Publié le 16 janvier 2026 à 14h45. L’offensive russe en Ukraine a dépassé en durée la guerre menée par Staline contre l’Allemagne nazie, un point de comparaison qui souligne, au-delà des différences, l’impunité de l’agression et l’importance cruciale du soutien occidental.
- L’« opération militaire spéciale » russe en Ukraine a dépassé les 1 418 jours de la guerre de Staline contre l’Allemagne nazie.
- L’héroïsme ukrainien et le soutien occidental sont essentiels pour contrer l’agression russe, mais ce soutien reste parfois hésitant.
- L’attitude de l’administration Trump et les distractions géopolitiques affaiblissent la capacité de l’Ukraine à se défendre.
La guerre en Ukraine entre dans une nouvelle phase, marquée par une durée qui dépasse désormais celle du conflit opposant l’Union soviétique à l’Allemagne nazie. Le 13 janvier, l’« opération militaire spéciale » lancée par la Russie a franchi le cap des 1 418 jours, éclipsant ainsi la durée de la lutte menée par Joseph Staline entre 1941 et 1945. Si toute comparaison directe entre ces deux conflits est délicate, certains parallèles méritent d’être soulignés, notamment la constance d’une vérité amère : l’agression ne paie jamais.
Après des revers initiaux, l’Union soviétique, sous la direction de Staline, a réussi à inverser la tendance sur le champ de bataille et à chasser les forces allemandes et leurs alliés de son territoire. Cette victoire fut rendue possible grâce au courage de la population soviétique et à l’aide massive apportée par les États-Unis à l’effort de guerre soviétique. Aujourd’hui, l’héroïsme dont font preuve les Ukrainiens est sans conteste un facteur déterminant pour expliquer pourquoi la Russie n’a pas réussi à prendre le contrôle du pays. Le soutien des alliés occidentaux est également crucial, mais son caractère parfois timide et irrégulier, ainsi que les hésitations qui l’accompagnent, expliquent en partie les difficultés croissantes rencontrées par Kiev et sa perte de terrain.

127ème Brigade Séparée de la Défense Territoriale / EPA
Il serait tentant d’imputer l’essentiel des récents revers ukrainiens au président américain Donald Trump et à sa volonté affichée de mettre fin au conflit. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne nazie a à plusieurs reprises tenté de négocier un accord avec les Alliés occidentaux afin de concentrer ses forces sur le front de l’Est. Ces tentatives ont systématiquement échoué, et la coalition anti-nazie est restée unie jusqu’à la capitulation de l’Allemagne. Aujourd’hui, un tel accord entre Trump et Poutine semble plus probable qu’improbable, ce qui risquerait d’encourager la Russie au prix de concessions territoriales ukrainiennes et d’une menace persistante d’agression russe en Europe.
Il est toutefois important de rappeler que le retour de Trump à la Maison Blanche ne date que d’un an et que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a débuté il y a près de quatre ans. Pendant les trois premières années, la coalition occidentale a fermement refusé toute concession à la Russie, à l’instar des Alliés de la Seconde Guerre mondiale qui ont rejeté les offres de paix allemandes. Cependant, elle n’a pas offert à l’Ukraine le soutien inconditionnel et illimité qui aurait pu lui permettre de vaincre l’agresseur. Les interminables débats sur les systèmes d’armes à fournir, leurs quantités, leur rythme de livraison et les conditions qui y sont attachées ont, à juste titre, frustré les Ukrainiens et entravé leur effort de guerre. Cette situation s’est peut-être aggravée sous l’administration Trump, mais elle ne lui est pas propre.
La situation difficile dans laquelle se trouve l’Ukraine ne peut être imputée uniquement aux lacunes du soutien qu’elle reçoit. Il ne faut pas oublier que la Russie a commis un acte d’agression non provoqué contre son voisin et qu’elle viole quotidiennement les principes fondamentaux du droit international humanitaire en menant une campagne incessante contre les infrastructures critiques du pays. Parallèlement, plusieurs scandales de corruption en Ukraine, dont un qui a laissé des installations énergétiques clés vulnérables aux frappes aériennes russes, ont également freiné l’effort de guerre global de Kiev, minant la résilience du pays et le moral de la population et des militaires, et alimentant les doutes de certains Occidentaux quant à l’opportunité de soutenir financièrement le pays.

Maxim Shipenkov / EPA
Les choix faits par les Alliés dans les années 1940 en soutenant Staline étaient moralement contestables, mais ils étaient guidés par un sens aigu des priorités et une détermination sans faille à vaincre la menace la plus grave de l’époque. Ce pragmatisme manque aujourd’hui, en particulier à la Maison Blanche. Non seulement Trump semble avoir du mal à déterminer qui est responsable de la guerre et de l’absence de négociations de paix, mais il lui manque également le sens de l’urgence nécessaire pour accorder toute son attention à ce conflit. Ses distractions, comme les menaces de prendre le contrôle du Groenland, une partie autonome du Danemark, allié fidèle des États-Unis et de l’OTAN, ne contribuent pas à créer un climat de confiance propice aux négociations.
D’autres initiatives, telles que les opérations militaires contre le Venezuela et les menaces de frappes contre l’Iran, créent une instabilité supplémentaire dans un monde déjà fragile, mettent à rude épreuve les ressources américaines et révèlent l’hypocrisie et les doubles standards qui sous-tendent la politique étrangère isolationniste de Trump.
Poutine n’est ni Hitler ni Staline, mais Trump n’est pas non plus un Roosevelt ou un Truman, et aucun leader fort à la Churchill ne se profile en Europe. La guerre en Ukraine connaîtra donc probablement encore quelques étapes incertaines avant qu’il ne soit possible de prouver une fois de plus que l’agression ne paie jamais.
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