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L’histoire de l’homme qui a volé le premier drapeau olympique et l’a retourné 80 ans plus tard

by Camille Renault

Publié le 28 septembre 2023. Un vol audacieux commis lors des Jeux olympiques d’Anvers en 1920 a marqué l’histoire, et l’incroyable retour du drapeau volé près d’un siècle plus tard a révélé une anecdote aussi insolite que touchante.

L’histoire du drapeau olympique originel est loin d’être celle d’un simple symbole de paix et d’unité. En 1920, à l’issue des Jeux d’Anvers (Belgique), un défi lancé entre amis a conduit à sa disparition inattendue, donnant naissance à une légende qui a traversé les décennies.

Le 12 septembre 1920, la ville d’Anvers célébrait la fin de la sixième édition des Jeux olympiques modernes. Lors de la cérémonie de clôture, le baron Pierre de Coubertin, président du Comité international olympique (CIO) et père des Jeux modernes, prononçait un discours solennel, accompagné par les sonorités de trompettes et de canons, et une cantate spécialement composée pour l’occasion.

Cette nuit-là, le drapeau olympique, arborant pour la première fois ses cinq anneaux entrelacés – rouge, vert, noir, jaune et bleu – sur fond blanc, était censé incarner une nouvelle ère de paix et d’harmonie. Conçu personnellement par Coubertin, il devait devenir l’icône olympique par excellence. Quelques heures plus tard, il disparaissait pourtant, sans laisser de trace.

L’auteur de ce geste inattendu était Harry Prieste, un plongeur américain médaillé de bronze aux Jeux d’Anvers. Il avait accepté un défi lancé par Duke Kahanamoku, nageur américain légendaire et spécialiste du water-polo, également quintuple médaillé olympique et considéré comme l’inventeur du surf moderne : voler le drapeau après la cérémonie de clôture. Prieste, qui avait remporté le bronze au trampoline, releva le défi avec audace.

Profitant de l’obscurité et du calme après la cérémonie, l’athlète escalada les cinq mètres du mât, décrocha le drapeau et s’enfuit, échappant de justesse à la police alertée. Le drapeau devint alors le secret bien gardé d’un petit groupe d’amis.

Pendant près de quatre-vingts ans, le drapeau olympique original resta caché dans la valise de Prieste. Seuls ses proches eurent l’occasion de l’admirer lors de rencontres privées, l’athlète aimant partager son insolite butin. La vérité éclata en 1997, lors d’un banquet du Comité olympique américain, lorsqu’un journaliste demanda si le CIO avait jamais récupéré le drapeau. La réponse fut aussi simple qu’incroyable : « Je peux vous aider avec ça… il est chez moi », avoua-t-il.

Cette révélation fit l’effet d’une bombe dans le monde olympique. Lors des Jeux de Sydney en 2000, devant l’assistance internationale et sous les yeux attentifs de la communauté sportive, Harry Prieste rendit le drapeau, usé et légèrement déchiré, à Juan Antonio Samaranch, alors président du CIO, lors de la 111e session du CIO.

Ce geste permit non seulement de clore une des énigmes les plus insolites de l’histoire olympique, mais aussi de restituer au mouvement olympique une part essentielle de son identité. Comme le souligne l’article, « l’histoire qu’il cache pourrait faire partie de sa filmographie. »

Harry Prieste s’est éteint le 19 avril 2001, à l’âge de 104 ans, dans la ville de Camden, dans le New Jersey.

La vie de Prieste est aussi extraordinaire que le méfait qui l’a rendu célèbre. Né d’origine arménienne, il s’était engagé dans la marine américaine pendant la Première Guerre mondiale, où il avait révélé ses talents aquatiques. Il avait été défié, sur le ton de la plaisanterie, de participer aux Jeux olympiques, et avait dépassé les attentes à son retour d’Anvers avec une médaille de bronze. Après sa carrière sportive, il s’était tourné vers le cinéma muet, apparaissant dans 25 films aux côtés de légendes comme Charles Chaplin.

Aujourd’hui, le drapeau olympique, conservé caché pendant quatre-vingts ans, est exposé au musée olympique de Lausanne, où il témoigne d’une époque révolue et de l’histoire extraordinaire d’un homme propulsé par un simple défi amical. Des histoires comme celle d’Harry Prieste et du premier drapeau olympique révèlent le côté humain et attachant qui se cache derrière les grands symboles. Les Jeux olympiques ont été le théâtre de performances sportives exceptionnelles, mais aussi de petits actes personnels dont l’impact s’amplifie avec le temps. L’anecdote du vol et le retour du drapeau, loin de nuire à la solennité des Jeux, ajoutent une dimension humaine à la riche tradition olympique.

Le drapeau, désormais exposé au monde entier, est bien plus qu’un simple morceau de tissu ; il représente la capacité humaine à transcender le temps et à célébrer la grandeur, même à travers un acte insolite et inoubliable.

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