Paramount a conclu un accord pour sortir de la procédure judiciaire qui bloquait son rachat de Warner Bros. Discovery pour 110 milliards de dollars. Pour éviter des indemnités quotidiennes massives et des menaces de délocalisation, le studio s’engage à sortir au moins 30 films par an et à injecter 300 millions de dollars supplémentaires dans l’industrie.
La bataille judiciaire qui menaçait de bloquer l’une des plus grandes transactions de l’histoire du divertissement américain a pris fin. Paramount est parvenu à un accord avec les procureurs généraux et les syndicats qui contestaient son acquisition géante, s’évitant ainsi un procès prévu pour le 2 mars 2027.
Les pressions financières et le chantage à la délocalisation
Pour comprendre le revirement des plaignants, il faut examiner les leviers financiers activés par la multinationale. Lors de sa compétition avec Netflix pour s’emparer des actifs de Warner Bros., le studio avait assorti son offre de frais d’attente d’un montant de 7 millions de dollars par jour versés aux actionnaires. Face au calendrier judiciaire, cette clause menaçait d’alourdir la facture globale d’au moins 1,2 milliard de dollars, selon les informations rapportées par la presse spécialisée.
Parallèlement, la direction a menacé de quitter la Californie, ciblant des États plus conservateurs comme le Texas ou le Tennessee. Cette stratégie a exercé une forte pression sur les autorités locales, notamment le procureur général de Californie Rob Bonta, à un moment où la fragilité de l’emploi à Hollywood alimente de vives inquiétudes. Finalement, la coalition de 12 procureurs généraux et le syndicat des scénaristes de la Writer’s Guild of America ont consenti à négocier un accord à l’amiable.
Les concessions de l’accord et les critiques des détracteurs
En échange de l’abandon des poursuites, Paramount a accepté une série d’engagements destinés à préserver l’industrie cinématographique et télévisuelle. Le conglomérat doit injecter 300 millions de dollars de plus par an dans le secteur par rapport au niveau de 2025. L’accord fixe également une obligation de production ambitieuse : Paramount devra sortir 30 films par an, un volume qui passera à 32 longs-métrages après deux ans. Sur ce total, au moins 20 films devront bénéficier d’une large distribution en salles, quatre devront être indépendants et une partie d’entre eux devront disposer d’un budget supérieur à 50 millions de dollars.

Ces garanties n’ont toutefois pas convaincu tous les observateurs. Des voix critiques estiment que l’État de Californie n’a pas obtenu de compensations suffisantes en échange de cette fusion à 110 milliards de dollars, qualifiée de transaction record. Alvaro Bedoya, ancien membre de la Commission fédérale du commerce des États-Unis, a vivement critiqué l’issue des négociations :
« Aujourd’hui, les milliardaires ont une fois de plus recouru à la corruption, à la censure et à l’intimidation pour s’imposer. »
Alvaro Bedoya, conseiller auprès de l’American Economic Liberties Project, via Boursorama
Du côté des représentants politiques fédéraux, la sénatrice Elizabeth Warren a estimé que cette opération ne garantit pas une concurrence suffisante, avertissant qu’elle pourrait entraîner une hausse des tarifs pour les consommateurs et de nouvelles suppressions de postes.
Garanties éditoriales et sanctions en cas de manquement
L’accord encadre également la gestion des filiales journalistiques et impose des garde-fous stricts. Un comité d’indépendance éditoriale sera constitué pour superviser l’information au sein de CNN et CBS. Cette instance sera composée de cinq journalistes expérimentés dont l’affiliation politique sera strictement limitée pour éviter tout déséquilibre partisans.
Pour garantir le respect des quotas de production cinématographique, le texte prévoit des sanctions financières lourdes. Si le studio ne parvient pas à honorer ses engagements de sorties de films, il s’expose à une amende de 30 millions de dollars par long-métrage manquant, qui sera versée aux fonds de pension des syndicats hollywoodiens, ainsi qu’à l’obligation de céder ses parts dans Miramax. Les fenêtres d’exploitation en salles sont par ailleurs fixées à 45 jours minimum, la diffusion en SVoD ne pouvant intervenir qu’après 90 jours.