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L’histoire inédite de Harry Steinfeldt et son impact sur le baseball

by Camille Renault

Publié le 31 décembre 2025 à 22h03. Un joueur de baseball oublié, Harry Steinfeldt, a marqué l’histoire des Cubs de Chicago au début du XXe siècle, mais son nom a été injustement effacé de la mémoire collective par un poème devenu légendaire.

  • Harry Steinfeldt, joueur de troisième but des Cubs, a été exclu du célèbre poème « Baseball’s Sad Lexicon » en raison de contraintes de rime.
  • Cet oubli poétique a eu un impact sur la reconnaissance de Steinfeldt, malgré ses performances exceptionnelles et sa contribution à l’équipe.
  • L’histoire de Steinfeldt est intimement liée à Cincinnati et au nord du Kentucky, où il a vécu et construit une vie après sa carrière sportive.

Il y a un siècle, un échange de joueurs a remodelé une équipe de baseball et, par la même occasion, l’histoire d’un athlète méritant. En 1905, les Reds de Cincinnati ont cédé Harry Steinfeldt et le voltigeur Jimmy Sebring aux Cubs de Chicago en échange du lanceur Jake Weimer. Cette transaction, qui à l’époque n’a pas fait grand bruit, allait pourtant avoir des conséquences durables, non seulement sur la carrière de Steinfeldt, mais aussi sur la façon dont le baseball se souviendrait de lui.

Né à Saint-Louis, Steinfeldt avait déjà fait ses preuves à Cincinnati, où il avait été acquis des Tigers de Détroit en 1897. Polyvalent, il occupait divers postes en défense et se distinguait par sa capacité à frapper avec une moyenne de 0,312 en 1903, établissant un record de 32 doubles et 12 triples cette année-là. Il était également connu pour son esprit vif et ses anecdotes rocambolesques, comme celle où il aurait fui un stade de baseball texan sous les coups de feu après avoir réalisé un triple jeu qui avait ruiné les paris de certains spectateurs.

Au début des années 1900, Cincinnati était devenue sa maison. Steinfeldt y a épousé Myrtle Lockwood, originaire de Bellevue, dans le Kentucky, lors d’une cérémonie précipitée dont il ne se souvenait pas, avouant avoir été trop éméché. La famille Lockwood était propriétaire d’une entreprise florissante d’ustensiles de cuisine, et Steinfeldt a fini par travailler dans leur usine de moules à pain pendant l’entre-saison. Il s’est installé à Bellevue, traversant le fleuve Ohio pour assister aux matchs des Reds et s’intégrant pleinement à la vie locale.

Son arrivée à Chicago en 1906 a marqué le début d’une période faste pour Steinfeldt. Il a rapidement conquis les fans et les critiques, menant la Ligue nationale avec 176 coups sûrs et 83 points produits, affichant une moyenne au bâton de 0,327. Il a également ancré une défense solide, contribuant à la conquête de 116 victoires pour les Cubs, un record qui tient toujours aujourd’hui. Il a été reconnu comme l’un des meilleurs joueurs de troisième but de son époque, aux côtés de Joe Tinker, Johnny Evers et Frank Chance, le trio immortalisé par le poème « Baseball’s Sad Lexicon ».

Ce poème, écrit par Franklin Pierce Adams et publié pour la première fois dans le New York Evening Mail le 12 juillet 1910, décrivait avec humour et mélancolie les prouesses défensives des Cubs, du point de vue d’un supporter frustré des Giants de New York. Les vers, courts et percutants, sont rapidement devenus emblématiques :

« Ce sont les mots les plus tristes possibles :
Tinker à Evers à Chance.
Trio d’oursons, et plus fugitifs que les oiseaux,
Tinker et Evers et Chance.
Des mots lourds de problèmes :
Tinker à Evers à Chance. »

Franklin Pierce Adams

Le poème a eu un impact considérable sur la popularité de Tinker, Evers et Chance, contribuant à leur intronisation au Temple de la renommée du baseball en 1946. L’expression « Tinker to Evers to Chance » est devenue synonyme de travail d’équipe, de précision et d’efficacité. Cependant, le poème avait un angle mort : il omettait Harry Steinfeldt, le quatrième membre essentiel de cette équipe des Cubs.

La raison de cette omission était simple, mais cruelle : le nom de Steinfeldt ne rimait pas facilement avec les autres. Adams avait privilégié la musicalité et le rythme de ses vers, sacrifiant ainsi la reconnaissance d’un joueur talentueux. Cette exclusion poétique a façonné la mémoire collective du baseball, reléguant Steinfeldt à l’ombre de ses coéquipiers.

Malgré cet oubli, Steinfeldt a continué à jouer au baseball pendant plusieurs années, mais sa santé a commencé à décliner. Il a tenté de revenir avec plusieurs équipes, mais son corps ne lui permettait plus de performer au plus haut niveau. Il est décédé à Bellevue en 1914, à l’âge de 38 ans, des suites d’une hémorragie cérébrale. Il repose aujourd’hui au cimetière Spring Grove à Cincinnati, dans le caveau familial des Lockwood.

Aujourd’hui, Harry Steinfeldt est surtout connu comme une question de quiz. Mais pour les habitants de Cincinnati et du nord du Kentucky, il est bien plus que cela. C’était un joueur des Reds devenu champion des Cubs, un conteur installé à Bellevue, un homme dont les triomphes et les déceptions sont liés à un échange de joueurs il y a plus de cent ans. Tinker, Evers et Chance sont peut-être les héros du poème, mais Cincinnati et le nord du Kentucky se souviennent de la vérité : c’était toujours Tinker à Evers à Chance – avec Steinfeldt. L’homme oublié ? Il appartient à notre histoire.

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