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L’IA d’entreprise est une menace pour la liberté

by Clara Dubois

L’intelligence artificielle, initialement perçue comme un outil de progrès, représente désormais une menace grandissante pour les libertés fondamentales, selon un expert juridique. Des investissements massifs et le déploiement de l’IA par des régimes autoritaires et des entreprises privées soulèvent des inquiétudes quant à la manipulation de l’opinion publique et à l’érosion de l’autonomie individuelle.

Les dépenses dans le domaine de l’IA ont explosé ces dernières années. Rien qu’en 2025, les géants américains de la technologie – Microsoft, Google, Amazon et Meta – devraient y consacrer plus de 320 milliards de dollars (environ 295 millions d’euros). Cette course à la domination technologique s’accompagne d’une prise de conscience croissante des risques potentiels.

L’un des dangers les plus immédiats réside dans l’opacité des algorithmes d’IA, de plus en plus puissants. En laissant les machines prendre des décisions à notre place, nous risquons de perdre notre capacité à exercer un jugement critique et à défendre nos propres intérêts, notamment face aux actions des gouvernements.

Cette menace se manifeste de deux manières. D’une part, des pays comme la Russie et la Chine utilisent déjà l’IA pour la surveillance de masse et la répression politique, étouffant la dissidence et contrôlant l’accès à l’information. D’autre part, les entreprises privées, disposant de ressources financières et de données considérables, intègrent l’IA dans leurs produits et services dans le but unique de maximiser leurs profits, au détriment souvent de l’intérêt général – un phénomène déjà observé avec les réseaux sociaux et leurs conséquences néfastes sur la société.

Une étude récente portant sur près de 77 000 personnes ayant interagi avec des modèles d’IA sur des questions politiques a révélé que les chatbots conçus pour persuader étaient jusqu’à 51 % plus efficaces que ceux qui ne l’étaient pas. Une autre étude, menée au Canada et en Pologne, a montré qu’environ un électeur sur dix avait vu son opinion politique modifiée par des conversations avec des chatbots.

Aux États-Unis, la capacité des entreprises à surveiller et à influencer les comportements à grande échelle est facilitée par un cadre juridique qui limite la régulation étatique du marché, y compris celui des idées. La doctrine traditionnelle de la liberté d’expression, qui privilégie la réponse à des propos jugés nuisibles par davantage de discours, s’avère inadaptée à un environnement numérique dominé par des algorithmes secrets qui agissent comme des influenceurs.

Les utilisateurs peuvent croire qu’ils obtiennent ce qu’ils recherchent en ligne, mais les algorithmes les orientent subtilement vers ce que les plateformes souhaitent qu’ils consomment. Cette manipulation est souvent invisible, enfouie dans le code propriétaire des entreprises. En conséquence, le « contre-discours » peine à se faire entendre et la perception même du préjudice est étouffée.

L’article 230 de la loi américaine sur la décence en matière de communications de 1996, qui protège les plateformes numériques de toute responsabilité pour le contenu publié par leurs utilisateurs, contribue également à ce problème. Cette politique favorable aux entreprises repose sur l’idée que le contenu est uniquement généré par les utilisateurs, alors que des entreprises comme Meta, TikTok et X monétisent l’attention des internautes et utilisent l’IA pour maximiser leur temps en ligne et leur exposition à la publicité ciblée.

Pour Richard K. Sherwin, professeur émérite de droit à la New York Law School, les gouvernements ont le devoir de protéger la liberté en réglementant le marketing en ligne conçu pour manipuler les préférences des individus.
« La manipulation comportementale des entreprises délibérément cachée ou déguisée dans un but lucratif ne relève pas de ce que la Cour suprême des États-Unis considère comme « l’exercice fructueux du droit à la liberté d’expression » », explique-t-il.

Le droit et les politiques publiques doivent s’adapter à ces nouvelles réalités et aux menaces que l’IA représente pour la liberté à l’ère numérique. Si l’IA venait à acquérir suffisamment de puissance pour gouverner le monde, les gouvernements des sociétés libres doivent s’assurer qu’elle sert – ou, à tout le moins, qu’elle ne nuit pas – à l’intérêt général.

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