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L’OCDE Révèle l’Omniprésence du Management Algorithmique en Entreprise

Une enquête menée par l’OCDE dans six pays révèle l’omniprésence du management algorithmique, utilisé par 90% des entreprises américaines interrogées et 79% en moyenne dans quatre…

L'OCDE Révèle l'Omniprésence du Management Algorithmique en Entreprise

Une enquête menée par l’OCDE dans six pays révèle l’omniprésence du management algorithmique, utilisé par 90% des entreprises américaines interrogées et 79% en moyenne dans quatre pays européens. Si la France y recourt massivement pour organiser le travail, elle sanctionne beaucoup moins ses salariés par voie logicielle que les États-Unis.

Vérifier l’heure de prise de poste, mesurer la vitesse d’exécution d’une tâche, comparer un employé à ses pairs ou analyser le ton de ses messages électroniques : ces missions incombent de plus en plus à des programmes informatiques. Ce phénomène, baptisé management algorithmique, consiste à déléguer à des logiciels des tâches traditionnellement assurées par des cadres, telles que l’organisation des horaires, l’attribution des missions, la surveillance ou l’évaluation des équipes.

Selon une enquête menée par l’OCDE auprès de 6 047 entreprises réparties entre la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Japon et les États-Unis, ces outils se trouvent déjà largement implantés.

Un usage massif en France centré sur l’instruction et la surveillance

L’Hexagone n’échappe pas à cette transformation du lieu de travail. D’après l’enquête de l’OCDE, 81% des entreprises françaises interrogées recourent à au moins un outil de management algorithmique, se situant ainsi légèrement au-dessus de l’Allemagne et de l’Espagne (78%) ainsi que de l’Italie (76%).

Cependant, la nature de ces outils varie sensiblement d’un pays à l’autre. En France, 74% des entreprises interrogées utilisent des logiciels classés dans la catégorie instruction, lesquels servent à établir les plannings, répartir les activités, attribuer les clients ou diffuser des consignes. Par ailleurs, 71% emploient des dispositifs de surveillance pour suivre le temps de travail, l’accomplissement des tâches ou la vitesse d’exécution. En revanche, la part des structures françaises utilisant des logiciels d’évaluation des performances se limite à 40%.

Le fossé transatlantique face aux sanctions et aux classements

Si l’Europe et les États-Unis affichent des taux d’équipement comparables, l’écart se creuse spectaculairement lorsqu’il s’agit d’octroyer des pouvoirs de décision aux algorithmes. Aux États-Unis, 67% des entreprises interrogées recourent à des logiciels pour sanctionner de mauvaises performances, contre seulement 4% dans les quatre pays européens étudiés, ce qui représente un usage seize fois plus fréquent outre-Atlantique.

Les méthodes d’évaluation diffèrent également de manière marquée. La moitié des entreprises américaines interrogées s’appuient sur des classements de performances visibles par l’ensemble des salariés, une pratique partagée par seulement 7% des entreprises en Europe. De plus, 72% des employeurs américains utilisent des logiciels pour mesurer la vitesse de travail, contre 15% des Européens étudiés. L’OCDE précise toutefois que ces chiffres ne signifient pas que les algorithmes procèdent à des licenciements de manière autonome, mais que ces outils contribuent à des décisions lourdes de conséquences pour les travailleurs, notamment en matière d’accès à l’emploi.

L’exemple des plateformes VTC et le cadre réglementaire en France

Pour analyser cette mutation managériale, Lindsey Cameron, professeure à la Wharton School de l’université de Pennsylvanie, a exercé pendant trois ans comme chauffeuse Uber à temps partiel. L’universitaire rapporte n’avoir eu aucun échange direct avec un salarié d’Uber ou de Lyft durant toute cette période, illustrant un degré avancé de management algorithmique. Ce modèle dépasse désormais le secteur des VTC pour s’étendre aux entrepôts, aux transports et à certaines activités financières.

Interrogé par Franceinfo, un porte-parole d’Uber met en avant la flexibilité des chauffeurs : Chaque chauffeur indépendant conserve une totale liberté d’organisation, sans horaires imposés ni obligation de connexion, affirme-t-il, tout en rappelant que les décisions de suspension ou de désactivation de compte font l’objet d’une revue humaine et peuvent être contestées.

En France, un accord sectoriel encadre les suspensions et résiliations de comptes de chauffeurs VTC, prévoyant des possibilités de recours et de dédommagement en cas d’erreur manifeste de la plateforme. Néanmoins, l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE) relève dans son rapport 2025 que des efforts restent nécessaires, en particulier pour garantir la transparence des critères de désactivation.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.