumière naturelle. La première mise en œuvre officielle date de 1916, en Allemagne et au Royaume-Uni, en pleine Première Guerre mondiale. L’objectif initial était clair : réduire la consommation d’électricité et de carburant en prolongeant les heures de clarté en fin de journée.
Le principe sous-jacent de ce système repose sur l’adaptation à la durée variable des jours. En été, lorsque le soleil se lève tôt et se couche tard, avancer l’horloge d’une heure permet de profiter davantage de la lumière naturelle après le travail ou l’école, réduisant ainsi le besoin d’éclairage artificiel. Inversement, en hiver, lorsque les jours raccourcissent, reculer l’horloge d’une heure rapproche l’heure légale de l’heure solaire, c’est-à-dire que le soleil est au plus haut dans le ciel vers midi.
Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux pays ont adopté ce modèle, mais sans synchronisation parfaite. La Bulgarie a introduit l’heure d’été pour la première fois en 1979, principalement pour des raisons d’économie d’énergie. Depuis lors, les horloges sont avancées d’une heure le dernier dimanche de mars et reculées le dernier dimanche d’octobre.
Cependant, l’heure d’été n’est pas universellement appliquée. Les pays situés près de l’équateur, où la durée du jour et de la nuit est relativement constante tout au long de l’année, n’ont pas besoin de « gagner » de la lumière en modifiant l’heure. C’est le cas de l’Indonésie, de Singapour, de la Malaisie, du Kenya, de l’Ouganda, du Brésil (dans la plupart des États) et de la quasi-totalité des pays africains.
Certains pays développés ont déjà abandonné cette pratique. La Russie a cessé de changer d’heure en 2014, optant pour une heure permanente basée sur l’heure solaire. La Chine et le Japon n’ont jamais adopté l’heure d’été dans leur histoire moderne. L’Islande et la Géorgie ont également renoncé à ces ajustements saisonniers. Aux États-Unis et au Canada, l’application de l’heure d’été varie selon les États et les provinces : l’Arizona et Hawaï, par exemple, ne l’appliquent pas.
Les raisons de ces disparités sont à la fois géographiques et sociales. Dans les régions tropicales, l’absence de variation significative de la durée du jour rend le changement d’heure inutile. Aux latitudes plus élevées, où les saisons sont plus marquées, l’impact est plus notable, mais certains pays estiment que les inconvénients et la confusion liés au changement d’horloge l’emportent sur les bénéfices, surtout dans un contexte d’éclairage artificiel omniprésent et d’horaires de travail flexibles, où les économies d’énergie sont minimes.
Aujourd’hui, le calendrier grégorien, introduit en 1582 par le pape Grégoire XIII pour corriger le calendrier julien utilisé dans la Rome antique, est le plus répandu au monde et reconnu comme norme internationale. Cependant, d’autres calendriers coexistent : le calendrier julien, encore utilisé par certaines Églises orthodoxes (russe, serbe et une partie de l’Église orthodoxe bulgare) pour calculer les fêtes religieuses ; le calendrier islamique (Hijra), utilisé dans les pays musulmans pour déterminer les dates religieuses comme le Ramadan ; le calendrier juif, pour des fêtes comme Pessa’h et Yom Kippour ; ainsi que les calendriers luni-solaires chinois et indien, toujours importants pour les célébrations traditionnelles et culturelles.
En 2018, la Commission européenne a présenté une proposition visant à abolir les changements d’heure bisannuels pour tous les États membres, suite à une consultation publique révélant un large soutien à cette idée. Cependant, après un vote favorable du Parlement européen en mars 2019, le processus a été suspendu. Le principal obstacle réside dans l’absence de consensus entre les États membres sur le choix entre l’heure d’été permanente et l’heure d’hiver standard, ainsi que sur les implications techniques et économiques d’une telle décision.
À ce jour, le système de changement d’heure semestriel reste en vigueur dans l’Union européenne : les horloges seront reculées d’une heure le dernier dimanche d’octobre (26 octobre 2025) conformément à la règle actuelle. Aucune date définitive ni aucune législation n’ont été adoptées pour introduire une heure permanente. Si la proposition est finalement approuvée, chaque État membre aura la liberté de choisir entre l’heure d’été permanente et l’heure d’hiver standard, mettant ainsi fin aux changements d’heure. Mais pour l’instant, l’incertitude demeure, et les pays continueront à ajuster leurs horloges pendant encore quelques années.
Avant l’invention des horloges et des systèmes modernes de mesure du temps, les populations vivaient au rythme du soleil. La journée commençait avec le lever du soleil, midi correspondait au moment où le soleil était au plus haut dans le ciel, et la soirée au coucher du soleil. C’était le véritable temps solaire, qui variait en fonction de la localisation géographique. Dans les villes, l’heure était déterminée localement : le déjeuner à Paris avait lieu quelques minutes plus tôt qu’à Londres. Il n’existait pas d’heure unifiée, seulement locale.
Avec le développement des chemins de fer au XIXe siècle, la nécessité d’un temps commun s’est imposée pour coordonner les horaires des trains et les communications télégraphiques. C’est ainsi qu’est apparue l’idée des fuseaux horaires, officiellement adoptée lors d’une conférence internationale à Washington en 1884. Greenwich (à Londres) a été désignée comme méridien zéro, servant de référence pour le calcul de tous les autres fuseaux horaires. Cette transition majeure du temps solaire naturel à l’heure standardisée a marqué une étape importante dans l’histoire de la mesure du temps.
La première proposition de modifier l’heure en fonction des saisons est venue du constructeur et inventeur britannique William Willett en 1907. Constatant que, pendant l’été, les gens dormaient encore alors que le soleil était déjà levé, il suggéra d’avancer l’horloge pour mieux profiter de la lumière du jour. Son idée fut initialement accueillie avec scepticisme.
Le véritable tournant s’est produit pendant la Première Guerre mondiale (1916), lorsque l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie furent les premières à introduire l’heure d’été pour économiser le charbon et l’électricité. Peu de temps après, la Grande-Bretagne, la France et d’autres pays européens adoptèrent également cette mesure. Après la guerre, certains pays l’abolirent temporairement, mais pendant la Seconde Guerre mondiale, elle fut de nouveau largement utilisée en Europe et en Amérique du Nord.
Après 1945, chaque pays européen a pris ses propres décisions quant à l’application de l’heure d’été. Dans les années 1970, suite à la crise énergétique de 1973, elle fut rétablie dans de nombreux pays afin de réduire la consommation électrique. La Communauté européenne (aujourd’hui l’Union européenne) introduisit ensuite des règles communes pour le changement d’heure : le dernier dimanche de mars et le dernier dimanche d’octobre.
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