Édition française
En continu
---Advertisement---

Monde

L’Indonésie envisage de franchir une nouvelle étape dans le développement de l’identification numérique grâce aux meilleures pratiques mondiales

Publié le 14 décembre 2025 à 09h20. L'Indonésie s'appuie sur l'expertise internationale pour affiner sa stratégie d'identité numérique, un pilier de son infrastructure publique numérique, et accélérer l'accès à des services publics plus efficaces et inclusifs. L'Indonésie s'inspire…

L’Indonésie envisage de franchir une nouvelle étape dans le développement de l’identification numérique grâce aux meilleures pratiques mondiales

Publié le 14 décembre 2025 à 09h20. L’Indonésie s’appuie sur l’expertise internationale pour affiner sa stratégie d’identité numérique, un pilier de son infrastructure publique numérique, et accélérer l’accès à des services publics plus efficaces et inclusifs.

  • L’Indonésie s’inspire des expériences d’autres pays, notamment l’Inde avec son système Aadhaar, pour développer son Identitas Kependudukan Digital (IKD).
  • Un forum international à Jakarta a réuni des experts pour discuter des meilleures pratiques en matière d’identité numérique et de son impact sur l’économie et l’inclusion sociale.
  • L’interopérabilité des systèmes et la protection des données sont identifiées comme des défis clés pour le succès de l’IKD.

Jakarta s’engage résolument dans la construction de son identité numérique, l’Identitas Kependudukan Digital (IKD), qui constitue le fondement de son infrastructure publique numérique (DPI). Pour affiner sa stratégie, l’Indonésie s’intéresse de près aux succès et aux leçons tirées d’autres pays. Le 10 décembre, la Direction générale de la population et de l’état civil (Dukcapil) du ministère de l’Intérieur a organisé un forum à Jakarta, réunissant des experts mondiaux pour échanger sur les meilleures pratiques en matière de développement de l’identité numérique.

Swetha Kolluri, responsable principale du programme DPI à la Fondation Gates, a ouvert les discussions en soulignant le rôle central de l’identité numérique dans la réussite d’une DPI. Elle a expliqué que l’identité numérique fournit des éléments de base réutilisables, permettant d’améliorer considérablement les services publics. Elle a notamment cité l’exemple de l’Inde et de son système Aadhaar, qui a dépassé le simple rôle de système d’identification pour devenir un moteur d’efficacité économique.

« Environ 2,2 milliards de dollars (2,9 milliards de dollars singapouriens) ont été investis dans Aadhaar jusqu’à présent, et plus de 42 milliards de dollars ont été économisés. »

Swetha Kolluri, responsable principale du programme DPI à la Fondation Gates

Ces économies, selon Kolluri, proviennent de la suppression des doublons, de la transparence accrue des transactions et de la capacité à identifier précisément les bénéficiaires. Elle a insisté sur la nécessité d’une approche globale, impliquant tous les ministères et agences, pour maximiser l’impact de l’identification numérique.

« Si l’on souhaite avoir un impact sur l’ensemble de la société, il faut une approche transversale pour gérer le système. »

Swetha Kolluri, responsable principale du programme DPI à la Fondation Gates

Sourav Das, associé en investissement chez Co-Develop, a souligné que l’utilité d’une identité numérique réside dans ses applications concrètes. Il a précisé que Co-Develop accompagne de nombreux pays non seulement dans la mise en œuvre de DPI, mais aussi dans le développement de cas d’utilisation pertinents. Il a également évoqué l’exemple indien du pont de paiement activé par Aadhaar, qui a permis d’améliorer la précision de la distribution des subventions pour le gaz de cuisson. Avant Aadhaar, le système était entaché de doublons et de fuites. L’authentification Aadhaar permet désormais d’envoyer les prestations directement sur le compte bancaire des bénéficiaires.

L’utilisation d’Aadhaar pour ouvrir des comptes bancaires via la procédure e-KYC a également favorisé l’inclusion financière en Inde, réduisant les coûts d’intégration à une moyenne de 0,27 USD. Das a également cité le Nigeria, où l’identité numérique facilite l’accès à des centaines de services publics et privés, et l’Estonie, où elle est utilisée dans presque tous les secteurs. Il a souligné que l’authentification électronique, permettant à une identité unique d’offrir de multiples avantages, est le principe fondamental de l’identification numérique.

L’identité numérique peut également jouer un rôle crucial en cas de catastrophe naturelle, comme l’illustrent les récentes inondations à Sumatra. L’authentification numérique peut permettre aux habitants sinistrés d’accéder aux fonds d’urgence, même si leurs documents physiques ont été endommagés. Cependant, Das a souligné que la reconnaissance transfrontalière de l’identité reste un défi majeur, notamment pour les citoyens africains migrant vers l’Afrique du Sud.

« Si j’ai une identité indonésienne et que je migre en Malaisie, pourquoi ne puis-je pas accéder aux services en Malaisie en utilisant mon identité ? »

Sourav Das, associé en investissement chez Co-Develop

Il a noté que le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine ont déjà intégré leurs systèmes d’identité numérique grâce à des accords formels. Ce défi pourrait ouvrir la voie à une coopération régionale, notamment dans le cadre des discussions de l’ASEAN sur les normes d’identité numérique.

Jonathan Marskell, spécialiste principal du numérique à la Banque mondiale, a présenté différents modèles d’écosystèmes d’identité numérique et leur adaptabilité aux besoins de l’Indonésie. Il a distingué trois modèles principaux : centralisé, fédéré et décentralisé. L’Indonésie a opté pour un modèle centralisé, où un seul fournisseur d’identité gère la vérification de chaque transaction. Bien que simple, ce modèle peut limiter l’innovation.

Marskell, de la Banque mondiale, explique l'évolution rapide du paysage de l'identification numérique dans l'ASEAN.

Marskell, de la Banque mondiale, explique l’évolution rapide du paysage de l’identification numérique dans l’ASEAN. Photo : Direction générale de la population et de l’état civil, ministère de l’Intérieur.

Le modèle fédéré, comme celui adopté en Thaïlande, en Australie et en France, permet à un écosystème plus large de fournisseurs d’identité de développer des systèmes supervisés et certifiés par l’État. Le modèle décentralisé, quant à lui, permet aux émetteurs de données de créer des informations d’identification numériques stockées dans les portefeuilles numériques des citoyens. Ce modèle, selon Marskell, réduit la charge des serveurs centraux et offre une plus grande évolutivité.

La Banque mondiale estime que les tendances mondiales évoluent vers des modèles décentralisés basés sur un portefeuille, comme ceux observés dans l’Union européenne, en Corée du Sud, au Royaume-Uni et dans plusieurs initiatives de l’ASEAN. Marskell a souligné que, compte tenu de la taille, de la complexité et des spécificités de l’Indonésie, aucun modèle étranger ne peut être copié tel quel. Il a toutefois estimé qu’un modèle centralisé peut servir de base de départ, mais qu’un modèle décentralisé deviendra essentiel à long terme pour l’économie numérique indonésienne.

Singapour est actuellement le pays le plus avancé de l’ASEAN avec SingPass, couvrant presque toute la population. L’IKD en Indonésie compte 17 millions d’utilisateurs, MyDigital ID en Malaisie 3 millions et ThaID en Thaïlande 23 millions. Le Vietnam affiche la croissance la plus rapide avec 62 millions d’utilisateurs. Marskell a noté que, dans la plupart des pays de l’ASEAN, les identités numériques sont présentées comme une extension des cartes physiques, affichant le portrait du titulaire sur l’écran. L’Indonésie et la Malaisie n’ont pas encore adopté cette approche.

« L’une des principales utilisations de l’identification numérique consiste à entrer dans des bâtiments ou à embarquer sur des vols. La familiarité est cruciale pour instaurer la confiance. »

Jonathan Marskell, spécialiste principal du numérique à la Banque mondiale

Vineet Bhandari, responsable pays et programme du Centre pour l’infrastructure publique numérique (CDPI), a souligné que l’Indonésie dispose déjà d’une base de données d’identité solide. Le défi consiste désormais à garantir que l’identité numérique ne se limite pas à remplacer les cartes physiques, mais qu’elle permette l’interopérabilité des services publics. Il a insisté sur l’importance de mettre en œuvre l’interopérabilité dès la conception, afin que l’IKD devienne un véritable connecteur entre les systèmes. La minimisation des données est également essentielle : l’identité numérique doit agir comme une clé, et non comme un coffre-fort.

« Enfin, nous avons besoin de règles communes qui régissent la manière dont les institutions publiques et privées utilisent les données, car cela concerne le cadre de confiance qui devrait durer pendant les 10 à 20 prochaines années. »

Vineet Bhandari, responsable pays et programme du Centre pour l’infrastructure publique numérique (CDPI)

Teguh Setyabudi, directeur général de Dukcapil, a annoncé que l’IKD continuerait d’être amélioré grâce à la biométrie, à la reconnaissance faciale et à la détection de l’activité physique. Le gouvernement entend également étendre les cas d’utilisation de l’IKD aux services publics et privés, en collaboration avec les ministères, les gouvernements locaux et les prestataires de services non gouvernementaux. Il a notamment évoqué le projet pilote de digitalisation de l’assistance sociale (Perlinsos) dans la régence de Banyuwangi, qui a démontré comment l’IKD peut améliorer la précision du ciblage, réduire les obstacles administratifs et accélérer la prestation des services. Setyabudi a également exprimé la volonté de l’Indonésie d’accueillir le prochain Sommet mondial du DPI.

Setyabudi de Dukcapil appelle au développement ultérieur des fonctionnalités d'identité numérique de l'Indonésie.

Setyabudi de Dukcapil appelle au développement ultérieur des fonctionnalités d’identité numérique de l’Indonésie. Photo : Direction générale Dukcapil, ministère de l’Intérieur.

Il a appelé toutes les parties prenantes à redoubler d’efforts pour que l’Indonésie puisse présenter des cas d’utilisation réussis de la DPI lors de cet événement important.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.