Home NouvellesL’océan est enfin entré dans le débat mondial sur le climat | le quotidien

L’océan est enfin entré dans le débat mondial sur le climat | le quotidien

by Nicolas Lefèvre

L’océan, longtemps relégué au second plan dans les discussions sur le climat, a pris une place centrale lors de la COP30 à Belém. Ce changement majeur reflète une prise de conscience croissante de son rôle vital dans la régulation du climat et la survie des populations les plus vulnérables.

Lors de la conférence de Belém, l’océan s’est retrouvé intégré aux plans climatiques nationaux, aux stratégies d’adaptation, et même aux mécanismes de financement climatique. Environ les trois quarts des plans nationaux présentés incluaient désormais des références à des enjeux marins, tels que la protection des écosystèmes de « carbone bleu », le développement des énergies marines renouvelables, et la résilience des pêcheries. Une nouvelle référence a été établie : pour la première fois, une section dédiée à l’océan figure dans la synthèse officielle des plans climatiques nationaux.

Ce basculement est en partie dû à la pression exercée par les petits États insulaires en développement (PEID) et les pays les moins avancés (PMA), particulièrement menacés par l’élévation du niveau de la mer. Ils ont insisté pour que la gouvernance des océans soit perçue non seulement comme une question environnementale, mais aussi comme une question de survie et de justice.

La déclaration politique phare de la COP30, le Global Mutirão, souligne l’interconnexion entre le changement climatique, la perte de biodiversité et la dégradation des terres et des océans, appelant à des solutions collectives. Elle reconnaît explicitement le rôle crucial des écosystèmes marins dans la stabilité climatique et le développement durable, offrant ainsi aux gouvernements un soutien politique pour intégrer les questions océaniques dans leurs stratégies.

Au-delà des déclarations, des engagements financiers concrets ont été annoncés. L’Alliance One Ocean vise à mobiliser 20 milliards de dollars (environ 18,5 milliards d’euros) d’ici 2030 pour la résilience côtière, les écosystèmes de carbone bleu et la protection des océans, tout en créant 20 millions d’emplois dans le secteur maritime et en restaurant 20 millions d’hectares d’écosystèmes marins. Le Comité permanent des finances des Nations Unies a également annoncé que son forum de 2026 sera consacré au financement de l’action climatique dans les systèmes aquatiques et les océans.

Par ailleurs, le droit international évolue pour reconnaître l’impact du changement climatique sur les océans. En 2024, le Tribunal international du droit de la mer a statué que les émissions de gaz à effet de serre constituaient une forme de pollution marine, tandis qu’en 2025, la Cour internationale de Justice a confirmé l’obligation juridique des États de prévenir les dommages climatiques.

Cette évolution juridique pourrait avoir des conséquences importantes sur les litiges concernant les activités des États en mer, notamment en ce qui concerne l’élimination du dioxyde de carbone marin. Des techniques telles que l’augmentation de l’alcalinité et la culture d’algues à grande échelle pourraient contribuer à atteindre les objectifs de neutralité carbone, mais elles soulèvent également des préoccupations environnementales et nécessitent une gouvernance coordonnée pour éviter des effets transfrontaliers indésirables.

L’influence croissante des PEID et des PMA dans les négociations climatiques, illustrée lors de la COP30, témoigne d’un changement de paradigme. Le G20 a également créé Oceans 20, un groupe de travail dédié à la gestion durable des ressources marines et océaniques, sous la présidence du Brésil en 2024.

La COP31, coprésidée par l’Australie et la Turquie, et dont la réunion préparatoire se tiendra dans un État insulaire du Pacifique avec le soutien australien, pourrait marquer une nouvelle étape vers une COP véritablement « bleue », où les enjeux océaniques occuperont une place encore plus centrale.

L’océan, principal puits de carbone de la planète, pilier du commerce mondial, source essentielle de nourriture et d’énergie, et première ligne de défense face au changement climatique, est également devenu un enjeu de compétition stratégique. La capacité des institutions internationales à s’adapter et à mettre en place une gouvernance durable, équitable et efficace sera déterminante pour préserver ce système planétaire vital.

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